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FRANCE

L'ancien patron de la Société générale accable Jérôme Kerviel

©

Vidéo par Pauline PACCARD

Texte par Dépêche

Dernière modification : 22/06/2010

Entendu comme témoin, Daniel Bouton (photo) s'est dit choqué par la "capacité de mensonge et de dissimulation" de Jérôme Kerviel. L'ancien trader est accusé d'avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros à la banque en 2008.

AFP - Dernier des 31 témoins entendus au procès de Jérôme Kerviel, l'ancien PDG de la Société Générale Daniel Bouton, très offensif, a qualifié mardi de "catastrophe" la "fraude" imputée à l'ancien trader, qu'il a exhorté à dire quelles étaient ses motivations.

"Je regrette et je reconnais des fautes, mais encore une fois, j'étais encouragé par mes supérieurs", lui a répondu Jérôme Kerviel, 33 ans, qui encourt cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende pour avoir causé une perte de 4,9 milliards d'euros en janvier 2008.

En fin d'audience, durant l'"interrogatoire conclusif" du prévenu, le président du tribunal, Dominique Pauthe, a demandé à l'ex-trader : "Qui êtes-vous donc? Y'a-t-il un mystère Kerviel?".

"De mon point de vue, il n'y a pas de mystère Kerviel", même s'il y a "une affaire Kerviel", lui a dit le jeune homme, qui affirme depuis le début de son procès que ses supérieurs savaient ce qu'il faisait.

"Je suis quelqu'un qui a essayé de faire son travail dans l'intérêt de la banque; j'ai conscience d'être allé trop loin; j'ai pris conscience de la spirale dans laquelle j'étais et je suis sorti de ce milieu", a-t-il ajouté. "Avec le recul", a-t-il conclu, "je n'étais pas fait pour être trader".

En milieu d'après-midi, Daniel Bouton, qui dirige maintenant sa propre société de conseil, était arrivé dans une salle comble pour livrer son témoignage.

La découverte de la "fraude", en janvier 2008, était une "catastrophe", a-t-il dit, parce que nous avions à la Société Générale "un agent qui avait une capacité de mensonge et de dissimulation" insoupçonnée. Catastrophe avérée lorsqu'il a appris que l'ancien trader avait pris des positions "dissimulées" pour près de 50 milliards d'euros.

"Cinquante milliards, c'est monstrueux!" a estimé M. Bouton, qui a ensuite expliqué avoir "compris" qu'il y avait eu "des défaillances" dans les systèmes de contrôle. Mais "je ne crois pas une seconde que les supérieurs hiérarchiques de Jérôme Kerviel aient su", a-t-il affirmé.

En 2008, après l'annonce de cette affaire sans précédent, M. Bouton avait qualifié Jérôme Kerviel d'"escroc", "fraudeur", "terroriste"... Interrogé sur ces mots par le président Pauthe, il a expliqué que c'étaient des "hypothèses".

Appelé au micro près de M. Bouton, Jérôme Kerviel, costume sombre, chemise blanche, cravate grise, a admis des actes "complètement débiles". "J'ai conscience que certaines personnes ont pu souffrir, mais je ne suis pas d'accord pour dire que mes actes étaient invisibles", a-t-il martelé.

"Il m'arrive d'avoir un rêve étrange", a alors déclaré Daniel Bouton : "Que par égard pour les Français, pour les Bretons, pour les blogueurs (...) Jérôme Kerviel reconnaisse qu'il a menti, qu'il a fait cela tout seul (...) et qu'il me dise in fine ce qui l'a motivé".

Après onze ans à la tête de la Société Générale, dont il avait contribué à faire l'un des fleurons de la finance mondiale, Daniel Bouton a quitté la banque fin avril 2009, après une série de scandales liés notamment aux rémunérations de ses dirigeants.

Mardi matin, un trader de la Société Générale était venu expliquer que la banque avait été mise en "faillite potentielle" par la "fraude" de Jérôme Kerviel, et qu'il n'y avait pas d'autre choix que de "déboucler" (solder) les positions qu'il avait prises. Avec la perte de 4,9 milliards d'euros à la clé.

Mercredi auront lieu les plaidoiries de la partie civile, jeudi les réquisitions et vendredi la plaidoirie de la défense. Le jugement sera mis en délibéré.

Première publication : 22/06/2010

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