AFP - "Nous avons lamentablement échoué" à protéger le tigre, pourtant listé comme espèce en danger depuis 35 ans, a estimé lundi à Doha le responsable de la lutte contre la fraude à la CITES, la Convention sur le commerce des espèces sauvages menacées d'extinction, John Sellar.
"Dans le monde entier, il reste probablement moins de 3.200 tigres. Je suis policier, mais pas besoin d'être mathématicien pour se rendre compte que quelque chose ne va pas. Nous avons misérablement échoué sur le tigre", a déclaré M. Sellar, visiblement ému, lors d'un point de presse en marge de la conférence de la CITES réunie au Qatar jusqu'au 25 mars.
Le tigre fut parmi l'une des premières espèces inscrites en Annexe I de la CITES en 1975, qui interdit toute transaction internationale le concernant.
Selon M. Sellar, ancien policier écossais qui oeuvre depuis une dizaine d'années contre le trafic d'espèces pour la CITES, la principale menace qui pèse sur le tigre est "la perte de son habitat".
"Mais le trafic de tigres continue jour après jour".
"Ces animaux sont braconnés parce que les gens veulent leur peau pour décorer leur maison ou s'en faire des vêtements et aussi parce qu'ils sont utilisés en médecine traditionnelle", a-t-il expliqué.
"Chaque partie du tigre peut être utilisée et il existe un véritable marché sous-terrain: les gens sont prêts à payer pour tout article authentique et il y a toujours des praticiens qui achètent des os ou de la viande de tigre pour approvisionner leurs clients spécialisés", a-t-il encore dit.
M. Sellar a espéré, pendant la tenue de la conférence, convaincre les Etats parties à la CITES "de faire davantage", "parce que si nous ne le faisons pas, les jours du tigre sont comptés. C'est une mathématique terrible: aujourd'hui il y a davantage de tigres en captivité qu'en liberté".
Les fermes d'élevage, dans le sud de la Chine, comptent environ 6.000 tigres, principalement destinés à la fabrication de remèdes comme le "vin d'os de tigres", un alcool de riz dans lequel baigne un tigre dépecé entier, supposé guérir les affections comme les rhumatismes.
Outre le marché noir chinois, "au Vietnam et aussi en Thaïlande, nous avons vu des carcasses de tigres vendues en contrebande et il semble à la mode, dans certains restaurants, de servir de la viande de tigre".
"Nous avons déjà perdu de nombreuses sous-espèces (...). Il ne faut vraiment pas longtemps pour franchir" le cap d'une disparition totale, a insisté le responsable. "Les tigres sont déjà très peu nombreux et on arrive à un stade où ils ne pourront tout simplement plus se reproduire".
Présent à ses côtés, Keshav Varma, directeur d'un programme de la Banque mondiale, la Global Tiger Initiative, lancé en 2008, considère qu'il reste "10 ans pour sauver le tigre".
"Il faut absolument mettre un terme au crime organisé qui cible aujourd'hui le tigre. Or, notre système actuel n'a pas les moyens de le faire", a-t-il martelé.
M. Varma a plaidé pour la création d'une "architecture institutionnelle internationale, au niveau mondial, qui se chargerait des crimes contre l'environnement et contre les animaux sauvages".
"Sans ça, nous ne saurons pas résister à la pression" des trafiquants, a-t-il prévenu.






