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Culture

José Manuel Gonçalves, l'homme qui doit sauver le 104

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 12/10/2010

José Manuel Gonçalves s'attaquera en septembre à l'un des plus grands chantiers culturels de Paris : faire revivre le 104, ce lieu du 19e arrondissement qui a fait l'objet de toutes les critiques depuis son ouverture en octobre 2008. Rencontre.

Dans la cour du centre culturel de la Ferme du Buisson, havre de verdure de 27 000 m2 perdu au milieu des barres HLM de Noisiel, dans la banlieue est de Paris, le calme s'ajoute au beau temps, et l'apéro se prend dehors sous les arbres. Adossé à la porte de son bureau de directeur, José Manuel Gonçalves devise avec son équipe. C'est la fin de mois de juin, et aucun  événement majeur n'est attendu avant la visite, dans quelques jours, de l'acteur et réalisateur du film "Tournée", Mathieu Amalric. En septembre, "JMG", comme il se fait appeler, changera de décor, et deviendra directeur du 104. Au courant de juin, l'homme a été choisi par le conseil d'administration de l'établissement, pour relancer ce haut lieu culturel parisien qui se cherche encore une âme, deux ans après son ouverture. C'était la seconde fois qu'il postulait.

Assis sur un canapé défraîchi, barbe de trois jours, ce natif du Portugal avoue que le protocole n'est pas sa tasse de thé - "je ne mettrai de cravate que le jour où j'en aurais envie" - et se demande s'il est bien nécessaire de mettre son nom en évidence sur les nouvelles plaquettes du lieu dont il s'apprête à prendre les commandes. Derrière le flegme, la voix trahit tout de même une certaine impatience d'y être. Rendre l'endroit attrayant et ramener les comptes à l'équilibre, la mission est redoutable mais Gonçalves en parle avec conviction.

En moins de deux ans, le 104 s'est transformé en une patate chaude avec laquelle les directeurs précédents, les metteurs en scène Robert Cantarella et Frédéric Fisbach, se sont brûlé les mains. Ce petit bijou, étendu sur 40 000 m2, doté d'une subvention de la Ville de Paris de 8 millions d'euros et implanté dans un quartier populaire du 19e arrondissement, n'a pas su répondre aux attentes. La greffe avec les habitants du quartier n'a pas pris. Et les comptes sont vite passés au rouge - l'équipe sortante évalue le déficit à 700 000 euros. Résultat, en mars dernier, le duo Cantarella-Fisbach a jeté l'éponge.

La recette JMG

Une des points d'achoppement des précédents directeurs : les résidences d'artistes. Censé être la pierre angulaire de l'édifice, l'accueil des créateurs est devenu coûteux et paradoxalement peu mis en valeur. Or José Manuel Gonçalves arrive au 104 avec une longue pratique de la résidence d'artistes à la Ferme du Buisson. 

À son palmarès, l'accueil pendant plusieurs mois de la chanteuse Lhasa, disparue en janvier dernier. "Une amie", dont la roulotte est restée dans la cour de la Ferme. "Elle a appris dans ma voiture qu'elle avait un cancer, se souvient-il. On a organisé des petits concerts intimes, les plus beaux qu'elle ait faits."

La gestion des résidences n'est pas toujours un long fleuve tranquille, et le directeur de la Ferme a des pratiques bien à lui. "La troupe de danse Le GDRA programmé au festival d’Avignon, dans le 'in', répète chez nous et me demande régulièrement la date de leur création à la Ferme du Buisson. Ils savent très bien pourquoi je ne réponds pas, raconte Gonçalvez. Parce que je n’ai pas trouvé le moment pour les accueillir dans les meilleures conditions et pour que le public soit en réceptivité maximale. C’est ma manière de faire. Pendant des années, j’ai programmé un an et demi à l’avance. Maintenant, je m’engage à l’avance, je donne au public des repères, mais je me laisse la possibilité tous les trois ou quatre mois d’ajuster les choses. Cela paraît plus important que de programmer à tout prix Charlotte Gainsbourg par exemple. Les gens me disent : ‘T’es barjo, José-Manuel, tu accueilles Charlotte Gainsbourg en créa', et tu ne la programmes pas’. C’est ma liberté à moi."

"Les deux structures n'ont rien à voir"

José Manuel Gonçalves a de l'entregent et une méthode bien rôdée. Il fait connaissance avec un artiste, lui permet d'installer son univers, de se sentir à l'aise, et éventuellement, conçoit avec lui des projets communs. Les résidences sont à taille multiple et à prix variable. D'une simple location d'espace avant de partir en tournée, jusqu'à la négociation d'un spectacle en avant-première. Cela a marché à la Ferme du Buisson, pourquoi pas au 104 ?

"Les deux structures n'ont rien à voir", lance Jean-Marc Adolphe, à la tête du collectif "Un autre 104 est possible". Avec quelques acolytes, le directeur de la revue Mouvement a investi l'établissement depuis avril pour défendre un idéal du 104. "L'équation est quasi impossible. Les coûts de fonctionnement et les frais de gardiennage sont tels que les marges artistiques sont inexistantes", calcule Jean-Marc Adolphe. Comme dans tous les lieux de ce type, rétorque JMG.

Va-t-il continuer à "privatiser" une partie du 104 - en clair, louer des salles pour des événements privés, ce qui suscite beaucoup de critiques ? Oui, assume le nouveau directeur, c'est le seul moyen de dégager une marge financière, "mais le 104 est grand !", ajoute-t-il pour rassurer les sceptiques.

Boulimique et utopique

Celui qui reprend le flambeau semble avoir un tempérament de feu. Son directeur technique, Pierre Colomer, en témoigne: "Il a une idée toutes les 30 secondes, va voir des spectacles tous les soirs, c'est un boulimique". Le chargé de la Culture à la mairie de Paris, Christophe Girard, loue avec emphase sa "démesure" et son "utopie". Ses collaborateurs parlent de "l'effet JMG".

Il promet du festif, du ludique. Il veut commencer par rendre moins visibles les agents de sécurité - "Je me suis moi-même fait fouiller à l'entrée, avec ma gueule !" - et mieux occuper l'immense espace - "Un concert peut rassembler 6 000 personnes, et on aura toujours une impression de vide. Je veux travailler sur cette perception de l'espace".

Sur les murs du bureau de JMG à la Ferme du Buisson, quelques affiches rendent compte de ses moments de gloire comme directeur de cette scène nationale qu'il dirige depuis 10 ans. Son premier "coup" à Noisiel : inviter le Royal de Luxe et l'Orchestre national de Barbès, accrocher des lampions aux arbres et redonner vie à ce lieu qui était moribond. Il l'a hissé parmi les scènes à rayonnement européen. Même ses détracteurs le reconnaissent. Un avant-goût du 104 ?

Première publication : 07/07/2010

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