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EUROPE

Radovan Karadzic affronte le premier témoin de l'accusation

Vidéo par Karim YAHIAOUI

Texte par Dépêche

Dernière modification : 14/04/2010

Poursuivi devant le TPIY pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, qui a choisi d'assurer lui-même sa défense, a interrogé Ahmet Zulic, qui fut détenu dans un camp serbe.

AFP - L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic a affronté mardi, à son procès à La Haye, le premier témoin de l'accusation, un musulman de Bosnie venu raconter les atrocités qu'il a subies pendant la guerre de Bosnie (1992-1995).

M. Karadzic, 64 ans, qui a choisi de se défendre seul, a procédé lui-même au contre-interrogatoire d'Ahmet Zulic, 62 ans, ancien prisonnier des camps de détention serbes, devant le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie à La Haye.

En costume sombre et chemise blanche, l'accusé avait auparavant assisté, impassible, à l'interrogatoire de M. Zulic par le procureur, Mme Ann Sutherland, en prenant de nombreuses notes.

Son procès pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, suspendu le 2 mars, a repris mardi après-midi, avec le début de la présentation des éléments de preuve de l'accusation, qui va durer plusieurs mois.

Arrêté le 18 juin 1992, à Sanski Most (nord-ouest de la Bosnie), Ahmet Zulic, qui a déjà témoigné dans trois procès du TPI, avait été détenu pendant cinq mois par les forces serbes.

Il avait été enfermé dix-neuf jours dans un garage à Betornika, où il avait régulièrement été frappé par les forces serbes.

"J'ai eu des côtes fracturées et des lésions à six ou sept vertèbres", a raconté d'une voix sourde le sexagénaire au visage fatigué, les yeux baissés, sans jamais regarder M. Karadzic, assis à quelques mètres de lui.

"Ils m'ont piétiné les mains, mes doigts ont été cassés", a-t-il continué. "Ma plaie dans le dos s'est infectée, les médecins ont dû intervenir avec une lame de rasoir pour la traiter".

Il avait ensuite été enfermé dans une étable à Manjaca, avec "600 à 800" prisonniers. "Une miche de pain divisée en 44 morceaux", "un verre d'eau pour deux ou trois hommes" leur étaient distribués une fois par jour, avec du "pâté de foie".

A sa sortie du camp, le 25 novembre 1992, Ahmet Zulic ne pesait plus que 55 kilos contre 90 auparavant. "Je n'étais pas en mesure de faire 1.000 mètres en guise de promenade". Il dit être aujourd'hui "tout à fait incapable, inapte".

C'est alors au tour de l'ancien président de la République unilatéralement proclamée des Serbes de Bosnie de prendre la parole, après avoir rassemblé ses notes.

"J'ai pas mal de questions, mais il y en a bon nombre sur lesquelles nous tomberons rapidement d'accord, auxquelles on peut répondre par oui ou par non", avertit-il.

"Je ne vais pas dire que vous êtes un témoin préféré, mais j'ai l'impression qu'on tient à vous en tant que témoin", lance-t-il à M. Zulic. "Objection votre honneur", s'insurge le procureur Ann Sutherland.

"Il y a peut-être une façon malhabile de faire, c'est la première fois que j'interviens comme conseiller de la défense", riposte l'accusé.

M. Karadzic commence alors à poser une longue liste de questions au témoin : ses études, sa famille, son travail, ses relations sont passés en revue.

Au motif qu'il n'était pas prêt, M. Karadzic avait boycotté l'ouverture, le 26 octobre 2009, de son procès pour des faits commis pendant la guerre de Bosnie qui a fait 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés. Le procès, suspendu quatre mois durant, avait repris les 1er et 2 mars, puis avait été à nouveau suspendu.

Première publication : 14/04/2010

  • JUSTICE INTERNATIONALE

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