Dernière modification : 27/05/2010
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Jean-Luc Mélenchon, président du Parti du gauche et député européen (Partie 2)
Roselyne Febvre reçoit Jean-Luc Mélenchon, Président du parti de gauche et député européen, pour débattre de la réforme des retraites, des plans d'austérité en Europe et de l'avenir de la gauche.
Regardez la première partie de "Politique" avec Jean-Luc Mélenchon.
Lire l'intégralité de l'interview :
Roselyne FEBVRE.-.Retour sur le plateau de Politique avec le très « énervé », mais passionnant, Jean-Luc Mélenchon.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Je ne suis pas énervé du tout.
Roselyne FEBVRE.-.Si, vous êtes énervé. Si, si, si. Vous êtes député européen, vous êtes président du Parti de gauche. Et donc là, vous vous êtes bien énervé sur les retraites. On va parler de Dominique Strauss-Kahn qui lui, justement, a donné l’avis contraire sur les retraites à 60 ans, en disant que ce n’est pas un dogme. Alors on voit cet homme qui flambe, ce président du FMI qui flambe dans les sondages. Chaque apparition est effectivement, en France en tout cas, un événement. Il laisse planer le doute sur son éventuelle candidature en 2012. Est-ce que vous y croyez ? Est-ce qu’il ira ? Est-ce qu’il ira aux primaires déjà ? Est-ce qu’il va se présenter ? Vous n’en savez rien.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Pour moi, cela…
Roselyne FEBVRE.-.Vous connaissez un peu l’animal, est-ce que vous sentez, vous qui êtes un politique, qu’il a envie, qu’il y pense ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Non, non, non, je ne sais pas et honnêtement cela m’indiffère. Je sais seulement que s’il est candidat pour le parti socialiste, cela va rendre extrêmement compliqué le rassemblement de la gauche. Cela va rendre les choses très…
Roselyne FEBVRE.-.Pourquoi, il n’est pas assez à gauche ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Parce qu’il arrivera dans l’arène politique française en ayant été le directeur du FMI, c’est-à-dire l’homme qui aura mis à genoux…
Roselyne FEBVRE.-.Le sauveur de l’économie mondiale ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Bon, le sauveur du capitalisme mondial peut-être, mais ce n’est même pas sûr. Parce que je pense qu’il l’entraîne à sa perte avec la politique qu’il met en place dans tous les pays où il passe, qui est une politique de serrage de la dépense publique, en croisant les doigts, en espérant que la dépense privée prenne le relai. Ce qui n’est le cas nulle part.
Roselyne FEBVRE.-.Vous pensez que c’est le médecin qui tue ses patients avec un remède de cheval ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Clairement. Clairement. Il nous a ramenés, avec son petit sourire et ses airs tranquilles, à la situation de 1923, c’est-à-dire où, à l’époque, on a fait du protectionnisme et l’économie s’est contractée. Lui, on fait passer le FMI et l’économie se contracte. Vous savez, ce que je dis, ce n’est pas une accusation en l’air, ce n’est pas quelque chose qui consiste à dire : « Vous allez voir, parce que moi je sais mieux que les autres ». En effet, je sais mieux que les autres – et comme un certain nombre d’économistes – ce qui va se passer, mais il n’y a qu’à regarder là où ils ont déjà fait le travail. En Lettonie…
Roselyne FEBVRE.-.Pour l’instant il passe pour le sauveur, je suis désolée.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Mais il passe pour ce qu’il veut, cela m’est égal. Ce qui compte, ce sont les faits. Et les faits, c’est qu’en Estonie et en Lettonie, où le FMI a appliqué le remède de cheval que l’on a appliqué à la Grèce, l’économie s’est contractée de 20 % dans un pays et de 22 % dans l’autre. Et qu’ils peuvent espérer, en 2015, être revenus au niveau de 2007. Et ils sont tellement conscients du fait qu’ils vont provoquer un désastre que, dans les comptes prévisionnels qui ont été établis par le FMI pour la Grèce, il est prévu qu’en 2015, ils auront 150 % encore de déficit, par rapport à la production de leur propre pays. C’est-à-dire qu’ils savent, d’avance, que l’économie grecque va se contracter. Voilà. Et cela, on nous le propose comme remède en France, en Italie et partout. Cet homme est en train d’asphyxier l’économie mondiale. Et ce que je dis…
Roselyne FEBVRE.-.C’est un bourreau ? À vous entendre, c’est un bourreau des pays du sud.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Non, c’est un économiste libéral comme les autres. Comme le Camdessus qui donne des conseils à Monsieur Sarkozy sur l’équilibre budgétaire en France. Ces gens-là ont déjà mis en œuvre toutes ces recettes, Madame. Ce n’est pas moi qui l’invente, il suffit d’aller voir ce qu’ils ont fait. Et le résultat était désastreux, en Argentine, en Russie, au Mexique, partout où ils ont appliqué leurs recettes, cela n’a marché nulle part. Mais il ne faut pas que je parle trop fort, parce qu’après vous croyez que je m’énerve, alors que je ne fais que…
Roselyne FEBVRE.-.Pas du tout, mais j’aime bien quand vous vous énervez.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Je n’aime pas m’énerver.
