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EUROPE

Le cinéaste Roman Polanski rompt sept mois de silence

Vidéo par Marion GAUDIN

Texte par Dépêche

Dernière modification : 03/05/2010

Assigné à résidence à Gstaad (Suisse) après son arrestation sur mandat international américain, le cinéaste a publié dans plusieurs journaux européens un texte où il dénonce la demande d'extradition qui viserait à le "livrer en pâture aux médias".

AFP - Roman Polanski est sorti de sa réserve dimanche dans un texte intitulé "Je ne peux plus me taire" dans lequel il considère que la demande d'extradition qui le frappe "est basée sur un mensonge".

"Je ne peux plus me taire parce que les Etats-Unis continuent de réclamer mon extradition plus pour me livrer en pâture aux médias du monde entier que pour prononcer un jugement sur lequel un accord a été pris il y a 33 ans", écrit-il.

Ce texte est adressé à l'opinion publique et publié sur le site de "La règle du jeu" dirigé par son ami le philosophe français Bernard-Henri Lévy.

"Je ne peux plus me taire car la demande d'extradition aux autorités suisses est basée sur un mensonge", écrit Roman Polanski à propos de son incarcération au pénitencier de Chino (Californie) durant 42 jours en 1977.

Selon le cinéaste, poursuivi aux Etats-Unis pour avoir eu en 1977 des relations sexuelles avec une adolescente de 13 ans, cette incarcération correspondait à la peine à laquelle il aurait du être condamné et qu'il aurait par conséquent déjà exécutée.

"Dans cette demande (d'extradition, ndlr) il est dit que je me suis enfui pour ne pas subir une condamnation de la justice américaine; or dans la procédure +plaider coupable+ j'avais reconnu les faits et j'étais retourné aux Etats-Unis pour exécuter ma peine", poursuit Roman Polanski, 76 ans.

"Je ne peux plus me taire car la victime a été déboutée par la Cour de Californie dans sa énième demande d'arrêter, une fois pour toutes, les poursuites à mon égard", souligne-t-il.

"Voila ce que j'avais à vous dire en restant dans l'expoir que la Suisse reconnaîtra qu'il n'y a pas lieu à extradition et que je pourrai retrouver la paix et ma famille en toute liberté dans mon pays", conclut-il.

La Suisse a officiellement été informée le 28 avril du rejet par la justice américaine d'une demande de jugement par contumace du cinéaste, mais elle doit encore décider de son extradition ou non vers les Etats-Unis.

Le réalisateur, arrêté sur mandat international américain le 26 septembre à son arrivée à Zurich pour un festival de cinéma, a été libéré le 4 décembre sous caution et assigné à résidence dans son chalet de Gstaad, la station huppée des Alpes suisses.

En mars 1977, Roman Polanski, alors âgé de 43 ans et déjà réalisateur mondialement connu, avait couché avec une jeune fille de 13 ans, en marge d'une séance de photographie chez l'acteur Jack Nicholson.

Poursuivi par les parents de l'adolescente, il avait reconnu le détournement de mineure mais s'était finalement enfui des Etats-Unis avant le prononcé de la peine, craignant d'être lourdement condamné en dépit de ses aveux.

Il n'a jamais remis les pieds aux Etats-Unis, même pour y recevoir l'Oscar du meilleur réalisateur qui lui a été décerné en 2003 pour "Le pianiste".

Si Roman Polanski a fui les Etats-Unis, c'est, selon son avocat Hervé Témine, parce que le juge américain s'apprêtait à dénoncer un accord entre les parties et autorisé par la loi américaine.

"Aujourd'hui que cette vérité connue depuis toujours est établie, cela signifie que Roman Polanski a exécuté sa peine. La requête d'extradition des Etats-Unis qui prétend le contraire est mensongère", a récemment déclaré l'avocat.

Woody Allen, Martin Scorcese, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Mitterrand... de très nombreux artistes et intellectuels, en Europe comme aux Etats-Unis, ont apporté leur soutien au cinéaste. En février dernier Roman Polanski a été primé à la Berlinale pour son thriller "The Ghost Writer".

Première publication : 03/05/2010

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