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FRANCE

De Birkenau à l'Académie française, un parcours hors du commun

©

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 18/03/2010

Personnalité préférée des Français, Simone Veil est entrée dans leur cœur en se battant pour la légalisation de l'avortement en 1975. Hier ministre et présidente du Parlement européen, elle est aujourd'hui intronisée à l'Académie française. Parcours.

Ce jeudi, Simone Veil devient "immortelle". C'est "un très grand honneur qui m'étonne encore aujourd'hui, parce que je ne vois pas les raisons pour lesquelles je me trouve dans cette situation", avait-elle sobrement déclaré lors de son élection à l'Académie française, en novembre 2008.

Rescapée de la Shoah, féministe engagée, femme politique populaire, européaniste convaincue, membre du Conseil constitutionnel... Son entrée au sein de cette institution n'est pourtant qu'une étape supplémentaire d'un parcours exceptionnel.

Matricule 78651

L'histoire de Simone Veil débute avec la grande Histoire. Le 30 mars 1944, Simone, qui est alors Simone Jacob, fille d'un architecte d'origine juive, est arrêtée par la Gestapo à Nice, avec sa famille. Après avoir transité par Drancy, elle est déportée avec sa mère et sa sœur Madeleine dans le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau. Elle évite la mort de justesse en déclarant avoir 18 ans - elle n'en a en réalité que 17.

En 1945, Simone, sa sœur et sa mère sont emmenées au camp de Bergen-Belsen, où cette dernière décède du typhus. Son père et son frère sont déportés en Lituanie, d'où ils ne reviendront jamais. A la Libération, Simone, qui était la cadette d'une famille de quatre enfants, n'a plus que deux sœurs.

Elle milite depuis pour la reconnaissance du rôle des Justes, qui ont permis de sauver des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et est présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Le matricule 78651, qui lui avait été tatoué sur le bras à Birkenau, figure sur son épée de nouvelle académicienne.

"Loi Veil"

Après la guerre, de retour à Paris, Simone Jacob obtient une licence en droit, épouse Antoine Veil, fonde une famille et renonce au métier d'avocat pour entamer sa carrière dans la magistrature. Elle entre en politique comme ministre de la Santé du gouvernement Chirac, après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence.

Celui-ci ne l'a pas choisie par hasard : il connaît son opinion quant à l'interdiction de l'avortement en France. Il la soutient donc, mais l'Assemblée s’oppose à la légalisation de l’avortement. Insultes, provocations, manifestations s’ensuivent... Seule au milieu d'une marée d'hommes, les larmes aux yeux, Simone Veil ne lâche pas et finit par faire adopter le projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), qui dépénalise l'avortement. Le texte, qui porte son nom, entre en vigueur le 17 janvier 1975.

Cette bataille opiniâtre lui confère une place de choix dans le cœur des Français. Elle reste, jusqu'à aujourd'hui, l'une de leurs personnalités préférées.

Première présidente du Parlement européen

Le 19 juillet 1979, l'Union pour la démocratie française (UDF, centre), pour lequel Simone Veil a fait campagne, remporte les premières élections européennes au suffrage universel. Elle devient la première présidente du Parlement européen, où elle occupera un siège de député jusqu'en 1993. Cantonnée dans une opposition modérée après l'élection de François Mitterrand en 1981, elle fait son retour au gouvernement à la faveur de la cohabitation de 1993. Le Premier ministre, Edouard Balladur, la nomme ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville. Elle devient cette fois la première femme ministre d'Etat.

Présidente du Haut conseil à l'intégration en 1997, puis membre du Conseil constitutionnel de 1998 à 2007, elle annonce son soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy en 2007 tout en conservant sa liberté de ton. Elle critique notamment la création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, plutôt qu'un ministère de l'Immigration et de l'Intégration. Elle s'oppose également au projet du président de confier à chaque élève de classe de CM2 la mémoire d'un enfant juif de France mort pendant la Shoah. "C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste", déclare-t-elle alors.

Tailleur de tweed, chignon noir, yeux verts... Simone Veil, sixième femme à entrer à l'Académie française - sur 708 élus depuis sa création -, rejoint sous cette coupole Marguerite Yourcenar, Jacqueline de Romilly, Hélène Carrère d'Encausse, Florence Delay et Assia Djebar. "Les femmes ont une autre vision de la société ! Et il est important qu'elles apportent leur regard, souvent plus pratique, plus concret que celui des hommes", affirmait-elle mercredi.

Première publication : 18/03/2010

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