AFP - La récente crise politique en Côte d'Ivoire a commencé à se dénouer, avec l'installation dans la nuit de jeudi à vendredi d'une nouvelle commission électorale dont l'opposition garde la présidence, ce qui lève un obstacle de taille à la formation d'un gouvernement au complet.
La mise en place de ce cabinet et d'une Commission électorale indépendante (CEI) est destinée à clore la crise née de la dissolution du gouvernement et de la CEI le 12 février par le président Laurent Gbagbo.
Le pays avait depuis lors connu un regain de tension marqué par des manifestations de l'opposition, parfois émaillées de violences, et la mort d'au moins sept personnes lors de la répression de protestations.
A l'issue d'une journée d'âpres tractations, Youssouf Bakayoko, ministre des Affaires étrangères dans le cabinet précédent, a été élu par la commission centrale de la CEI à la présidence de cette institution.
Il s'est aussitôt engagé à oeuvrer à une "élection juste, transparente, dont les résultats seront acceptables par tous".
Le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, ex-parti unique), l'une des principales formations d'opposition dont il est une personnalité, conserve ainsi le poste le plus élevé de cette structure composée de représentants des principaux partis politiques.
Elle est chargée d'organiser l'élection présidentielle reportée depuis la fin du mandat de M. Gbagbo en 2005, désormais prévue pour "fin avril-début mai" et censée clore la crise née du coup d'Etat manqué de 2002, qui a coupé le pays en deux.
La précédente CEI avait été emportée par la crise autour de son chef Robert Beugré Mambé, qui avait été accusé par le camp présidentiel de "fraude" sur la liste des votants.
En début de soirée, avant l'élection du président et de ses quatre vice-présidents, les membres de la commission centrale de la CEI avaient prêté serment devant le président du Conseil constitutionnel Paul Yao N'Dré.
La CEI, qui obéit toujours au principe d'équilibre entre les différentes forces, n'est pas du goût des "patriotes" pro-Gbagbo.
"Les maîtres de la rue arrivent", a lancé leur chef Charles Blé Goudé, promettant lors d'une réunion à Abidjan qu'ils allaient "s'opposer" par de "grands rassemblements" à "une CEI dominée par les partis politiques".
Les "patriotes" ont été les fers de lance des manifestations pro-Gbagbo et antifrançaises aux heures chaudes de la crise de 2002, dont certaines ont basculé dans la violence et les pillages.
La mise sur pied de cette commission renouvelée lève un obstacle de taille à l'entrée au gouvernement - à ce jour incomplet - de l'opposition, qui avait exigé au préalable le "rétablissement" de la CEI.
Initialement prévu jeudi, le conseil des ministres a été reporté à vendredi après-midi, ont annoncé les services du Premier ministre Guillaume Soro.
Chef de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) et Premier ministre depuis l'accord de paix de 2007, M. Soro avait présenté mardi un gouvernement parcellaire, avec seulement 17 ministres effectivement nommés, appartenant pour l'essentiel au camp présidentiel et aux FN.
Il s'était alors donné jusqu'à jeudi pour convaincre l'opposition d'y occuper les 11 postes restant à pouvoir. Mais les divergences entre les principaux acteurs n'avaient pas permis d'aboutir.
Reste à savoir si le déblocage à la CEI va relancer les discussions sur le gouvernement. Au cours des derniers jours, elles avaient achoppé sur les noms des futurs représentants de l'opposition, le chef de l'Etat récusant certains ministres dont cette dernière veut la reconduction.







