Dernière modification : 09/03/2010 

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EADS renonce à un super-contrat avec l'US Air Force

EADS a décidé de ne pas soumettre de nouvelle offre pour le renouvellement de la flotte d'avions-ravitailleurs de l'US Air Force, laissant le champ libre à son principal concurrent, Boeing. Retour sur 9 ans de rivalité politico-économico-judiciaire.

Par Hélène DROUET (vidéo)
Sébastian SEIBT (texte)
 

Septembre 2001 - Octobre 2004 : éthique et conflit d’intérêts

En septembre 2001, l’US Air Force décide de remplacer sa flotte d'avions-ravitailleurs qui n’a pas été rénovée depuis 50 ans. Darleen Druyun, à l'époque numéro 2 des acquisitions de l'armée de l'air américaine, rencontre alors les responsables de Boeing pour évoquer l’achat d’une centaine d’appareils. En janvier 2002, les dés semblent jetés lorsqu'une loi du Congrès ouvre la voie à la signature d'un contrat avec le constructeur de Chicago, estimé à plus de 20 milliards de dollars.

Mais le mois suivant, l’aviation américaine sonde EADS, la maison-mère d'Airbus, sur ce même dossier. Les commentateurs estiment toutefois qu’il ne s’agit que d’une démarche purement formelle.

Plusieurs sénateurs se demandent cependant pourquoi tout va si vite alors que les sommes d'argent en jeu sont colossales. Le pot aux roses est découvert peu après, quand il s'avère que Darleen Druyun négociait un poste chez Boieng, en plus des avions destinés à l'US Air Force. Elle le décroche en novembre 2002, pour un salaire annuel de 250 000 dollars.

Son embauche provoque une vague de protestations et, en 2004, la transaction capote. Entre-temps, Boeing a licencié Darleen Druyun, qui sera condamnée à 9 mois de prison pour "conflit d’intérêts".

Septembre 2005 - Septembre 2008 : politique et erreurs techniques

En septembre 2005, Northrop Gumman, un poids lourd du secteur américain de la défense, s’associe à l’européen EADS pour soumettre une proposition concurrente à celle de Boeing. En avril 2006, le Pentagone fait savoir qu’un nouvel appel d’offres "juste et honnête" pour la construction de 179 ravitailleurs sera formulé.

Le contrat est encore plus juteux qu’auparavant, puisqu’il est estimé à 35 milliards de dollars. En avril 2007, Boeing et Northrop soumettent des offres examinées par 150 experts !

La bataille économique dérive alors vers le champ politique. Boeing fait jouer la fibre patriotique et contraint Northrop à affirmer que les chantiers se situeront tous aux États-Unis. Après plusieurs mois de bagarre, EADS remporte finalement l’appel d’offres, en février 2008.

Boeing dépose une plainte en mars pour invalider cette décision, faisant valoir des "erreurs techniques dans le processus d’acquisition" par EADS. Le gouvernement Bush donne raison à l’avionneur américain, et le Pentagone annule le contrat. Ce second acte se termine en septembre 2008 par ces mots du secrétaire d'État à la Défense, Robert Gates : "Ce contrat est devenu trop politique".

Septembre 2009 - Mars 2010 : acte final ?

Le 25 septembre 2009, l’US Air Force propose un nouveau cahier des charges, immédiatement critiqué par EADS. Le groupe européen estime qu’il est biaisé en faveur de Boeing...

Une nouvelle mouture de l’appel d’offres est rendu publique le 24 février 2010, mais EADS estime que les changements ne sont pas significatifs. De son côté, Boeing annonce qu’il va faire une proposition. Le 9 mars, Northrop et EADS se retirent de la compétition. Ils ne contesteront pas l’attribution du contrat à Boeing.

Commentaires (2)

C'est tout à fait normal en

C'est tout à fait normal en cas de vis de forme, et puis si cette histoire avait eu lieu en France, je peux vous assurer que l'on aurait tout fait pour que le constructeur Français gagne quitte à tricher et déposer des gros dessous de table.
Bref ce qui est choquant c'est que l'on ne peut faire comme d'habitude c'est pas chez nous sinon on aurait eu ce contrat, même par magie...hein !!! allez à bientôt.

contrat US air force

c'est inique en terme de concurrence commerciale
c'etait prévisible si on considère le protectionnisme US lorsqu'il s'agit de produits considérés indispensables pour la défense nationale.
mais je me pose la question de savoir si EADS a bien fait de se retirer de la compétition même s'ils etaient surs que les clauses en étaient biaisées.
Il valait peut être mieux répondre à l'appel d'offre en faisant connaitre uri et orbi et de façon "tonitruante" l'état biaisé de l'appel.

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