AFP - La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a tenté vendredi de reprendre la main dans la bataille qui oppose les différentes institutions européennes sur la formation du futur service diplomatique de l'UE.
Sous le feu des critiques de plusieurs Etats qui lui reprochent de ne pas avoir suffisamment pris en compte leurs intérêts, Mme Ashton a promis aux ministres européens des Affaires étrangères réunis à Cordoue (sud de l'Espagne) de respecter les points de vue des uns et des autres.
Certains pays ont reproché à Mme Ashton d'être sous l'influence de la Commission et de son président, en pointant notamment la nomination comme ambassadeur de l'UE à Washington de l'ex-directeur de cabinet de José Manuel Barroso. D'autres diplomates ont cru voir trop de Britanniques dans son entourage.
"Nous essayons de faire en sorte que toutes les institutions soient satisfaites", a-t-elle assuré lors d'un point presse. Elle a promis une "synthèse des différents point de vue" lorsqu'elle présentera son projet de service diplomatique en avril.
A leur arrivée à Cordoue, plusieurs ministres européens des Affaires étrangères ont souhaité que cessent les critiques contre Mme Ashton.
"Je ne les soutiens pas", a affirmé le chef de la diplomatie britannique David Miliband.
Il avait pourtant lui-même co-signé jeudi une lettre ouverte avec son collègue suédois Carl Bildt aux allures de recadrage à l'encontre de Mme Ashton, lui demandant de s'assurer d'un "bon équilibre" dans la répartition des postes.
Son homologue finlandais Alexander Stubb a accusé "plusieurs Etats" de vouloir "couper l'herbe sous les pieds de Mme Ashton" par des "critiques anonymes".
"Actuellement, tous sont insatisfaits. Et il est apparu clairement (vendredi à Cordoue) que ça ne peut pas continuer comme ça", a résumé le ministre autrichien Michael Spindelegger.
En même temps, "personne ne veut que Mme Ashton échoue, cela n'aide personne", a-t-il souligné, estimant que c'était "une chance pour elle qu'elle devrait saisir".
"Nous avons besoin d'un Service diplomatique indépendant qui ne soit pas aux ordres de telles ou telles institutions" européennes, a estimé son homologue allemand Guido Westerwelle.
Les questions des nominations, des missions, de l'organisation et du fonctionnement politique, institutionnel et financier du futur Service diplomatique de l'UE restent à résoudre.
Les "petits" pays ne veulent pas être les dindons de la farce. Dans une lettre envoyée à Mme Ashton en préparation de la réunion de Cordoue, les ministres chypriote, slovène, letton et lituanien ont demandé que chaque pays soit "représenté de manière adéquate au sein du service diplomatique".
"Notre priorité est le déploiement de nos diplomates nationaux au sein du service", ont-ils assuré, en plaidant pour des "procédures de sélection transparentes, claires et prévisibles".
Le service diplomatique, un corps qui comprendra des milliers de diplomates, a pour but de donner plus de cohérence à l'UE à l'étranger. Mais à Cordoue, plusieurs ministres ont reconnu que l'UE ne pourrait parler d'une seule voix sur tous les sujets, du fait des différences culturelles et économiques entre les Etats qui la composent.
Ils en ont conclu que "nous devons nous concentrer sur les sujets sur lesquels nous pouvons avoir une position commune", a résumé une source proche de la présidence espagnole de l'UE.
Parmi les pistes évoquées pour donner plus de cohérence à l'UE, les ministres ont proposé d'effectuer des visites conjointes à l'étranger, ou de disposer de "discours européens pré-rédigés" sur certains sujets, a précisé cette source.






