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EUROPE

En autorisant la culture d'une patate transgénique, Bruxelles relance le débat sur les OGM

©

Texte par Sébastian SEIBT , Joseph BAMAT

Dernière modification : 05/03/2010

La décision de Bruxelles d'autoriser la culture d'une pomme de terre génétiquement modifiée dans l'Union européenne - une première depuis 12 ans - relance le débat sur les risques des OGM pour la santé humaine.

Pour la première fois depuis 12 ans, la Commission européenne a autorisé mardi la culture d’une pomme de terre génétiquement modifiée dans l'Union. Appelée Amflora, développée par la société allemande BASF, elle ne devrait pas être destinée à la consommation, mais à la fabrication de papier. Sa composition, particulièrement riche en amidon, doit en effet permettre la confection d’un support plus solide.

La Commission n'exclut toutefois pas que des "restes" de cette patate pourraient se retrouver dans l’alimentation animale... Une hypothèse qui n'a pas tardé à relancer le débat sur la culture des OGM dans toute l'Europe, l'Amflora n'étant par ailleurs que le deuxième produit transgénique autorisé dans l'UE après le maïs Monsanto 810, en 1998.

 Demande de moratoire en France

Bruxelles ayant pris soin de laisser à chaque pays-membre de décider ou non de la mise en culture de l'Amflora sur son territoire, l’Autriche et l’Italie se sont empressées d'annoncer qu’elles allaient l'interdire. Mais d’autres pays, comme la République tchèque, la Suède ou l’Allemagne, ont laissé entendre qu’ils y étaient favorables. La France a, quant à elle, botté en touche. Paris "attendra une décision du Haut conseil des biotechnologies pour se décider", ont indiqué mardi dans un communiqué commun les ministères de l'Agriculture et du Développement durable.

Beaucoup plus radicales, des associations françaises critiquent, elles, cette autorisation. "Nous demandons plus qu’un nouvel avis, nous voulons que la France instaure un moratoire sur la culture des OGM", affirme à France24.com Sarah Pecas, chargée de la campagne anti-OGM de Greenpeace France. Une demande également formulée par le Parti socialiste, ce mercredi.

Les organisations de semenciers, quant à elles, se frottent les mains. "Nous importons déjà des centaines de tonnes d’OGM tous les ans qui se retrouvent dans différents aliments, pourquoi ne pourrions-nous pas en cultiver en Europe ?", s'interroge ainsi Garlich von Essen, secrétaire général de European Seeds, le principal lobby du secteur auprès des institutions européennes.

Tuberculose ou politique ?

L'autorisation de la culture de l'Amflora déclenche des réactions d'autant plus passionnées que la décision de la Commission européenne était attendue depuis longtemps. Bruxelles l'avait en effet repoussée à deux reprises, en 2003 puis en 2005. En cause : le marqueur génétique de l'Amflora résistant aux antibiotiques, qui affaiblirait les anti-corps chargés de protéger le corps humain de la tuberculose.

"Le simple fait de cultiver cette pomme de terre contaminerait l’environnement", s'inquiète Sarah Pecas. Un argument balayé par Garlich von Essen, pour qui cet arguement est "totalement hypocrite. Ce marqueur est connu depuis longtemps et a été soumis à une batterie de tests", affirme le lobbyiste. Si l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a émis des réserves à son propos, l’Agence européenne de sécurité alimentaire l'a, elle, approuvé.

Pour certains, l’autorisation de la culture de la pomme de terre transgénique a également une dimension politique. "Le précédent commissaire européen chargé de la Santé était opposé aux OGM, le nouveau [le Maltais John Dalli, ndlr] l'est bien moins", relève encore Sarah Pecas, qui rappelle qu’il y a une cinquantaine de demandes d’autorisation d’OGM en attente à Bruxelles.

Mais la plus grande craintes des adversaires des OGM reste que la nouvelle Commission se défausse systématiquement sur les États membres."On pourrait penser que c'est une bonne chose, il n'en est rien. Face aux critiques, cela permet à la Commission de renvoyer chaque pays à sa propre responsabilité, c’est une régression !", s’emporte Sarah Pecas.

Première publication : 03/03/2010

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