AFP - Les Tadjiks ont voté dimanche aux élections législatives et locales qui doivent cimenter le règne du président de cette ex-république soviétique d'Asie centrale Emomali Rakhmon et introduire en politique son fils comme possible successeur.
Le résultat du scrutin ne fait guère de doute dans un paysage politique dominé par le Parti démocratique populaire du président qui détient dans la chambre basse du Parlement sortant 57 des 63 sièges.
L'évènement de ces élections est la candidature de Roustam Emomali, 23 ans et fils du président, au conseil municipal de Douchanbé, la capitale, qui pourrait marquer le début du processus de succession à la tête de l'Etat tadjik.
Le lancement de la carrière politique de Roustam Emomali -un footballeur réputé amateur de belles voitures- intervient quelques mois après la nomination de sa soeur au poste de vice-ministre des Affaires étrangères.
Le président Rakhmon, 57 ans, qui dirige le Tadjikistan depuis 1992, a posé dimanche aux côté de son fils dans un bureau de vote à Douchanbé et a appelé à un déroulement honnête du scrutin.
"Ne violons pas la loi. C'est un événement politique important pour améliorer la situation économique et sociale", a-t-il déclaré à la presse.
"Plus transparentes et démocratiques seront les élections, meilleure sera l'image du Tadjikistan dans le monde", a-t-il poursuivi.
Faute de suspense, les élections semblaient susciter peu d'enthousiasme parmi les Tadjiks bien que le taux de participation final ait atteint 85,2%.
Les premiers résultats étaient attendus dimanche soir, mais la commission électorale a refusé de diffuser des informations préliminaires.
"Les résultats de l'élection sont connus d'avance, c'est le parti du président qui gagnera", dit Salim, 58 ans qui refuse de donner son nom de famille.
Aucune des élections organisées au Tadjikistan, pays le plus pauvre de l'ex-URSS, n'a été jugée libre et démocratique par les observateurs internationaux.
L'OSCE qui surveille ce scrutin doit donner une conférence de presse à 09H30 GMT lundi.
Le Parti de la renaissance islamique (PRI, opposition) a dénoncé des irrégularités quelques heures après l'ouverture des bureaux de vote.
"L'ingérence de membres des commissions électorales dans le processus électoral est très importante ainsi que celle d'hommes en civil dont on ne comprend pas la fonction," a déclaré à l'AFP Mouhiddine Kabiri, leader de ce parti.
Seul parti islamique enregistré en Asie centrale, PRI est l'héritier du mouvement islamiste qui a combattu les autorités tadjikes lors de la guerre civile dans les années 1990 qui a fait des dizaines de milliers de morts, dévastant l'économie.
M. Kabiri qui parle couramment l'anglais et porte des costumes européens, contrairement à son prédécesseur, tente de faire oublier les racines radicales du mouvement.
L'élection se déroule au moment où la situation s'aggrave dans l'Afghanistan voisin sur fond de craintes d'une propagation des violences au Tadjikistan.
La coopération du Tadjikistan dans les opérations américaines contre les talibans pourrait provoquer des représailles, souligne Alexander Cooley, expert de l'Asie centrale à l'Université Columbia à New York.
Ces "inquiétudes semblent de plus en plus justifiées. (...) Les talibans peuvent toujours attaquer les convois à la frontière tadjiko-afghane et au Tadjikistan même", estime cet expert interrogé par l'AFP.
Pays frontalier de l'Afghanistan, le Tadjikistan a vu son économie aller de mal en pis depuis la chute de l'URSS en 1991. Frappés par la misère, des centaines de milliers de Tadjiks ont quitté leur pays pour travailler à l'étranger, notamment sur les chantiers en Russie.







