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FRANCE

"Le journaliste n'est ni policier ni juge"

Texte par Aurélie BLONDEL

Dernière modification : 02/04/2010

Pour les besoins d’un reportage, un journaliste a rencontré des pédophiles, via Internet, avant de les dénoncer. Résultat : une vingtaine d’arrestations... et une polémique sur le rôle des journalistes et la protection des sources.

"J’ai fait ce que tout citoyen doit faire" : dans les colonnes de la presse, Laurent Richard, un journaliste qui a dénoncé des pédophiles rencontrés au cours d’un reportage, explique que c’était pour lui "normal" de signaler ces cas à la police.

Son enquête intitulée "Pédophilie : les prédateurs" sera diffusée le 6 avril à 22h20 sur France 2, dans le magazine "Les Infiltrés". Le journaliste a réussi à interviewer des pédophiles et certains lui ont montré des photos d’enfants à qui ils comptaient s’attaquer. Pour éviter des agressions, il a prévenu la police. Sa démarche a conduit à une vingtaine d’arrestations. Une dénonciation qui a déclenché une petite polémique sur le rôle des journalistes et la protection des sources. Laurent Richard était-il obligé de dénoncer ? En dehors de l’aspect moral, que dit la loi ? Les explications de Basile Ader, avocat au barreau de Paris, spécialiste du droit de la presse.

Tout citoyen est-il obligé par la loi de dénoncer des pédophiles ?

Basile Ader : Si vous êtes témoin d’un crime, par exemple un meurtre ou un viol, vous êtes obligé de le dénoncer. Ce n’est pas le cas si vous assistez à un vol. Autre cas de dénonciation obligatoire : si vous savez qu’un mineur de moins de 15 ans est maltraité. Si vous ne le faites pas, vous êtes passible de trois ans d’emprisonnement et d’une amende.

Dans le cas qui nous intéresse, il n’est pas sûr que le délit soit constitué : le journaliste a dénoncé les pédophiles qui allaient, selon lui, se montrer coupables de maltraitance sur des enfants.

Qu’en est-il alors du droit du journaliste de protéger ses sources ?

B. A. : Si vous avez recueilli ces informations dans le cadre de votre métier, vous avez, selon la loi, le droit de vous taire, le droit de protéger vos sources (mais ce n’est pas une obligation). C’est une loi du 4 janvier 2010 qui a réaménagé le principe du secret des sources.

La loi dit que ce droit s’applique toujours, sauf "si un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie". Par exemple, si vous savez qu’un attentat va être commis, vous devez parler.

S’agissait-il ici d’un "impératif prépondérant d’intérêt public" ? Difficile à dire, car nous n’avons pas de jurisprudence, la loi est trop récente, c’est à l’appréciation du juge. Aucun juge n’aura toutefois à se prononcer sur cette affaire.

Que dit l’éthique journalistique dans un tel cas de figure ?

B. A. : Retenez d’abord que les différents textes déontologiques de la profession ne sont pas impératifs. Ensuite, ce qui est récurrent dans ces textes, c’est qu’il faut éviter la confusion des genres : le journaliste n’est ni policier, ni juge.

La généralisation des dénonciations de la part des journalistes pourrait constituer un risque pour la liberté d’information en provoquant la méfiance des sources, qui n’oseraient plus se confier aux journalistes.

Première publication : 02/04/2010

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