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Economie

Goldman Sachs, une banque dans la tourmente

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 27/04/2010

Accusés d'avoir profité de la crise des subprimes, les dirigeants de la banque d’investissements américaine, dont le PDG Lloyd Blankfein (photo), doivent se défendre mardi devant le Sénat américain. Quelles sont précisément les accusations ?

Déjà mise à mal lors de la crise de la dette grecque pour son rôle trouble auprès du gouvernement Papandréou, la banque Goldman Sachs est de nouveau la cible de toutes les critiques : elle est accusée d'avoir profité de la crise des subprimes. Ses dirigeants doivent d'ailleurs se défendre devant le Sénat américain mardi 27 avril. Quelles sont exactement les accusations et les preuves contre la banque d’investissement ?

L'Abacus 2007-AC1, une "monstruosité"

Début 2007, un jeune trader français de Goldman Sachs, Fabrice Tourre, rédige 65 pages qui vont donner naissance à ce qu’il qualifie lui-même de "monstruosité" : le produit financier Abacus 2007-AC1.

Ce portefeuille est au cœur de la tempête qui menace actuellement la célèbre banque. Techniquement, Abacus est un CDO (Collateralized Debt Obligation) synthétique, c’est-à-dire un produit financier formé de plusieurs créances immobilières. Les investisseurs peuvent y mettre de l’argent en pariant que le marché de l’immobilier va continuer à grimper. Ce type de montage financier, très fréquent à l’époque, est à l’origine de la crise des subprimes.

La spécificité d’Abacus est qu’il aurait été, selon la SEC, créé de toute pièce pour échouer… En effet, il a été mis en place à la demande d’un client de Goldman Sachs, le fonds Paulson, qui voulait parier sur la chute du marché de l’immobilier. Abacus était donc composé d’actifs particulièrement risqués prêts à exploser dès les premiers défauts de paiement de propriétaires endettés. Paulson, selon la SEC, aurait même participé au choix des titres qui ont fini dans Abacus.

Les fonds Abacus se sont en effet effondrés 85 jours après avoir été mis en place. La Royal Bank of Scotland (RBS) et la banque allemande IKB ont englouti près de 1 milliard de dollars dans ce produit hautement toxique.

La SEC, le gendarme américain des marchés, a déposé le 16 avril une plainte au civil pour fraude contre Goldman Sachs. La Security exchange commission accuse la banque d’avoir vanté et vendu à certains de ses clients un produit financier, appelé Abacus, qu’elle savait par ailleurs ne pas être fiable. L’autorité de la Bourse américaine espère prouver que Goldman Sachs n’a pas donné à ses clients toutes les informations utiles lorsqu’elle vendait ce produit financier, qui s’est très vite effondré à Wall Street. Notamment, la banque savait qu’un autre de ses clients, le fonds Paulson, misait de son côté sur la chute boursière d’Abacus. Pire : Goldman Sachs aurait même aidé Paulson dans son entreprise.

Deux actionnaires de Goldman Sachs vont également traîner l’ensemble du conseil d’administration, et le trader français Fabrice Tourre qui est en partie à l’origine d’Abacus, devant la Cour suprême de New York. Robert Rosinek et Morton Spiegel reprochent, entres autres, au PDG, Lloyd Blankfein, de ne pas avoir contrôlé l’évolution des fameux Abacus. Ils invoquent des "ratages systématiques" pendant trois ans qui auraient fait perdre aux actionnaires près d’un milliard de dollars.

Une sous-commission du Sénat américain a, de son côté, accusé les dirigeants de la banque d’investissement d’avoir "trop souvent parié contre les instruments qu'elle vendait et d'avoir profité de ces paris aux dépens de ses clients". A l’appui, les sénateurs ont révélé quatre échanges d’emails entre des dirigeants de Goldman Sachs qui indiquent que, dès 2007, la banque anticipait la chute du marché immobilier et commençait à miser sur son effondrement. Problème : au même moment, elle revendait à ses clients des produits - comme Abacus - bourrés d’actifs justement liés à l’immobilier et qui se sont révélés toxiques.

Finalement, le "Wall Street Journal", dans son édition du samedi 24 avril, ouvrait un nouveau front. Le quotidien évoque une possible affaire de délits d’initiés. Entre octobre 2009 et décembre 2009, quatre responsables de la banque ont vendu une grosse partie de leurs actions alors que, quelque mois plus tôt, en juillet, la SEC informait Goldman Sachs qu’elle comptait ouvrir une enquête.

Première publication : 26/04/2010

  • ÉTATS-UNIS

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