Roselyne FEBVRE.-.Vous êtes passionnant quand vous vous énervez.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Je dis des choses précises et j’attends qu’on me réplique. Monsieur Strauss-Kahn, au titre du FMI, est en train de provoquer une contraction de l’économie mondiale. Le prix Nobel, Joseph Stiglitz qui vaut quand même à peu près…
Roselyne FEBVRE.-.Qu’est-ce que vous appelez une contraction ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Cela veut dire que comme l’argent qui circule par le bas, c’est-à-dire par la consommation, par les salaires, par les investissements publics, les ponts, les routes, tout ce que font les États, va diminuer. La dépense privée, c’est-à-dire ce qui est capitalisé à titre privé, ne prendra pas le relais. Et vous aurez une contraction de l’économie parce que, tout simplement, elle n’est plus alimentée par rien. Ce ne sont pas les capitaux privés qui vont faire des ponts, des routes, des voies de chemin de fer. Ce ne sont pas eux qui vont construire des hôpitaux, ce ne sont pas eux qui vont distribuer des salaires en grand nombre, en aussi grand nombre que l’État peut le faire aujourd’hui.
Roselyne FEBVRE.-.Donc, il n’a rien à faire au Parti socialiste ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Non, mais cela, c’est leur problème. Ils font ce qu’ils veulent entre eux. Il y a déjà Monsieur Pascal Lamy, le dirigeant de l’OMC, il y a le directeur du FMI. C’est-à-dire que les principales personnalités du monde libéral sont aujourd’hui membres du Parti socialiste. C’est quand même une réalité cela. Le président de l’international socialiste est Premier ministre en Grèce. C’est lui qui applique le plan des banques, ce n’est personne d’autre. Et c’est bien Dominique Strauss-Kahn qui, en s’adressant à un autre socialiste, Zapatero, Premier ministre espagnol, lui dit que le marché du travail est trop rigide en Espagne. Tout le monde comprend ce que…
Roselyne FEBVRE.-.Mais qu’est-ce qu’il fallait qu’il fasse alors ce bon médecin, ce bon docteur Strauss-Kahn ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Il faut qu’il tire la leçon de ce qui n’a pas marché dans le passé. C’est quelque chose de très pragmatique, ce n’est pas idéologique.
Roselyne FEBVRE.-.C’est-à-dire ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-. Couper les dépenses publiques, contracter les budgets des Etats n’a jamais marché. Ce qu’il faut au contraire, c’est relancer la pompe.
Roselyne FEBVRE.-.Libérer ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Mais bien sûr, faire respirer. Prenons le cas de la Grèce, il est clair qu’en refusant de prêter à la Grèce au taux auquel la Banque Centrale européenne prête aux banques privées : 1 %. D’accord ? La Banque Centrale européenne aurait pu prêter directement à la Grèce. Ce n’est pas cela qu’elle a fait. Elle oblige la Grèce à emprunter à des banques privées qui demandent une prime d’assurance qui est de plus en plus élevée, qui fait que la Grèce est enfoncée dans les dettes. L’accroissement du déficit de la Grèce vient de l’accroissement des taux d’intérêts qui lui sont demandés, pas des dépenses de l’État. D’accord ? Et dans ces conditions, si on avait permis à la Grèce d’emprunter directement à la Banque Centrale européenne, elle ne serait pas dans la situation dans laquelle elle est. Par contre, la Banque Centrale européenne, bonne camarade, rachète le papier pourri des banques et le prend en dépôt. C’est quand même un système invraisemblable où la finance publique sert à assurer, réassurer la finance privée. Ce n’est pas normal.
