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Asie - pacifique

Accident de Bhopal : huit personnes reconnues coupables de négligence

Vidéo par Christophe DANSETTE

Texte par Dépêche

Dernière modification : 07/06/2010

Huit personnes ont été condamnées à deux ans de prison pour leur implication dans la catastrophe de Bhopal, ville du centre de l'Inde où une fuite de gaz toxique émanant d'une usine américaine avait causé la mort des milliers d'Indiens en 1984.

AFP - Huit personnes ont été jugées coupables lundi par un tribunal indien pour leur responsabilité en 1984 dans la catastrophe de Bhopal où une fuite de gaz toxique avait fait des milliers de morts, le pire accident de l'histoire industrielle mondiale.

"C'est la tête d'Union Carbide qui est condamnée"

Aux premières heures du 3 décembre 1984, un nuage de gaz s'était échappé de l'usine américaine de pesticides Union Carbide, tuant presque instantanément des milliers d'habitants de cette ville du centre de l'Inde et faisant dans les années suivantes des dizaines de milliers de morts et de malades.

"Huit personnes ont été jugées coupables", a déclaré Mohan P. Tiwari, le plus haut magistrat du tribunal de Bhopal devant la cour. Le tribunal prononcera leur peine à une date ultérieure.

Parmi les coupables figurent Keshub Mahindra, président de la branche indienne du groupe Union Carbide, propriétaire de l'usine d'où s'était échappé le gaz mortel, et plusieurs cadres supérieurs indiens.

Ils avaient été accusés d'homicide en 1987 mais, à l'indignation des survivants, la cour suprême avait réduit les chefs d'accusation en 1996, les soupçonnant de "mort par négligence" avec une peine d'emprisonnement maximale de deux ans.

"Même avec ce jugement de culpabilité, que signifie deux ans de peine de prison?", s'est interrogé auprès de l'AFP Sadhna Karnik, membre d'une association de victimes de la catastrophe. "Ils vont pouvoir faire appel auprès de plus hautes juridictions", a-t-il ajouté.

Selon les chiffres du gouvernement, 3.500 personnes succombèrent les trois premiers jours suivant la tragédie mais, selon le Centre public de recherche médicale (ICMR) il y aurait en fait eu entre 8.000 et 10.000 morts parmi la population.

Selon l'ICMR, la catastrophe et ses conséquences auraient tué 25.000 personnes jusqu'en 1994.

Les statistiques du gouvernement compilées après 1994 ont établi qu'au moins 100.000 personnes vivant près de l'usine, située dans l'Etat du Madhya Pradesh, étaient victimes de maladies chroniques, plus de 30.000 d'entre elles habitant dans des zones où les nappes phréatiques ont été contaminées.

L'américain Dow Chemical, qui a racheté Union Carbide en 1999, estime que les responsabilités ont été effacées depuis l'accord de 1989 avec le gouvernement indien pour le versement de 470 millions de dollars d'indemnisations, avec abandon de poursuites pénales.

Dans un communiqué diffusé à l'occasion du 25e anniversaire de la tragédie en décembre dernier, il avait jugé que cet accord avait résolu toutes les revendications "présentes et à venir" contre le groupe.

Le groupe juge qu'Union Carbide "a fait tout ce qu'elle a pu pour aider les victimes et leurs familles" et que le gouvernement indien devrait prendre en charge la fourniture en eau potable et les soins médicaux de la population.

Union Carbide et ensuite Dow Chemical ont affirmé que l'accident était dû à un sabotage mais les victimes luttent toujours pour la vérité et de plus amples aides compensatoires.

"La justice ne sera rendue que si des individus et des entreprises responsables reçoivent une peine exemplaire", a estimé Rashida Bee, présidente d'une association de femmes employées dans le secteur du gaz à Bhopal.

Le Premier ministre indien Manmohan Singh, qualifiant l'accident de tragédie "qui ronge la conscience collective", avait déclaré en décembre 2009 vouloir poursuivre les efforts pour la décontamination du site où gisent encore de nombreux déchets chimiques polluant les sols et les nappes phréatiques.

Les autorités, qui affirment que le site n'est pas dangereux, avaient initialement prévu d'ouvrir les portes au public pour commémorer le 25e anniversaire, avant de se raviser.
 

Première publication : 07/06/2010

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