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EUROPE

L'absence de majorité absolue plane sur le scrutin

©

Vidéo par Aude SOUFI

Texte par Dépêche

Dernière modification : 06/05/2010

Aucun des trois principaux partis britanniques n'est assuré d'obtenir la majorité absolue à la chambre des communes. Un statu-quo qui compliquerait l'activité parlementaire et obligerait les partis à se lancer dans de complexes tractations.

AFP - Sans majorité absolue aux législatives du 6 mai et en l'absence de constitution écrite, la Grande-Bretagne plongera dans l'incertitude: le choix du Premier ministre dépendra de tractations politiques, de la médiation de "mandarins", et de la pression des médias et de l'opinion.

La majorité absolue --soit 326 députés sur 650 à la chambre des Communes-- est la condition sine qua non pour former instantanément un gouvernement.

A défaut, en cas de "hung parliament" (parlement suspendu), de multiples hypothèses sont envisagées par tout ce que le Royaume-Uni compte d'analystes et autres constitutionnalistes.

Un Parlement sans majorité : le pire cauchemar de la politique britannique

"La décision finale des politiques dépendra de la confluence de facteurs tels que l'arithmétique électorale, les conventions constitutionnelles, la pression des médias en continu et de la blogosphère, des réactions des marchés et de la perception de l'état de l'opinion publique", explique de façon peu cartésienne la très sérieuse Hansard Society, un centre de recherche indépendant.

Si l'on s'en tient à l'arithmétique, deux scénarios prévalent :

- les conservateurs de David Cameron, favoris des sondages, décrochent la majorité absolue. Dès vendredi 7 mai, le travailliste Gordon Brown emprunte une dernière fois sa Jaguar blindée de fonction pour remettre sa démission à la Reine, et cède aussitôt la place au 10, Downing Street à son jeune successeur. Lequel s'est dit prêt "à se retrousser immédiatement les manches".

- Scénario n°2, aucun parti n'atteint le chiffre fatidique de 326 sièges.

"Dans ce cas, le gouvernement sortant demeure en place sauf si, ou jusqu'à ce que, le Premier ministre décide de remettre sa démission au Monarque", a cru utile de rappeler le plus haut fonctionnaire du Royaume, secrétaire général du gouvernement, Gus O'Donnell, invoquant les "conventions constitutionnelles".

Ainsi, le Premier ministre --bien que battu-- serait prioritaire pour tenter de former "un gouvernement stable", par le biais d'alliance ou au sein d'une coalition. Quitte à s'effacer par la suite. Le libéral-démocrate Nick Clegg, en position de faiseur de roi, a laissé entendre qu'un départ de Brown favoriserait son hypothétique ralliement à une formule de gouvernement "Lib-Lab." David Miliband, ministre des Affaires étrangères, est prêt à en prendre la tête, avancent déjà nombre d'analystes.

L'influence des éditorialistes et de la vox populi, évoquée par la Hansard Society, ne sont pas à négliger : les consignes de vote de l'ensemble des quotidiens --sauf un-- préconisent le "tout sauf Brown" après 13 années de pouvoir travailliste.

Et David Cameron entend bien ne pas se laisser voler la victoire, en cas de résultat proche de la majorité absolue : "Il y a les conventions, et il y a la réalité, et les deux ne vont pas toujours ensemble," a-t-il fait valoir.

Le seul scénario écarté est celui d'une "grande alliance" entre Labour et Tories. Pareil montage, éprouvé en Europe, n'a été expérimenté qu'exceptionnellement en Grande-Bretagne, lors des deux guerres mondiales et du Krach de 1929.

Pour les aider dans des tractations qui promettent d'être laborieuses, les chefs de partis se tourneront vers trois "Mandarins" du "Triangle d'or" Palais/Fonction publique/Downing Street: le secrétaire général du gouvernement O'Donnel, Christopher Geidt, secrétaire particulier de la reine, et Sir Jeremy Heywood, secrétaire permanent du "10".

Leur rôle sera d'assurer "le fair-play, et de veiller à ce que la reine ne soit pas éclaboussée par un désordre électoral", a expliqué The Times. "Cependant, les partis politiques ont le devoir de résoudre entre eux leurs problèmes", précise à l'AFP Akach Paun, de l'Institute for Government de Londres.

"La force du système vient du fait que sa Majesté n'a jamais à user de ses pouvoirs latents", a délicieusement commenté le Financial Times pour qui "l'essentiel est d'aller vite, afin d'éviter de déstabiliser le marché".
 

Première publication : 06/05/2010

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