Roselyne FEBVRE.-.Donc l’austérité, tous ces plans d’austérité, c’est sur la ligne de l’orthodoxie budgétaire de Merkel ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.L’austérité tue l’économie. J’en fais le pronostic, cela se terminera très mal, comme cela s’est toujours très mal terminé dans l’histoire.
Roselyne FEBVRE.-.Pourtant la gauche elle a fait des plans de rigueurs, d’austérité.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Je ne pense pas que ce soit la gauche qui soit responsable de la crise de 1929, ni de celle de 1989, ni de celle qui vient d’avoir lieu. Bon, voilà, les citoyens auront à choisir.
Roselyne FEBVRE.-.Mais tout gouvernement a, à un moment, mis un plan de rigueur, quand il considérait que c’était nécessaire.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Non, pas tout gouvernement, cela dépend des situations. Moi, je veux bien contracter dans le budget de l’État, je me demande bien quoi. Parce que les gens ont l’air de trouver magique que l’on réduise le nombre de fonctionnaires, mais c’est les mêmes après qui ne vont pas être contents parce qu’il n’y a pas assez de profs dans les écoles, ni d’infirmiers dans les hôpitaux. Bon, alors tout cela, vous croisez les doigts et vous espérez qu’il y aura un service privé qui viendra prendre le relai à moins cher. C’est ce que l’on nous répète depuis vingt ans. Donnez-moi un exemple où cela s’est réellement passé. Montrez-moi la médecine privée, les cliniques privées prenant le relai du maillage des hôpitaux publics. Il n’y en a pas, ce n’est pas vrai. De la même manière, montrez-moi comment les enfants du peuple peuvent aller à des écoles qui ont un bon niveau, sans être ruinés par les frais de scolarité privée. Il n’y en a pas. Donnez-moi un exemple d’entreprise nationalisée qui ait été privatisée qui fonctionne mieux après qu’avant. Il n’y en a pas. Cela coûte toujours plus cher et cela marche moins bien. À voir France Télécom, à voir EDF. Donc, ce que je dis n’est pas idéologique, même si pour moi, cela correspond à une vision du monde. C’est tout simplement que ces gens ont échoué en tout et pour tout. La finance est devenue folle, l’économie est en train de s’effondrer et tout ce qu’ils ont touché est en train de se casser la figure. Et après c’est moi qui dois rendre des comptes, c’est quand même incroyable !
Roselyne FEBVRE.-.Alors par exemple, David Cameron en Grande-Bretagne, qui fait ce plan d’austérité, à ce moment-là, cela veut dire qu’il est dicté, c’est un peu le caniche de DSK ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Oui, mais lui c’est une vocation, il ne l’a pas caché. Il a dit depuis le début qu’il ferait une politique d’austérité. Alors, les Anglais ont déjà…
Roselyne FEBVRE.-.Parce que vous parlez de la Grèce, mais bon, on ne peut comparer la Grèce, la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne fait aussi un plan d’austérité, pourtant elle n’est pas dans la situation de la Grèce.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Tout à fait. C’est cela qui est quand même étrange, non ? L’Espagne, par exemple, qui a un déficit public par rapport au PIB, qui est dans les clous de Maastricht fait aussi l’objet d’attaques. Il y a quand même quelque chose qui devrait faire réfléchir les récitants moyens de la pensée unique. Qu’est-ce qui se passe ? Il y a des gens qui, dans leur intérêt, font leur boulot. Cela s’appelle des traders, des banquiers, ils cherchent à placer de l’argent dans les meilleures conditions et donc, ils ont décidé de s’attaquer l’un après l’autre aux Etats. C’est-à-dire de prendre sur la substance des Etats des revenus nouveaux, parce que c’est extraordinairement confortable, les taux d’intérêt auxquels les états empruntent. Et puis les états ne peuvent pas se défiler. Bien.
Roselyne FEBVRE.-.Au fond, chez les Anglais, ils ne font pas le ménage dans la City. Ils restent sur le même modèle.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Écoutez, oui voilà, ils ne font rien. Ils ont déjà détruit leur école, leur système de santé va mal, leur système de transport roule moins vite maintenant qu’au début du siècle, du XIXe siècle. Ils peuvent encore faire beaucoup de choses de cette nature. On peut croire qu’on peut comprimer sans arrêt et que les peuples peuvent travailler, travailler et n’avoir jamais aucun bienfait.
