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Asie - pacifique

Bangkok émet un mandat d'arrêt pour "terrorisme" contre Thaksin

©

Vidéo par Lise BARCELLINI , Olivier FARRY

Texte par Dépêche

Dernière modification : 25/05/2010

Après les récentes violences qui ont secoué le pays, un mandat d'arrêt pour "terrorisme" a été émis par un tribunal thaïlandais à l'encontre de l'ex-Premier ministre et icône des "chemises rouges" Thaksin Shinawatra.

AFP - Le pouvoir thaïlandais, qui accuse l'ex-Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra d'être impliqué dans les violences en marge des manifestations des "chemises rouges", a franchi un pas supplémentaire mardi en émettant un mandat d'arrêt contre lui pour "terrorisme".

"Le gouvernement français dans l'embarras"

Le gouvernement reproche à M. Thaksin d'avoir incité les "rouges" aux violences et financé le mouvement qui a occupé le centre de Bangkok pendant des semaines pour réclamer le départ du Premier ministre Abhisit Vejjajiva.

"Un tribunal a estimé qu'il y avait assez de preuves pour un mandat d'arrêt" pour terrorisme, a annoncé le chef-adjoint du Département des enquêtes spéciales (DSI) Naras Savestanan.

Icône de nombreuses "chemises rouges" pour ses programmes sociaux quand il était au pouvoir, Thaksin, décrit par ses détracteurs comme étant populiste et autoritaire, avait été élu en 2001 et réélu triomphalement avant d'être renversé en 2006 par un coup d'Etat militaire.

En février, la Cour suprême l'avait jugé coupable d'abus de pouvoir et avait saisi la moitié de sa fortune (1,4 milliard de dollars).

Désormais, si la procédure devait aller à son terme, il risque la peine de mort. Mais ce mandat d'arrêt semble surtout destiné à faciliter son extradition.

"Ce mandat facilitera notre travail avec les pays étrangers", a expliqué M. Abhisit, estimant que "beaucoup d'importance" était accordée à ce type d'accusation dans le monde.

Thaksin avait déjà démenti être le "cerveau des terroristes" et avoir sapé les négociations entre gouvernement et "chemises rouges", qui avaient capoté une semaine avant l'assaut donné, mercredi dernier, par l'armée au camp retranché des manifestants.

"Le mandat arrêt à mon encontre est injuste. Je suis prêt à prouver que je ne suis pas un terroriste et que l'accusation a des motivations politiques", a réagi l'homme d'affaires, en accusant le pouvoir de "violations des droits de l'Homme".

Un des principaux dirigeants des "rouges", Jatuporn Prompan, a été pour sa part inculpé de terrorisme. Député de l'opposition, il n'a pas été placé en détention.

Entre le début des manifestations mi-mars et la dispersion par la force du mouvement, au moins 88 personnes ont été tuées et 1.900 blessées, dont quelques unes pendant les émeutes qui ont suivi la reddition des leaders "rouges".

Il existe "suffisamment de preuves" pour faire arrêter M. Thaksin, notamment pour son "rôle de coordinateur" dans ces émeutes, a assuré le responsable du DSI. Le gouvernement avait exposé samedi un arsenal d'armes qu'il affirme avoir saisi dans le camp des manifestants.

L'organisation Human Rights Watch appelé de ses voeux à "une enquête impartiale sur les abus commis par les deux parties".

La crise politique a rappelé l'étendue des divisions dans la société.

Les "chemises rouges", membres des masses rurales et des classes populaires des environs de Bangkok, reprochent aux élites de la capitale qui gravitent autour du palais royal et détestent M. Thaksin de les mépriser et de ne pas partager les fruits de la croissance économique.

"Depuis le début de la crise, le gouvernement diabolise Thaksin à outrance, ce qui lui permet de se déresponsabiliser par rapport à la société et d'éviter d'aborder les questions de fond", a estimé Arnaud Leveau, de l'Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporaine (Irasec).

Dans le centre de Bangkok, la vie avait totalement repris son cours normal mardi. Soucieux de maintenir le calme, le gouvernement a cependant une fois de plus prolongé le couvre-feu de quatre nuits supplémentaires.

Première publication : 25/05/2010

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