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Amériques

Barack Obama et Tony Hayward englués dans la marée noire

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 17/06/2010

L’audition, jeudi, de Tony Hayward au Congrès fait figure de test pour le directeur général de BP, mais aussi pour le président américain. Les deux hommes ont été pris de court par la marée noire. Leur stratégie les a menés au centre des critiques.

L’un est devenu le roi de la communication maladroite, l’autre se voit reprocher de ne pas en faire suffisamment. Pour le directeur général de BP, Tony Hayward, et le président américain Barack Obama, la marée noire n’est pas seulement une catastrophe écologique. Alors que Tony Hayward s’apprête jeudi à faire face à la colère du Congrès américain, la gestion de la crise par les deux hommes est de plus en plus pointée du doigt.

Dès le départ, le spectre de l’ouragan Katrina est, très vite, venu s’installer au-dessus de la tête de Barack Obama. Georges W. Bush s’était rendu trop tard à la Nouvelle Orléans ; l’actuel président américain aurait-il commis le même faux pas après la marée noire ? Il n’est allé en Louisiane que 10 jours après la catastrophe. Certes, l’administration démocrate va déployer dans la première quinzaine de mai 22 000 personnes sur place, mais pour l’essentiel, la direction des opérations est laissée à BP.

Une erreur. Le groupe pétrolier britannique non seulement multiplie les échecs sur le terrain, mais ses relations publiques font flop sur flop. La faute à Tony Hayward. "Il a été totalement incapable de réagir vite et bien", confirme à France24.com le britannique Khalid Aziz, auteur de 'Gérer sa communication de crise'". Au fil des jours et des semaines, ses interventions publiques vont donner lieu à des "best of" de ses bourdes. Ses premières sorties, fin avril, sur "l’impact limité" de la marée noire et sur son désir "de retrouver sa vie d’avant" restent encore en travers de la gorge des habitants de la Louisiane.

Réunion de crise

Il faudra près d’un mois à la Maison Blanche pour comprendre que l’opinion publique associe le sort de l’autorité fédérale aux maladresses du pétrolier pollueur. Mi-mai, des sondages publiés par CBS et CNN montrent qu’une majorité d’Américains jugent dorénavant de manière négative l’action de Barack Obama. Ou plutôt son inaction. En effet, le principal reproche adressé au président américain est de ne pas en faire assez. Le 25 mai, la Maison Blanche tente de rectifier le tir. Une réunion de crise est organisée dans le Bureau ovale pour ajuster son discours et prendre ses distances avec BP.

Barack Obama organise une conférence de presse trois jours plus tard, sa deuxième seulement depuis juillet 2009, et décide de se rendre pour la deuxième fois en Louisiane. Il muscle son discours et s’autoproclame "responsable en chef" des opérations sur place. De son côté, BP aussi tente de réagir à son déficit d’image. Le géant britannique engage une nouvelle chargée des relations publiques et axe davantage son discours sur la détresse des victimes. Il va même jusqu’à acheter des mots clefs sur Google pour améliorer la visibilité de son message…

"Virer Tony Hayward"

Problème pour Tony Hayward : le président américain a décidé de sortir la grosse artillerie contre le groupe pétrolier. Les conservateurs ont, en effet, mis à contribution tous leurs flingueurs politiques pour brocarder Barack Obama et invoquer une supposée collusion avec BP… Ainsi Sarah Palin s’étonne-t-elle du manque de réactivité de la Maison Blanche et demande à ce que son locataire l’appelle pour qu’elle lui donne des conseils… Même des démocrates pressent le président de prendre des mesures concrètes.

Ce dernier décide donc de taper sur BP : "Il faudra que BP paie", "si Tony Hayward avait été dans mon administration, il aurait été licencié". La charge est claire et éloignée des déclarations de début mai, lorsque Barack Obama expliquait que BP "faisait tout ce qu’il pouvait".

L’offensive de la Maison Blanche n’a pas encore inversé la tendance dans l’opinion. Un sondage d’Associated Press du 15 juin montrait que 52 % des Américains demeuraient critiques à l’égard de l’action présidentielle. Est-ce que le fait qu’il a obtenu l’assurance que BP paiera 20 milliards de dollars aux victimes pourra infléchir la tendance ? En tout cas nul doute, dans cette atmosphère, que Tony Hayward ne va pas être épargné au Congrès ce jeudi.

Première publication : 17/06/2010

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