AFP - Paris, Berlin et Londres ont demandé aux 27 de sanctionner l'Iran pour le brouillage des émissions étrangères et d'interdire l'exportation de matériels permettant de censurer la contestation, au moment où l'adoption de mesures à l'ONU sur le programme nucléaire s'avère laborieuse.
Les trois ministres des Affaires étrangères Bernard Kouchner, Guido Westerwelle et David Miliband ont proposé qu'une déclaration soit adoptée au prochain Conseil des Affaires étrangères de l'UE le 22 mars, appelant Téhéran "à cesser immédiatement le brouillage" d'émissions de radio et télévision étrangères.
Ils insistent sur "la détermination de l'Union européenne de définir et d'appliquer des mesures sévères s'il n'est pas mis fin à ces interférences".
Dans deux lettres datées de lundi adressées à la diplomate en chef de l'UE Catherine Ashton et à leur homologue espagnol Miguel Angel Moratinos, dont le pays exerce la présidence tournante de l'UE, les ministres évoquent la possibilité d'interdire la vente de technologies européennes aidant au contrôle d'internet et des télécommunications.
Cette fourniture avait été dénoncée notamment par le Prix Nobel de la paix Shirin Ebadi.
"Il nous semble nécessaire (...) d'effectuer une évaluation (...) sur ce qu'il convient de faire pour limiter ou même interdire le transfert de marchandises et de technologies pouvant contribuer, directement ou indirectement, à l'appareil de contrôle, de censure et de répression du régime iranien contre sa population", écrivent-ils.
Mme Ebadi, qui a été reçue par Bernard Kouchner vendredi dernier, a accusé mardi Nokia Siemens Networks (NSN), filiale des sociétés allemande Siemens et finlandaise Nokia, d'avoir livré à l'Iran des logiciels permettant de mettre sur écoutes les conversations par téléphone portable et les échanges de SMS, très utilisés lors des rassemblements de l'opposition.
Le brouillage des télévisions étrangères, qui affecte depuis décembre des chaînes aussi connues que la BBC et Deutsche Welle, a "culminé" à l'occasion de l'anniversaire de la Révolution islamique, le 11 février, notent les trois ministres. Il a affecté "près de 70 services de radio et télévision étrangers" retransmis via satellite par la compagnie européenne Eutelsat, ajoutent-ils.
Selon Bernard Valero, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Eutelsat a porté l'affaire devant l'Union internationale des télécommunications (UIT) "qui, à la mesure de ses responsabilités, doit donner une suite à cette démarche".
Shirin Ebadi reproche à la société européenne de s'être soumise aux demandes du régime iranien, en retirant d'un de ses satellites des faisceaux permettant la diffusion en Iran de la BBC et de Voice of America.
Selon Le Figaro, une mesure envisageable au niveau européen consisterait à demander à Eutelsat de bloquer les programmes de la télévision publique iranienne (IRIB) dans leur diffusion par satellite en Europe.
Dans plusieurs interviews, Shirin Ebadi a fustigé les Européens pour avoir trop privilégié les sanctions sur le nucléaire par rapport à des mesures pouvant aider l'opposition.
Elle a accusé l'Allemagne, principal partenaire européen de l'Iran, de laisser ses firmes continuer à signer des contrats dans ce pays, en dépit du discours de fermeté de la chancelière Angela Merkel.
Pour pousser Téhéran à suspendre l'enrichissement de l'uranium, les Occidentaux, Paris, Berlin et Londres en tête, cherchent à faire adopter de nouvelles sanctions au Conseil de sécurité de l'ONU, se heurtant à la réticence de la Chine.





