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Amériques

Retour sur l’affaire Hank Skinner

Texte par Leela JACINTO

Dernière modification : 30/03/2010

Le 24 mars, la Cour suprême américaine a suspendu l’exécution de Henry "Hank" Skinner, condamné pour un triple homicide dont il a toujours nié être l’auteur. FRANCE 24 revient sur cette affaire et les zones d’ombre qui l’entourent.

Tout débute le 31 décembre 1993 au soir, quand la police de Pampa, une petite ville du Texas, découvre le corps d’une femme gisant dans son salon. Ses deux fils sont eux aussi retrouvés morts, l’un dans son lit, un couteau planté dans le dos, l’autre à proximité de la maison, le corps couvert de blessures. La femme, qui se nomme Twila Jean Busby, a été violée avant d’avoir la tête défoncée par le manche d’une hache, selon les enquêteurs.

Les soupçons se portent aussitôt sur son compagnon, Henry Skinner, surnommé "Hank". Cet ancien ouvrier est connu dans la région pour ses penchants pour la drogue et l’alcool ainsi que pour quelques actes de petite délinquance.

"Hank" a beau clamer son innocence, il est condamné à la peine capitale deux ans plus tard par un tribunal du Texas, à la suite, notamment, du témoignage d’une voisine qui affirme que Skinner lui a avoué avoir battu à mort sa compagne à coups de pied.

Un témoin se rétracte

Cette affaire sordide n’aurait sans doute jamais connu un tel retentissement si elle n’avait attiré l’attention de David Protess, le directeur du programme de journalisme de la Northwestern University de Chicago (http://www.france24.com/fr/20100327-peine-de-mort-etudiants-journalisme-medill-innocence-project-skinner-chicago-protess-execution-erreur-judiciaire). En 2000, ses étudiants se sont rendus au Texas, où ils ont pu interroger Skinner et enquêter sur place. Ils ont ainsi monté un véritable dossier qui pointe les lacunes de l’instruction.

Ayant eux aussi questionné la voisine de Skinner, dont le témoignage avait été décisif dans sa condamnation, ils affirment que celle-ci s’est, depuis, rétractée. "Le principal témoin nous a confié qu’elle avait menti au cours du procès", affirme David Protess, contacté par FRANCE 24. "Elle nous a indiqué que le procureur l’avait forcé à mentir, après avoir menacé de la poursuivre en tant que complice."

Trop drogué pour commettre un tel crime ?

Au cours du procès, le ministère public est parvenu à établir que Skinner était présent chez sa compagne au moment du triple homicide. Lui-même ne nie pas avoir été là ce soir-là, mais il assure qu’il avait pris trop de drogue et d’alcool pour pouvoir commettre de tels crimes.

Avant d’être frappée à 14 reprises par le manche d’une hache, sa compagne a, en effet, été étranglée avec une telle violence que son larynx et son os hyoïde, situé dans la partie antérieure du cou, ont été broyés. En revanche, rien n’a pu établir qu’elle avait été frappée à mort à coups de pied, comme l’affirmait la voisine.

Dans une lettre qu’il a fait parvenir à la Cour suprême américaine, l’avocat de Skinner assure par ailleurs que le meurtrier a dû faire face à l’un des deux fils, qui mesurait près de 2 mètres et pesait plus de 100 kilos, pendant qu’il s’en prenait à sa mère. Selon lui, les analyses de sang prélevées sur place indiquent que ce dernier se trouvait à proximité de sa mère lorsque celle-ci recevait des coups.

L’avocat de Skinner conclut que le meurtrier devait donc être "en pleine possession de ses moyens, de sa force et de son équilibre" le soir du meurtre. Un état qu’il juge incompatible avec celui de son client ; les tests effectués sur Skinner indiquent en effet qu’il était dans un état proche du coma tant il avait ingurgité de vodka et d’anxiolytiques le soir du triple homicide.

Des tests ADN oubliés

Les étudiants en journalisme de l’université de Chicago ont par ailleurs découvert que la compagne de Skinner s’était plainte du comportement de son oncle, Robert Dunnell, le soir du meurtre. Celui-ci, qui n’a jamais été interrogé par la police avant sa mort en 1997 dans un accident de voiture, a toujours été présenté comme le véritable coupable par Skinner.

Dunnell était chez Twila Jean Busby le soir fatidique. Il faisait partie des personnes invitées à venir fêter le réveillon du Nouvel An. Plusieurs convives affirment l’avoir vu faire des avances assez poussées à sa nièce puis se lancer à sa poursuite.

Les étudiants ont aussi mis en exergue le fait que les échantillons d’ADN prélevés sur les lieux du crime n’ont jamais été testés ni utilisés lors du procès. Un manquement qui constitue d’ailleurs l’une des principales motivations de la Cour suprême pour suspendre l’exécution.

Henry "Hank" Skinner devait être exécuté par injection létale au pénitencier de Huntsville, au Texas, le 24 mars à 18 heures. Il était en train de prendre ce qu’il pensait être son dernier repas lorsqu’il a appris la décision de la plus haute juridiction américaine.
 

Première publication : 30/03/2010

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