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AFP - Avec "White material" en salles mercredi, la réalisatrice Claire Denis met en scène Isabelle Huppert dans le rôle d'une femme à poigne, une Française enracinée en Afrique qui se refuse à abandonner sa plantation de café, alors qu'une guerre civile se prépare.
Co-écrit avec l'écrivain Marie NDiaye, Prix Goncourt 2009 pour "Trois femmes puissantes", "White material" était en compétition à la 66e Mostra de Venise, en septembre dernier.
Maria Vial n'a pas froid aux yeux : malgré la multiplication des violences entre le mouvement rebelle des "Patriotes" et les forces gouvernementales, qui a fait fuir tous ses ouvriers agricoles, elle s'obstine à sauver sa récolte.
Dans ce pays africain indéterminé, à une époque indécise, un conflit sanglant se profile, mais cette femme butée et instinctive n'en a cure: elle veille, chaque jour avec plus de difficulté, sur sa plantation.
Remarié à une Africaine, son ex-mari (Christophe Lambert) organise la fuite, mais son fils (Nicolas Duvauchelle), agressé par une bande de gamins armés, se radicalise et opte pour la violence.
C'est alors qu'un chef rebelle traqué par l'armée (Isaach de Bankolé) trouve refuge dans la plantation Vial.
Toujours juste, le jeu d'Isabelle Huppert insuffle une certaine tension à "White material", remarquablement photographié par Yves Cape, où Claire Denis se préoccupe surtout d'instaurer une atmosphère de déréliction.
Mais le film pâtit vite de flottements dans un scénario qui multiplie laborieusement les flash-back et donne trop peu de consistance à certains personnages, ainsi qu'à un contexte politique qui demeure vague.
Tourné au Cameroun où la réalisatrice a passé son enfance - évoquée dans "Chocolat" (1988) -, "White material" met en scène une héroïne qui échappe à "l'éternelle vision compassionnelle de l'Afrique" disait Claire Denis à Venise.
"Les sujets des luttes ethniques ou des enfants soldats en Afrique dont on parle beaucoup" sont "abordés souvent d'un seul bloc, soit très politisé soit très compassionnel, dans les documentaires", estimait-elle.
"Je me suis dit que si j'étais agricultrice et j'avais une récolte, s'il fallait faire vivre ma famille (...) j'échapperais à cette éternelle vision compassionnelle de l'Afrique", ajoutait Claire Denis, âgée de 61 ans.
"C'était plus facile pour moi de me mettre à la place de quelqu'un qui a du café, parce que le café c'est beau, ça ne spolie pas la terre (...) plutôt qu'à celle de quelqu'un qui a une concession de pétrole et ne partage pas ses bénéfices", avait expliqué la réalisatrice.
"Je ne pense pas mes films comme des réponses à des situations politiques", concluait celle qui débuta comme assistante de Wim Wenders ou Jim Jarmusch.
Auteur d'une oeuvre marquée par les thèmes du racisme et de la violence, Claire Denis a notamment signé "US go home" (1994), "Nénette et Boni" (1996) ou encore un film sur la Légion intitulé "Beau travail" (1999).
Avant "White material" la réalisatrice avait tourné en banlieue parisienne "35 Rhums", une chronique intimiste sur une relation père-fille présentée elle aussi à la Mostra, hors compétition, en 2008.