Roselyne FEBVRE.-.Mais alors dites-moi, donc la France, elle, elle ne fait pas de plan de rigueur. En tout cas, elle n’a pas annoncé un plan de rigueur, à part le gel des dépenses de l’État, sur trois ans. Est-ce que ce n’est pas un peu petit bras ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Non, il y a plein de choses qui sont prévues. Il ne faut pas regarder que le gel des dépenses de l’État, parce que les dépenses de l’État, ce sont aussi les dotations aux collectivités locales. Vous savez, dans notre pays, ce ne sont pas les capitalistes les premiers investisseurs, il faut quand même atterrir là. Le premier investisseur de ce pays, c’est l’État et les collectivités locales. Donc, à ceux-là on va serrer les budgets, donc on connaît d’avance les résultats. Il y aura moins d’investissements. Cela va être une grande réussite. Donc, je pense que tout cela est absurde. Le plan de rigueur que prévoit le Président de la République, je vous rappelle qu’il a même imaginé…
Roselyne FEBVRE.-.Oui enfin il ne dit pas le mot.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Non, mais le mot, on s’en fout. Ce qui compte, c’est à qui il a posé la question. Qui est-ce que l’on interroge, voyons voir, quel est le grand esprit qui est préposé à assainir l’économie française ? Monsieur Michel Camdessus. Alors, voyons les états de services de cet homme. Il a été directeur du FMI, décidément on n’en sort plus. Et lorsqu’il a été directeur du FMI, il a à son actif le fait d’avoir créé une pagaille indescriptible en Russie, d’avoir créé un chaos total en Argentine, avec des citations que je produirai le moment venu pour montrer le degré de perspicacité d’un homme pareil. Par ailleurs, c’est vrai, il est conseiller du Pape, donc on peut penser qu’il est touché par le Saint-Esprit. Mais franchement, moi j’irais demander à d’autres qu’à des médecins qui ont cassé bras et jambes de leurs malades jusqu’à présent des conseils pour s’occuper de la France.
Roselyne FEBVRE.-.La commission veut mettre son nez dans les budgets nationaux, c’est la fin de la souveraineté.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.C’est une insolence incroyable. Enfin, vous imaginez donc. Nous, nous sommes un peuple libre jusqu’à présent. Donc, comment se manifeste notre liberté ? Nous sommes des citoyens, nous élisons des députés, on en pense ce que l’on en veut, on n’en est pas content, on en change une fois tous les cinq ans, ou tous les six ans. Le Président de la République cinq ans et les députés six. Bon voilà, c’est comme cela que cela se passe la démocratie. Et là, on apprend qu’un comité Théodule, élu par personne, va regarder les budgets, avant même que l’on en discute. Et, alors, comme on leur a dit : « Écoutez, c’est quand même incroyable ! Nous sommes vingt-sept états démocratiques qui mettons en place une institution qui ne l’est plus. Même les états généraux d’Ancien Régime étaient plus démocratiques. ». Alors la commission se croyant bien inspirée dit : « Non, mais c’est pour que les parlements nationaux délibèrent en connaissance de cause. ». Mais ils se prennent pour qui ces gens-là ? Ils croient que les parlements nationaux ne délibèrent pas en connaissance de cause ? Nous n’avons pas, sur le plan juridique, un Conseil d’État, un Conseil Constitutionnel ? Nous n’avons pas toutes sortes d’organismes pour apprécier l’état de nos finances publiques ? Qui sont ces gens ? On va demander, nous, à Madame Ashton, si notre budget de la Défense lui convient ? On va demander à Monsieur Barroso si notre budget de l’Éducation lui convient ? On plaisante, non ?
Roselyne FEBVRE.-.Est-ce que Nicolas Sarkozy est trop suiviste avec l’Allemagne ? Est-ce qu’il suit trop l’Allemagne ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Je ne veux pas, dans les relations internationales, peser d’une manière qui soit désagréable par mes commentaires, mais cela serait pas mal aussi des fois de dire les choses tout haut. Parce que Madame Merkel a planté toute l’Europe pendant trois semaines, au motif qu’elle attendait le résultat d’une élection dans un Land. Imaginez-vous que le Président de la République française bloque vingt-sept Etats, parce qu’il y aurait une cantonale partielle ou une élection législative dans une circonscription du pays.
Roselyne FEBVRE.-.Oui, mais c’est l’Allemagne. C’est celle qui a les cordons de la Bourse.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Non, elle n’a pas les cordons de la Bourse. Elle a pratiqué une politique qui, par la …des salaires et par l’organisation qu’elle a eue, particulière, de se positionner en Europe, pompe la substance des autres. Parce que, voyez-vous, en économie, les bénéfices des uns sont les déficits des autres. La seule chose qui peut marcher, normalement dans une économie bien tenue, c’est que les relations soient d’équerre.
