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Dernière modification : 26/02/2010 

- Culture - Peinture


Turner au Grand Palais, l'éblouissement en peinture

Turner au Grand Palais, l'éblouissement en peinture

Avec ses soleils aveuglants et ses brouillards de pois, William Turner s'est fait remarquer parmi les peintres britanniques du début du XIXe siècle. Une exposition lui est consacrée au Grand Palais, à Paris.

Par Priscille LAFITTE (texte)
 

Cinq ans après la monumentale "Monet, Whistler, Turner", réunion des trois maîtres de la peinture du XIXe siècle lors d'une exposition au Grand Palais, Joseph Mallord William Turner (1775-1851) revient à Paris. Toujours au Grand Palais. Mais seul cette fois.

En 2005, les conservateurs de l'exposition avaient pris le pari de faire assumer à Turner la paternité du courant impressionniste. Cette nouvelle exposition rend justice aux multiples influences qui ont permis au maître britannique de brosser des paysages éblouissants.

Le commissaire de l'exposition, Guillaume Faroult

William Turner se tourne vers la peinture très jeune - il expose ses œuvres dans les vitrines de son père, barbier dans le quartier bohème de Covent Garden à Londres - et voue dès le début de sa carrière une immense admiration au Français Claude Gellée, dit Le Lorrain, peintre paysagiste du XVIIe siècle. "Lorrain est le premier à représenter le soleil directement dans sa peinture ; il le fait de façon filtrée, adoucie, explique le commissaire de l'exposition, Guillaume Faroult. Turner va retirer le filtre et laisser la lumière envahir les images, les irradier, les inonder, les dissoudre. Jusqu'à une forme d'abstraction. Turner est un modèle pour les impressionnistes, puis pour la peinture abstraite."

Les peintures de Turner font fureur, déjà du vivant de l'artiste. Il n'a que 27 ans lorsqu'il est admis membre à part entière de la Royal Academy, marque de la reconnaissance précoce de son talent et de son ambition. "Il a un appétit de succès et, par-dessus tout, de peinture, décrit Guillaume Faroult. Il veut étendre le champ d'investigation de la peinture. Lui qui vient d'un milieu social modeste a intégré tous les codes de reconnaissance de l'élite sociale : la maîtrise de la littérature, du bien-parlé. Il ne maîtrise pas le 'bien-écrit' - il s'y efforce en donnant des titres à rallonge à ses peintures. Mais il connaît les codes de la peinture. Et il va faire de la littérature en peinture." Tout comme Lorrain, Turner parvient à raconter des histoires dans des tableaux paysagistes.

Souvent, Turner agace. Epris de compétition, il rivalise d'ingéniosité avec les autres prodiges de son temps - comme le jeune Ecossais David Wilkie. "Les artistes redoutaient de voir leurs peintures accrochées à côté de celles de Turner et affirmaient que c'était aussi préjudiciable que le voisinage d'une fenêtre ouverte. Car ses œuvres attiraient le regard dès qu'on entrait dans une salle", remarque le peintre George Dunlop Leslie dans ses mémoires intitulées "The Inner life of the Royal Academy" (Londres, 1914).

John Constable, autre grand peintre britannique du paysage, a fait les frais de l'ambition du talentueux William. Lors de l'exposition de 1832 à la Royal Academy, sa grande composition "Inauguration du Pont de Waterloo" est restée dans l'ombre du tableau "Helvoetsluys" proposé par Turner : à la dernière minute, ce dernier avait rajouté, au milieu des bateaux aux tons pastels et froids, une bouée vermillon qui attirait les regards des connaisseurs...

