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Afrique

Le président Faure Gnassingbé en quête d'une légitimité par les urnes

Vidéo par Marion GAUDIN

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 03/03/2010

Installé à la tête du pays à la mort de son père Gnassingbé Eyadéma, le jeune chef de l'État togolais entend profiter de l'élection présidentielle de jeudi pour se refaire une légitimité mise à mal par son élection contestée d'avril 2005.

De l’aveu même de l'intéressé, l’élection présidentielle du 4 mars constitue un "test de légitimité". Propulsé aux commandes du Togo le 5 février 2005, deux heures à peine après la mort de son père, le général Eyadéma, Faure Gnassingbé entend profiter de ce scrutin pour faire taire les voix qui lui ont toujours reproché d'avoir hérité d'un fauteuil sans la réelle bénédiction des urnes.

Être bien élu, tel est l’objectif que s’est fixé ce chef de l'État de 43 ans dont la victoire à la présidentielle organisée d'urgence en avril 2005 fut accompagnée de violences qui coûtèrent la vie à près d’un demi-millier de Togolais. Arrivé à la tête d’un pays que les 38 ans de règne sans partage du "vieux baobab" Eyadéma auront fini par profondément divisé, le jeune président s’est souvent démarqué de son défunt père.

L'opposition tente de mobiliser ses troupes

À peine entré en fonctions, il n’hésite pas à se séparer d’anciens affidés du général pour s’offrir les services d’une jeune garde qu’il juge plus fiable. Au nom d'une réconciliation nationale amorcée sous le patronage du président burkinabè Blaise Compaoré, il nomme par ailleurs à la tête d'un gouvernement d’union l’une des figures de proue de l’opposition, Yawovi Agboyibo, qu'il compte aujourd'hui parmi ses adversaires.

"Culture de la fraude"

Des gages de bonne volonté qui peinent toutefois à convaincre. "Faure Gnassingbé, c’est l’ouverture dans la continuité. Il a beau se présenter comme le bâtisseur des temps nouveaux, on peut craindre que la présidentielle ne soit pas des plus démocratiques. Tout est joué d’avance", estime Lanciné Camara, président de l’Union internationale des journalistes africains (UIJA).

"Il est vrai que des efforts ont été consentis, concède pour sa part Albert Bourgi, professeur de droit public à l’université de Reims et spécialiste de l’Afrique. Mais l’histoire politique particulièrement agitée du Togo a plusieurs fois montré que les scrutins présidentiels ne se déroulaient pas dans les meilleures conditions. Les gestes d’ouverture ne permettront pas de lever les suspicions qui planent déjà sur cette élection. Il y a fort à parier que la culture de la fraude finisse par l’emporter."

Depuis le début de la campagne, l'opposition dénonce fréquemment des irrégularités dans le processus, notamment dans la révision des listes électorales. Certains candidats, à l’instar de Jean-Pierre Fabre, de l’Union des forces de changement (UFC), ont accusé la Commission électorale nationale indépendante (Céni) d’avoir "gonflé" les fichiers du Nord, région dont est originaire la famille Gnassingbé. En signe de protestation, Yawovi Agboyibo, candidat du Comité d'action pour le renouveau (CAR), et Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, qui brigue la présidence sous les couleurs de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), ont laissé planer le doute, quatre jours durant, sur leur participation au scrutin.

Deux adversaires sur la touche

Les détracteurs du président Gnassingbé l’accusent également d’avoir écarté deux de ses plus sérieux adversaires de la course à la magistrature suprême. Ou, tout du moins, de n’avoir rien fait pour éviter qu'ils soient mis sur la touche. Initialement investi par l’UFC, l’opposant historique Gilchrist Olympio, fils du premier dirigeant du Togo indépendant, Sylvanus Olympio, a été contraint de céder sa place à Jean-Pierre Fabre pour ne pas s’être soumis à la visite médicale obligatoire. Quant à l’ancien secrétaire d’État et ex-député-maire franco-togolais Kofi Yamgnane, il a dû faire une croix sur sa candidature pour d’obscures raisons d’âges discordants sur ses papiers d’identité.

Outre ces quelques manœuvres, c’est le mode de scrutin lui-même qui risque de jeter le discrédit sur la présidentielle. Car, ce jeudi, les quelque 3 millions d’électeurs togolais n'auront qu'un tour pour désigner leur dirigeant. Malgré les demandes pressantes de l’opposition, Faure Gnassingbé a refusé d'adopter une consultation en deux rounds, repoussant son éventuelle instauration… à une date postérieure à la présidentielle.

"Le scrutin à un seul tour est extrêmement favorable à Gnassingbé et les Togolais le savent, analyse encore Albert Bourgi. C’est la grande faille de cette élection, car elle peut finir par compromettre cette légitimité que le président recherche tant."

Première publication : 01/03/2010

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