Roselyne FEBVRE.- Oui, mais enfin, elle paie pour les autres.
Jean-Luc MÉLENCHON.- Pas du tout. L’Allemagne est contributrice nette. A d’autres moments, c’est nous.
Roselyne FEBVRE.- Est-ce que Nicolas Sarkozy a été bon dans cette crise ?
Jean-Luc MÉLENCHON.- Ecoutez, je sais une chose. L’Europe allemande n’est pas jouable. Déjà, une Europe pas démocratique, ce n’est pas jouable, parce qu’on a déjà essayé dix fois de faire l’Europe. A chaque fois, on n’a pas essayé la démocratie, donc ce n’est pas une Europe démocratique et si en plus, c’est une Europe qui doit attendre ce que les Allemands ont décidé pour nous, je pense qu’on va dans le mur. Donc, ce n’est pas comme cela qu’il faut procéder, ni par les coups de force, les coups d’Etat sociaux que la commission de Bruxelles est en train de déclencher dans tous les pays.
Roselyne FEBVRE.- Je repose ma question, est-ce que Nicolas Sarkozy est bon dans la gestion de cette crise ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Il est bon pour appliquer ses recettes libérales, lesquelles ne sont pas bonnes. Donc, qu’est-ce que vous voulez que je vous réponde ? Je ne peux pas approuver ce que fait le chef de l’Etat. Il tâche, je le vois bien, de faire entendre la petite partition de la France libérale dans l’Europe libérale, mais ce n’est pas cela qu’il faut faire. Il faut entendre la grande voix de la France qui défend un autre mode de civilisation.
Roselyne FEBVRE.-.Alors, je vais vous parler de vous et de votre Parti. Vous avez fait un très bon score aux élections européennes et régionales. Est-ce que vous allez vous présenter en 2012 au nom du Front de gauche ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Je ne peux pas répondre à une question pareille.
Roselyne FEBVRE.-.Vous n’allez pas me dire que vous n’y pensez pas. Arrêtez. Je ne vous crois pas.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Ecoutez, je vais vous répondre.
Roselyne FEBVRE.-.Oui.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Un de vos collègues m’a posé la question. Je lui ai dit, en croyant bien faire : « Je n’en sens capable ». Cela a provoqué un incident de première grandeur avec les communistes et un certain nombre d’entre eux ont dit que j’étais un autocrate parce que je m’autoproclamais. Dans ces conditions…
Roselyne FEBVRE.-.Est-ce que vous n’êtes pas un peu le Bayrou de l’Extrême gauche ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.D’abord, je n’ai rien à voir avec Monsieur Bayrou, qui est un centriste. Et, deuxièmement, je ne suis pas d’extrême gauche. Je suis républicain, socialiste, de la manière la plus banale qui soit.
Roselyne FEBVRE.-.Enfin de gauche de la gauche, on va dire.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.C’est-à-dire qu’aujourd’hui, le curseur est tellement parti à droite que l’on a vite fait d’être à la gauche de la gauche. Quand on voit un Strauss-Kahn, c’est clair que je fais figure de gauchiste hirsute à côté de lui. Mais ce n’est pas très difficile. Donc, je suis banalement un homme de gauche, partisan du partage, de bon gré quand les gens veulent bien céder sinon, de force.
Roselyne FEBVRE.-.Mais vous êtes plus à gauche que le PS. On est d’accord. Vous êtes parti pour cela.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Oui, je propose des choses qui sont souvent… Oui et puis, je pense à une transformation. Je ne parle pas pour rien de révolution citoyenne. Je pense que ce pays a besoin d’un bon coup d’air frais et de rénovation citoyenne. C’est clair. La monarchie républicaine, cela ne donne rien. Cette petite politique poussive de comptables libéraux est en train de ruiner notre pays qui se vide de son sang industriel et qui là va être bientôt être tellement pris à la gorge que l’on se demande qui on va faire travailler. Peut-être les enfants bientôt.
Roselyne FEBVRE.-.Vous êtes en train de me dire que vous ne voulez pas froisser le Parti communiste en disant…
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Oui.
Roselyne FEBVRE.-.Enfin, excusez-moi, mais est-ce que c’est cela la politique ? On y va, on se bat pour des idées, mais est-ce que l’on est là pour ménager la chèvre et le chou ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Est-ce que je vous fais l’effet d’un homme qui ne défend pas ses idées ? Je défends mes idées et mon intérêt est que l’autre gauche soit aussi rassemblée que possible aux élections présidentielles et législatives.
