Dernière modification : 14/05/2010 

- Espagne - Franquisme - Justice


Le juge Garzon suspendu de ses fonctions avant son procès

Le juge Garzon suspendu de ses fonctions avant son procès

Le juge espagnol Baltasar Garzon a été suspendu de ses fonctions afin de pouvoir être jugé. Le magistrat est accusé d'abus de pouvoir par des organisations d'extrême-droite pour avoir voulu enquêter sur les crimes amnistiés du franquisme.

Par Dépêche (texte)
 

AFP - Le célèbre juge espagnol Baltasar Garzon a été suspendu vendredi de ses fonctions avant d'être jugé pour avoir voulu enquêter sur les crimes amnistiés du franquisme, provoquant la colère des victimes de la dictature qui ont dénoncé "un jour très triste pour l'Espagne".

Le Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ) a décidé à l'unanimité de suspendre le juge Garzon de ses fonctions le temps qu'il soit jugé, a-t-on indiqué de source judiciaire.

Cette mesure est la suite logique prévue par la loi espagnole de la décision prise mercredi par un juge du Tribunal suprême d'ordonner l'ouverture du procès pour "forfaiture" (abus de pouvoir, ndlr) de Baltasar Garzon, dont la date n'a pas encore été fixée.

M. Garzon est poursuivi par des organisations d'extrême droite pour avoir voulu, en 2008, enquêter pour la première fois sur les disparus de la Guerre civile (1936-1939) et de la dictature franquiste (1939-1975), en enfreignant "sciemment" selon eux la loi d'amnistie générale de 1977.

Le juge de 54 ans encourt une peine de 20 ans d'interdiction d'exercice de sa fonction de juge, qui mettrait un point final à sa carrière.

"Le scénario a été respecté, c'est un jour très triste pour l'Espagne", a réagi avec amertume Santiago Macias, vice-président de l'Association pour la mémoire historique, qui regroupe des familles de victimes républicaines de la guerre civile espagnole et de la dictature de Franco.

"Aujourd'hui, quelqu'un devrait sortir et dire: +Espagnols, la justice est morte+", a-t-il ajouté, en référence au célèbre "Espagnols, Franco est mort" prononcé en 1975 par le présentateur en larmes de la télévision espagnole.

"Ce juge a été le premier à se préoccuper des victimes du franquisme. Que cela se termine ainsi, c'est lamentable", a ajouté le responsable de cette association à l'origine de l'enquêtre controversée du juge Garzon.

Quelques minutes après l'annonce de sa suspension, le juge Garzon est sorti, souriant, des locaux du tribunal de l'Audience nationale où il a salué des partisans qui criaient "Garzon, ami! Le peuple est avec toi!".

Depuis son cabinet d'instruction, ce juge vedette, pionnier de la "justice universelle", a acculé pendant 22 ans l'ETA, traqué l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, le crime organisé et la corruption, se faisant au passage de nombreux ennemis à droite comme à gauche et au sein de la magistrature.

Le juge Garzon a reçu le soutien de nombreux juristes dans le monde qui estiment que les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles et que la loi d'amnistie espagnole n'est pas conforme au droit international.

Le juge Garzon, sympathisant socialiste, a tenté jusqu'au bout d'échapper à son humiliante suspension.

Mardi, il avait demandé sa mise en disponibilité pour travailler durant sept mois comme consultant auprès du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye.

Mais le secteur conservateur de l'organe de tutelle des juges a déjoué cette manoeuvre, en obtenant la convocation d'une réunion extraordinaire vendredi matin pour statuer sur sa suspension avant d'avoir à se prononcer sur sa demande de mise en disponibilité.

La commission permanente du CGPJ devait se réunir dans l'après-midi pour examiner la demande de mise en disponibilité du juge Garzon.

Dans une ultime tentative pour échapper à sa suspension, le juge Garzon a demandé vendredi matin l'annulation de l'ordonnance du juge du Tribunal suprême ayant ordonné son renvoi pour jugement, alléguant d'irrégularités de procédure.

Jeudi soir, il avait confié à l'issue d'un colloque qu'il assumerait la décision de ses pairs, "avec la tranquillité que confère le fait de savoir qu'on est innocent de ce dont on vous accuse".

Commentaires (4)

La loi

Un juge de par sa fonction doit respecter la loi . Il n'est pas au dessus . Le peuple par ses votes édicte la loi, lui est la pour les appliquer et non pas pour faire ses lois .

garzon

Je ne suis pas d'accord avec les tentatives d'angélisme de certains correspondants: il existe en Espagne des tas de familles dont plusieurs membres ont été tués sous Franco, et PERSONNE de sait où ils ont été enterrés.Il est normal que ces familles veuillent retrouver leurs morts. Ce qui n'est pas normal, c'est l'amnistie qui a suivi la mort de Franco, mais le climat du pays était explosif, et nous ne pouvons pas juger ce que nous ne connaissons pas. Garzon estime que les crimes tels que ceux de Franco et sa bande ne peuvent pas être amnistiés,et qu'il y a là une erreur à rectifier...

Le juridique ne se subsituer à l'histoire ni juger les morts

La question du franquisme et de ses dérives de répression de même l'exercice violent du pouvoir politique dans les périodes antérieures ,de l'apparition des États jusqu'au 20 ème siècle, sont et devront rester à juste titre du domaine de l'histoire et des historiens et non point de la justice et des juges aussi médiatisés soient ils. Dans le cas contraire c'est patiner dans le passée éternellement et déterrer et juger les morts comme au temps .Comment peut on alors présenter devant des tribunaux et pouvoir les juger des morts autre fois chefs de différents régimes politiques répressifs? Comment vouloir demander aux responsable politique contemporains,comme le font certains, réparation et excuse sans qu'ils soit responsable du passé? Le juge Garzon se trouve victime de l'excès du juridisme poussé au fantasme il ne reste qu'à accepter d'être jugé lui même, lui toujours vivant, par ses pairs.

garzon

Triste pour ce juge, mais il y a un temps où il faut savoir tourner la page et penser à l'avenir.

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