AFP - La mère, les soeurs puis les enfants de Suzanne Viguier ont livré jeudi des témoignages empreints d'émotion devant la cour d'assises du Tarn, qui juge en appel l'universitaire toulousain Jacques Viguier, accusé du meurtre de sa femme disparue depuis le 27 février 2000.
"J'ai vécu la moitié de ma vie avec ma mère, et la moitié sans", raconte Clémence Viguier, 20 ans, l'aînée de la fratrie.
"Papa, continue-t-elle, c'est lui qui nous a élevés. Et s'il était aussi horrible qu'on le dépeint, on ne serait pas là tous les trois".
"On avait beaucoup de baby-sitter, papa et maman étaient occupés en dehors de la maison. Papa, le cinéma, la chasse. Maman, le tarot, la danse. Je suis assez critique sur mes deux parents, on ne les voyait pas beaucoup", confie la l'étudiante-infirmière, qui lisait en cachette les articles de presse quand sa mère a disparu.
Avec Emilie Maillé, la compagne de son père pendant sept ans, Clémence Viguier dit avoir appris ce qu'était "une vie de famille, quelque chose d'un peu plus structuré". "C'est elle qui nous a appris à s'asseoir autour de la table pour discuter. Papa est tombé malade et Emilie était là pour compenser", explique-t-elle aux jurés.
Elle regrette que "maman n'ait pas été recherchée" et que son père ne se défende pas mieux. "Il a mis du temps à nous dire qu'il était innocent. On te salit, on te roule dans la boue et toi tu ne dis rien", lui dit-elle.
"Il ne pourrait pas l'avoir fait", martèle Guillaume, un des deux frères jumeaux, 17 ans.
"Je ne comprends pas, souligne-t-il, qu'on soit ici à le juger avec ce qu'il y a dans le dossier".
Auparavant, Hélène Blanch, la soeur cadette, et Carole, la demi-soeur de Suzanne, constituées partie civile, viennent dire leur certitude. "Je suis persuadée que c'est une dispute qui a mal tourné", dit la première.
"Jacques c'est la dernière personne que je voudrais voir ici aujourd'hui", dit la seconde en se tournant vers l'accusé. "Moi, je ne veux pas que ce soit Jacques, les petits ont déjà perdu leur mère (...) Je le comprends qu'ils soutiennent leur père. Mais il est temps que justice soit rendue, qu'il aille en prison. Les enfants, ils sont assez grands maintenant".
"Je pense qu'il l'a tuée, mais qu'il ne l'a pas fait exprès", dit-elle pour conclure son audition en le regardant dans les yeux.
"Je ne l'ai pas tuée", répond Jacques Viguier, assis dans le box.
"C'est la première fois que tu me le dis", lui reproche-t-elle.
"Je ne l'ai pas tuée", insiste Jacques Viguier, "je veux que tout le monde sache que je ne l'ai pas tuée".
Pour Claude Petit, la mère de Suzanne, sa fille aînée est encore en vie et elle juge "horrible" ce qui est reproché à Jacques Viguier.
"Je suis toujours aussi frustrée, toujours à me demander ce qui s'est passé. On me reproche de penser qu'elle est vivante. Je ne veux pas qu'elle soit morte", dit cette institutrice à la retraite.
Elle n'avait pas vu sa fille de 1994 jusqu'à la disparition, car Susi ne voulait pas la voir depuis qu'elle lui avait dit qu'elle "n'assumait pas son rôle d'épouse et de mère comme il fallait".
Depuis le début du procès, cette institutrice à la retraite est assise à côté des trois enfants du couple Viguier. Comme eux, elle a vécu le drame de la mort mystérieuse de la mère et l'emprisonnement du père, soupçonné puis remis en liberté.
Acquitté lors du premier procès en avril 2009, Jacques Viguier a fait neuf mois de détention provisoire de mai 2000 à février 2001.
Le réquisitoire de l'avocat général Marc Gaubert est prévu vendredi, le verdict, samedi.