Roselyne FEBVRE.-.Besancenot, vous voulez dire.
Jean-Luc MÉLENCHON.- Oui. Pour quelle raison ?
Roselyne FEBVRE.-.Il ne lâchera jamais son bâton.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Nous verrons ! Nous verrons. La barre est extrêmement haute. L’ambition que je propose à l’autre gauche est de passer devant le PS. Donc, vous savez, la marche, elle est haute.
Roselyne FEBVRE.-.Passez devant le PS ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Oui. Mais qu’est-ce que l’on peut avoir d’autre ?
Roselyne FEBVRE.-.Là, vous rêvez tout habillé non ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Non. J’ai une ambition rationnelle. Si je veux que ma politique s’applique, il faut donc bien que nous soyons en tête de la gauche. Quel moyen j’ai de vérifier que l’on est en tête de la gauche ? Les élections.
Roselyne FEBVRE.-.C’est de fusionner avec tout le monde.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Oui. Sinon, qu’est-ce que vous proposez d’autre ? De prendre un bâton, d’aller mettre le feu au siège du PS ?
Roselyne FEBVRE.-.Mais pourquoi ce serait vous ? Et pourquoi ce ne serait pas Marie-Georges Buffet ou Olivier Besancenot ? Qu’est-ce que vous avez de plus qu’Olivier Besancenot ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Je ne sais pas. Je suis plus âgé que lui, ce qui est un handicap, apparemment, semble-t-il, puisque les seniors sont maintenant, comme vous le savez, au chômage.
Roselyne FEBVRE.-.Plus responsable peut-être ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Je ne sais pas. Ecoutez, je ne prétends pas avoir quoi que ce soit de plus qu’un autre, de moins non plus, si vous voulez bien. Donc, je maintiens que je me sens capable de faire la besogne. Mais moi, je ne vais pas devenir comme ces fous qui se lèvent le matin avec cela, se couchent le soir avec cela et, ensuite, toute la journée marchent comme des statues mitterrandiennes pour se donner l’impression que je ne sais pas quoi. Cela ne m’intéresse pas. Je vais vous dire une chose un peu provocatrice. S’ils m’élisaient, je serai le dernier Président de la Vème République. Il n’y en aurait plus après.
Roselyne FEBVRE.-.Pourquoi ?
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Parce que l’on ferait une réforme constitutionnelle pour que l’on ait un régime d’Assemblée comme en Allemagne, stable, mais où les gens quand ils votent, ils votent pour une équipe, ils votent pour une majorité parlementaire. Le contrat du gouvernement est clair, la proportionnelle permet d’équilibrer les défauts du scrutin nominal à deux tours. Voilà le genre de régime tranquille, démocratique, moderne auquel j’aspire.
Roselyne FEBVRE.-.Vous vous rêvez en Merkel alors ? Pépère et tout.
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Pourquoi vous me comparez toujours à des gens qui n’ont rien à voir avec moi ? Comparez-moi, je ne sais pas, à des gens de gauche. Comparez-moi à ceux qui, en Amérique Latine…
Roselyne FEBVRE.-.Oskar Lafontaine, mais bon…
Jean-Luc MÉLENCHON.-.Oskar Lafontaine. Voilà un exemple pour moi d’un homme qui a finalement une trajectoire plus prestigieuse que la mienne, mais assez comparable et qui vient, là, de quitter la tête de Die Linke. Cela vous montre qu’aucun d’entre nous n’est là accroché comme une moule à son rocher. Je n’ai pas d’autre ambition que de voir mes idées l’emporter, mais c’est clair que je le fais de manière assez pugnace.
Roselyne FEBVRE.-.On a vu. Merci, en tout cas, Jean-Luc Mélenchon. Merci à vous. C’est la fin de Politiques. On se retrouve plus tard, la semaine prochaine. Merci.


























Commentaires (2)
cac 40
monsieur Jean luc Melenchon par une parole sur l aumentation sur les pretations du president de la republique depuis les greves de la retraite et des salaries. A a t il pris les salaires des patrons du cac 40. meme si notre pays ai en deficite.
excellent
Excellent tout court. Ça fait du bien écouter Mélenchon, c'est le seul à proposer quelque chose de diférent, avec un haut degrée de credibilité.
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