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FRANCE

L'expérience choc du "Jeu de la mort" sonde les limites du petit écran

Texte par Marie Sophie JOUBERT

Dernière modification : 17/03/2010

France 2 a proposé une mise à mort en direct. Ou presque. Le documentaire "Le Jeu de la mort" démontre comment la télévision peut annihiler le discernement de participants en les poussant à torturer un homme. Expérience choc.

Quand la télévision juge la télévision, cela donne un programme hybride entre documentaire et télé-réalité où des hommes torturent d’autres hommes.

Diffusé ce mardi soir sur la chaîne France 2, le documentaire "Le Jeu de la mort" revêt la forme d’un programme de divertissement, un jeu dans lequel les participants doivent envoyer des décharges électriques à un homme s’il ne parvient pas à répondre correctement aux questions qui lui sont posées.

Le documentaire, qui tente de démontrer la capacité de la télévision d’annihiler tout discernement, est édifiant : les 80 personnes recrutées pour, leur dit-on, tourner le pilote d'une nouvelle émission, semblent prêtes à tuer en direct.

Jean-Paul supplie, le jeu se poursuit

Il n’y a pourtant pas d’argent à la clé. Encouragés par la présentatrice, ils augmentent progressivement la force des décharges, malgré les cris à glacer le sang de l’objet de leur torture. Jean-Paul, ligoté à un siège, couine, puis supplie pour que le jeu cesse, avant de ne plus donner signe de vie. Les participants ignorent qu’il s’agit d’un comédien et que les décharges qu’il reçoit sont fictives.

La méthode est inspirée d'une étude menée dans les années 1960 par le chercheur américain Stanley Milgram. Elle est destinée à mesurer, une quinzaine d'années après la chute du régime nazi, la capacité de soumission de l'être humain. Encouragés par un scientifique en blouse blanche, 65 % des participants acceptent d’administrer des chocs de 450 volts.

La télé, un totalitarisme tranquille

Dans l’expérience baptisée " Zone Xtrême", l’animateur et le public prennent le relais du scientifique. Les candidats ne sont pas menacés, ne reçoivent pas d’ordres par un supérieur. Pourtant, 81 % d’entre eux finissent par obéir.

L’expérience ne fait pas pour autant d’eux des bourreaux, selon Christophe Nick, l’auteur du documentaire. "Même si votre partenaire hurle en vous suppliant d'arrêter, vous êtes encore dans le cadre d'un jeu", explique-t-il. D'après lui, le poids des caméras, conjugué à la personnalité de l'animateur et à la présence du public, estompe la frontière entre le réel et l'irréel.

Ils sont "sous l'emprise du pouvoir de la télé. Un système qui écrase, un totalitarisme tranquille", estime, lui aussi, Jean-Léon Beauvois, un chercheur en psychologie sociale qui a participé à la réalisation du documentaire. Ils n'osent pas affronter l'animatrice en qui ils ont confiance - la télé ne peut pas faire ça ! - et face à laquelle ils sont seuls. Or, observe-t-il, "un être seul confronté au pouvoir devient l'être le plus obéissant qui soit".
 

Première publication : 17/03/2010

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