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FRANCE

La police prise en flagrant délit de mensonge dans l'affaire Florence Cassez

Texte par Guillaume LOIRET

Dernière modification : 21/04/2010

La justice mexicaine a reconnu que l'arrestation de la Française Florence Cassez, qui purge une peine de 60 ans de prison pour enlèvements, était une mise en scène. L'éclairage de Patrice Gouy, correspondant de RFI au Mexique.

La justice mexicaine a reconu que l'arrestation de Florence Cassez, emprisonnée au Mexique pour une affaire d'enlèvements dans laquelle elle a toujours clamé son innocence, était une mise en scène. La police a menti en faisant croire à la presse que l'arrestation de la Française s'était déroulée "en direct" le 9 décembre 2005 alors qu'elle avait en fait eu lieu la veille.

Pour mieux comprendre l'affaire, FRANCE 24 a demandé l'éclairage de Patrice Gouy, correspondant de RFI installé depuis 30 ans au Mexique.
 

Pourquoi avoir ainsi mis en scène cette arrestation ?

Patrice Gouy : Il faut replacer cette mise en scène dans le contexte de l’époque : l’arrestation de Florence Cassez, en décembre 2005, a lieu à un moment où les enlèvements posent un problème majeur à la police mexicaine. Avec environ 500 kidnappings par an, il lui fallait faire un exemple, et le cas de Florence Cassez tombait à pic. Il permettait de "prouver" que les gangs s’internationalisent et les autorités pensaient ou savaient que les autorités consulaires françaises au Mexique ne réagiraient pas avec fermeté.

La publication de ce document est-elle une porte de sortie pour Florence Cassez ?

P.G. : En tout cas, c'est l’amorce d’une solution. D’une part, ce document - qui existe depuis 2007 et aurait dû être versé comme pièce à conviction lors du procès en appel de la Française - prouve le peu de fiabilité de la justice mexicaine, dans

un dossier qui comporte de nombreuses inconsistances et zones d’ombre. D’autre part, il permet à la défense de Florence Cassez de déposer un recours devant la Cour suprême et même de porter plainte pour faux en écriture directement contre des responsables de la police mexicaine. L’issue pourrait enfin être un procès en cassation, mais il faudra alors attendre la fin du mandat du président Calderon [en 2012 ndlr] et la nomination de nouveaux juges.

Ce document peut-il faire basculer l’opinion publique, autrefois convaincue de la culpabilité de la Française ?

P.G. : Calderon était plutôt favorable à la libération de Florence Cassez, mais il était hors de question, dans un pays aussi nationaliste que le Mexique, de lâcher sur ce dossier au moment de l’élection présidentielle de 2006. Malgré un dossier bancal, l’opinion publique mexicaine, révoltée par ces affaires d’enlèvements, n’aurait pas compris. Mais aujourd’hui, les choses sont différentes. Ce document peut amorcer un revirement, et c’est là que le rôle de la presse va être essentiel. La presse mexicaine est traditionnellement très prudente, et plus encore la télévision, mais si les médias basculent, ils peuvent entraîner avec eux l’opinion publique vers la reconnaissance de l’innocence de Florence Cassez.

 

Première publication : 21/04/2010

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