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Culture

"Crime et Châtiment" au musée d'Orsay, le crime dans la lorgnette des artistes

Texte par Dépêche

Dernière modification : 21/03/2010

"Pourquoi est-ce que l'Homme tue ? Quelle est cette justice qui pendant si longtemps a elle-même tué l'Homme ? Je me suis dit que l'art me permettrait d'avancer dans ma connaissance", explique l'avocat Robert Badinter, qui a imaginé cette exposition.

AFP - La guillotine voilée de noir, la porte des condamnés à mort chargée de graffitis, des moulages de têtes de criminels mais aussi des chefs d'oeuvre picturaux: l'exposition "Crime et châtiment" qui ouvre mardi au musée d'Orsay en met plein la vue.

Imaginée par l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter et conçue par l'académicien Jean Clair, elle explore le regard des artistes sur le crime, de la Révolution à 1939.

"Pourquoi est-ce que l'homme tue? Quelle est cette justice qui pendant si longtemps a elle-même tué l'homme? je me suis dit que l'art me permettrait d'avancer dans ma connaissance" du crime et de ses châtiments, a expliqué vendredi à la presse Robert Badinter qui a fait voter l'abolition de la peine de mort en septembre 1981.

"J'ai découvert que ce qui intéresse l'artiste, c'est la violation des interdits fondamentaux, le sacrilège, le sexe, la mort", a-t-il ajouté.

L'ancien avocat, qui pensait à cette exposition depuis dix ans, l'a d'abord proposée au Louvre puis, avec Jean Clair, il s'est rapproché du musée d'Orsay.

Il n'a pas fallu "cinq minutes" pour qu'elle soit acceptée par Guy Cocheval, le président du musée d'Orsay, relate Jean Clair. Elle a ensuite été montée très vite: 475 pièces ont été réunies en un temps record.

"A partir du moment où vous avez 45 têtes coupées, 33 membres détachés, des crânes phrénologiques, une lame de guillotine, des tableaux symbolistes en pagaille, il a fallu organiser tout cela par sections afin que ce soit lisible par un public non averti", poursuit l'historien d'art.

"L'abolition de la peine de mort a constitué le socle fondamental à partir duquel nous sommes partis", a-t-il ajouté. Au fond de la première salle, se tient la guillotine, voilée de noir mais à la lame bien visible. Une vision glaçante.

"C'est la première fois qu'on ose montrer dans un musée d'art un objet aussi atroce", souligne Jean Clair. "L'objet réel est plus étonnant que toutes les représentations qu'on a pu en faire", relève-t-il.

Guy Cocheval reconnaît qu'il n'était "pas très pour" l'exposer mais qu'il s'est laissé convaincre.

Autre objet choc, la porte des condamnés à mort, prêtée par le musée pénitentiaire de Fontainebleau. Sur le bois, les prisonniers en attente de la peine capitale ont gravé au couteau de pauvres inscriptions "adieux Frisette'", "pas de chance". Avec des dates. 1899, 1911, etc.

L'assassinat du révolutionnaire Marat par Charlotte Corday en 1793 a droit à une place de choix dans l'exposition. Il a donné lieu à des représentations nombreuses qui ont évolué au fil du temps. La meurtrière est devenue peu à peu héroïne tandis que l'apôtre de la Terreur prenait les traits du bourreau.

L'exposition explore aussi les tentatives de la science de se saisir du fait criminel au XIXème siècle. Avec la phrénologie (étude du caractère d'après la forme du crâne) et l'anthropologie criminelle, se développe l'idée que l'homme n'a pas son libre-arbitre.

La danseuse de 14 ans d'Edgar Degas est "une fleur du pavée, au front fuyant, qui va transmettre la syphilis aux vieux bourgeois qui viennent la voir", avance Jean Clair.

Dans le magnifique tableau "Intérieur", dit aussi "Le Viol", Degas pose un regard scientifique sur la scène douloureuse où la femme se recroqueville sur elle même alors que l'homme se dresse dans l'ombre.
 

Première publication : 21/03/2010

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