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AFP - Un bras de fer oppose à Bruxelles les Etats et la Commission européenne autour du contrôle de l'aide aux pays en développement, stratégique pour l'influence de l'Europe dans le monde, à l'occasion de la mise en place du nouveau service diplomatique de l'UE.
Créé par le traité de Lisbonne, le Service européen d'action extérieure (SEAE) comprendra à terme quelque 7.000 fonctionnaires au service de la nouvelle Haute représentante aux Affaires étrangères, la Britannique Catherine Ashton.
Sa mise en place suscite des luttes d'influence entre Etats européens et entre institutions de l'UE pour obtenir les meilleurs postes.
La bagarre porte aussi sur les compétences de cet organisme inédit, notamment à propos de l'aide au développement. Premier donateur mondial, l'UE n'existe souvent politiquement dans le monde qu'à travers l'aide aux pays pauvres, comme au Proche-Orient où elle est le premier bailleur de fonds des Palestiniens.
Jusqu'ici, les outils de l'UE, le Fonds européen de développement (FED) et l'Instrument de coopération au développement (ICD), étaient gérés exclusivement par la Commission.
Le premier, doté de 22,7 milliards d'euros pour la période 2008-2013, est destiné aux anciennes colonies d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Le second (16,9 milliards d'euros) est principalement destiné aux autres pays pauvres.
Certains Etats, déjà très actifs eux-mêmes en matière de coopération notamment vis-à-vis de leurs anciennes colonies, souhaitent voir le SEAE prendre la "direction stratégique" de ces budgets.
Ils se basent sur l'article 208 du traité de Lisbonne qui stipule que la politique européenne de coopération "est menée dans le cadre des principes et objectifs de l'action extérieure de l'Union". A charge donc à la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, de la superviser.
La Commission ne l'entend pas de cette oreille. Le même article 208 fixe comme "objectif principal" de la politique de développement "la réduction et, à terme, l'éradication de la pauvreté". Cela implique qu'elle ne soit "pas au service de la politique étrangère" et qu'elle réponde à "d'autres cycles" de plus long terme, observe un haut responsable de la Commission.
Plusieurs pays comme la France plaident pour que le maximum de substance aille au SEAE.
Resterait alors à l'exécutif européen la seule mise en oeuvre de l'aide. Mais "les commissaires ne seront pas les adjoints de la Haute représentante" et "ne prendront pas leurs ordres chez elle", prévient un de ses hauts responsables.
L'organigramme du SEAE prévoit six directeurs généraux, dont quatre auraient des compétences géographiques. Tous seraient chapeautés par un secrétaire général et deux secrétaires généraux adjoints.
Un compromis semble se dessiner selon lequel le SEAE définirait ses stratégies d'aide au développement "en coopération" avec la Commission, selon une source proche des négociations. Une expression qui laisse néanmoins la porte ouverte à de nombreuses interprétations.
"L'opinion penche plutôt fermement en faveur de responsabilités partagées", précise un diplomate européen.
L'eurodéputée verte Franziska Brantner qui suit de près les négociations, reconnaît qu'il y a "un danger de voir des diplomates étrangers aux problématiques de développement définir des stratégies en la matière".
En même temps, souligne-t-elle, "il faudrait forcer le SEAE et la Commission à travailler ensemble, parce que l'UE a besoin de mener des stratégies plus cohérentes sur le terrain".







