AFP - Les pêcheurs de légines, poissons de grand fond des mers australes apprécié des Japonais et des Américains, ont appelé les chercheurs à la rescousse face à la voracité des orques qui ne font qu'une bouchée des poissons pris sur leurs lignes.
Des familles d'orques, aussi appelées épaulards, ne laissent que la tête accrochée à l'hameçon. Une "technique" qu'elles "transmettent aux jeunes individus du groupe par imitation", souligne Christophe Guinet, spécialiste des orques du CNRS.
A la demande des armateurs français du Syndicat des armements réunionnais de palangriers congélateurs (SARPC), un consortium réunissant le SARPC, Ifremer, le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), le CNRS et les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et la société finistérienne fabricante de casiers Le Drezen, a décidé de riposter en début d'année en organisant une campagne d'étude baptisée "Orcasav".
Cette pêche est lucrative pour les palangriers qui travaillent sous strict contrôle dans les archipels de Crozet et des Kerguelen, dans le sud de l'océan indien: la légine, très prisée par les amateurs de morue noire (black cod) dont les stocks se raréfient, arrive en valeur juste après le thon rouge.
"Les pertes sont de l'ordre de 40%, dont 70% dues aux orques et le reste aux cachalots", selon Christophe Guinet.
Depuis les premières pêches à la légine, dans les années 90, le plus grand des dauphins noir et blanc rendu célèbre par Keiko, le héros du film "Sauver Willy", a vite compris comment se nourrir des prises lors de la remontée de la palangre, une ligne de grande profondeur avec des hameçons tous les 1,2 mètre.
Les déprédations de l'orque sont mal vécues, au point que les braconniers les ont massivement pourchassées jusqu'à la mise en place de contrôles destinés à préserver les ressources.
C'est l'occasion qui fait le larron: contrairement au cachalot, "l'orque qui plonge à 300 ou 500 m ne se nourrit pas de légine qui vit à 2.000 mètres, profondeur qui ne lui est pas accessible", selon Christophe Guinet.
Dans la zone de Crozet, les déprédations sont les plus fortes et le quota de pêche le plus faible -700 à 1.000 tonnes ajustées en fonction du prélèvement des cétacés.
A l'initiative du SARPC, "Orcasav" a été menée dans la zone d'exclusivité économique française (ZEE) de l'archipel de Crozet. Objectif: tester des casiers pour piéger les légines et les protéger des cétacés.
"Nous avons testé 12 différents modèles de nasses qui ont permis de prendre de plus grands poissons. D'un point de vue scientifique, le résultat est étonnant mais le rendement est moindre", explique Guy Duhamel directeur du département des milieux et peuplements aquatiques du MNHN.
Surtout, "les palangriers ne sont pas adaptés à la pêche aux casiers", confirme Jean-Pierre Kinoo du SARP. Au final, les analyses chiffrées de la campagne décideront de la pertinence économique du projet.
Une solution serait de remplacer les palangriers par des caseyeurs, ces navires spécialisés dans la pêche aux casiers. "Mais ils coûtent entre 12 et 14 millions d'euros", gros investissement pour des armateurs qui, souvent "ne possèdent qu'un bateau", explique Jean-Pierre Kinoo.
Les observations scientifiques laissent entrevoir une autre solution: un certain mouvement de palangre dissuade les orques à la relève des lignes et il faudrait affiner le pilotage des bateaux pour permettre à la légine d'échapper à la voracité des prédateurs.