 

"Clair de lune, étude à Millbank", William Turner, 1797
"Clair de lune, étude à Millbank", William Turner, 1797
Deuxième tableau connu du peintre, après "Fishermen at Sea" (1796). Turner est âgé de 22 ans.
Huile sur panneau - 31,5 x 40,5 cm - Londres, Tate Britain © Tate Photography.
"Sainte Famille", William Turner, 1803
"Sainte Famille", William Turner, 1803
À 27 ans, en 1803, à Londres, il construit sa propre galerie où il expose dès 1804 et y vend ses œuvres.
Huile sur toile, 102,2 x 141,6 cm - Londres, Tate Britain © Tate Photography
"La maison blanche à Chelsea", Thomas Girtin, 1800
"La maison blanche à Chelsea", Thomas Girtin, 1800
Thomas Girtin (1775-1802) est un contemporain de Turner, né la même année que lui.
Aquarelle, 29,8 x 51,4 cm - Londres, Tate Britain © Tate Photography
"Le déclin de l'Empire carthaginois", William Turner, 1817
"Le déclin de l'Empire carthaginois", William Turner, 1817
Tableau peint à 36 ans, exposé à la Royal Academy of Arts.
Huile sur toile, 170 x 238,5 cm - Londres, Tate Britain © Tate Photography
"Paysage avec Jacob, Laban et ses filles", Claude Gellée dit Claude Lorrain, 1654
"Paysage avec Jacob, Laban et ses filles", Claude Gellée dit Claude Lorrain, 1654
Turner était un grand admirateur du peintre français Claude Lorrain, maître de la peinture paysagiste au XVIIe siècle.
Huile sur toile, 143,5 x 251,5 cm - The National Trust, Petworth © NTPL/Derrick E. Witty
"Palestrina-Composition", William Turner, 1828-1830
"Palestrina-Composition", William Turner, 1828-1830
La parenté entre cette oeuvre et le "Paysage avec Jacob" de Lorrain est frappante.
Huile sur toile, 140,3 x 248,9 cm - Londres, Tate Britain © Tate Photography
"La Plage de Calais, à marée basse, des poissardes récoltant des appâts", William Turner, 1830
"La Plage de Calais, à marée basse, des poissardes récoltant des appâts", William Turner, 1830
À partir de la fin des années 1820, la peinture de Turner prend des couleurs plus vives. Le jaune domine. Les représentations sont plus floues, plus atmosphériques.
Huile sur toile, 73 x 107 cm - © Bury Art Gallery, Lancashire / Photo © Tate Photography
"Helvoetluys. La ville d’Utrecht, 64", William Turner, 1832
"Helvoetluys. La ville d’Utrecht, 64", William Turner, 1832
Lors d'une exposition en 1832, Turner joue un coup de maître : il ajoute "in extremis" une bouée pour attirer l'oeil de la critique. A côté, le tableau de Constable apparaît saturé de vermillon (cf image suivante).
Huile sur toile 91,4x122cm ©Tokyo Fuji Art Museum
L’Inauguration du pont de Waterloo («Whitehall Stairs, 18 juin 1817 »), John Constable, 1832
L’Inauguration du pont de Waterloo («Whitehall Stairs, 18 juin 1817 »), John Constable, 1832
Le tableau de John Constable, en regard de celui de Turner (image précédente).
Huile sur toile, 130,8 x 218 cm, Londres, Tate Britain © Tate Photography
" Tempête de neige", William Turner, 1842
" Tempête de neige", William Turner, 1842
Dans les années 1840, "sa peinture devient lumière, couleur et énergie tourbillonnante", fait remarquer l'exposition au Grand Palais.
Huile sur toile, 91,4 x 121,9 cm - Londres, Tate Britain © Tate Photography
"L’Ange debout dans le soleil", William Turner, 1846
"L’Ange debout dans le soleil", William Turner, 1846
Cinq années après avoir peint ce tableau, J.M.W. Turner s’éteint à l'âge de 76 ans. Sa tombe se situe près de celle de son premier mentor Sir Joshua Reynolds, dans la cathédrale Saint-Paul à Londres.
Huile sur toile 78,7x78,7cm, Tate Britain ©Tate Photography
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