Ouvrir

À suivre

Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

SUR LE NET

Des opérateurs indépendants au secours des campagnes

En savoir plus

SUR LE NET

L'ONU dresse l'inventaire des sites détruits en Syrie

En savoir plus

DÉBAT

CAN-2015 : un défi pour le continent africain

En savoir plus

MODE

La mode 2014 marquée par une prise de conscience des créateurs

En savoir plus

SUR LE NET

Les campagnes virales des marques pour Noël

En savoir plus

JOURNAL DE L’AFRIQUE

Centrafrique : calme précaire dans la capitale, violences en province

En savoir plus

JOURNAL DE L’AFRIQUE

Au Cameroun, la population se mobilise pour l'éducation

En savoir plus

#ActuElles

Canada : les mystérieuses disparitions des femmes autochtones

En savoir plus

REPORTERS

Le meilleur des grands reportages de France 24 en 2014

En savoir plus

Culture

La justice russe condamne les organisateurs d'une exposition d'œuvres censurées

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 12/07/2010

Un tribunal de Moscou a condamné ce lundi le directeur du musée Sakharov et le commissaire de l'exposition "Art interdit 2006" pour "incitation à la haine". Leur procès a eu un grand retentissement dans le milieu artistique russe.

Exposer une icône barbouillée de caviar ou représenter un Christ avec une tête de Mickey Mouse ou de Lénine sont, désormais, "des actes visant à attiser la haine" en Russie. Ainsi en a décidé un tribunal de Moscou, ce lundi, en condamnant les organisateurs d’une exposition qui s'est tenue en mars 2007 au Musée Sakharov, dans la capitale russe, intitulée "Art interdit 2006". L'ironie de l'histoire est que celle-ci visait à montrer des œuvres qui avaient été censurées dans d’autres établissements culturels russes cette année-là.

Iouri Samodourov, alors directeur du musée Sakharov, et Andreï Erofeïev, commissaire de l'exposition, étaient animés d’une "intention criminelle", a précisé la présidente du tribunal Taganski à la lecture du jugement.

La censure mise en scène

Les organisateurs semblaient pourtant avoir pris toutes leurs précautions. À l’entrée, décrit le correspondant de Libération, des panneaux indiquaient aux visiteurs que certaines des 24 œuvres exposées pouvaient présenter un caractère choquant. L'exposition était par ailleurs interdite aux enfants de moins de 16 ans, et il était interdit d'y prendre des photos. Dans une volonté de mettre en scène la censure dont les tableaux avaient été victimes, ceux-ci étaient cachés derrière des parois et ne pouvaient être vus qu’au moyen de petits orifices.

Reste que le détournement parodique d’images religieuses et militaires n’a pas été du goût de Leonid Simonovitch-Nikchitch et d'Oleg Kassine, respectivement président de l’Union des fraternités orthodoxes et membre du "Concile du peuple", une organisation russe ultra-orthodoxe et nationaliste. Âgé de 65 ans, décoré par feu le patriarche Alexis II, le premier est réputé être un fervent admirateur de Hitler et l'organisateur d'autodafés d'Harry Potter. Le second s’est dit, lui, "indigné" par les tableaux "anti-chrétiens" de l'exposition. Tous deux sont à l'origine de la plainte déposée contre les organisateurs de l'exposition et leur inculpation, le 8 juillet 2008. Une initiative soutenue à l'époque par l’archiprêtre Vsevolod Tchapline, qui incitait les croyants à écrire au parquet.

"Il est impossible de punir les gens pour l'art"

"Ils ont monté une affaire criminelle sur une controverse", témoignait alors Iouri Samodourov, sur notre site Les Observateurs. "Un expert en art, qui avait déjà témoigné lors d'un procès en 2005, sera consulté à nouveau pendant ce procès. En 2005, cette personne avait reconnu qu'elle n'était allée voir une exposition d'art moderne qu'une fois dans sa vie, en 1993. Elle avait d'ailleurs détesté et ne considérait pas ça comme de l'art. On sait donc à quoi s'attendre", affirmait-t-il alors.

Deux ans plus tard, le procès a lieu et émeut le milieu artistique. En soutien aux accusés, 13 artistes russes de renom ont adressé au début du mois une lettre au président Dmitri Medvedev, lui demandant de mettre un terme à cette procédure judiciaire. Ils redoutaient une condamnation, qu’ils verraient comme "une sentence pour l'ensemble de l'art contemporain russe". "Dans un État démocratique du XXIe siècle, une inculpation pareille ne peut exister parce qu’il est impossible de punir les gens pour l’art", a renchéri Anna Stavitskaïa, avocate de l’ancien directeur du musée Iouri Samodourov.

Le parquet avait requis trois ans de prison à l'encontre des deux hommes. Ils ont finalement été condamnés à une amende de 9000 euros : 200 000 roubles (5 100 euros) pour Iouri Samodourov, et 150 000 roubles pour Andreï Erofeïev, le commissaire de l'exposition. 

Première publication : 12/07/2010

COMMENTAIRE(S)