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Asie - pacifique

Le site WikiLeaks publie des milliers de documents explosifs sur le conflit afghan

Vidéo par Antoine MARIOTTI

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 27/07/2010

Le site web spécialisé dans la fuite d'informations a publié dimanche soir plus de 90 000 documents secrets sur la guerre en Afghanistan, dévoilant ainsi plusieurs aspects méconnus du conflit.

Quelque 92 201 rapports secrets américains sur la guerre en Afghanistan révélés au monde entier. Tel est le dernier gros coup du désormais célèbre site internet WikiLeaks. "Nous condamnons fermement cette divulgation qui met en cause la sécurité nationale", a commenté, dimanche, le général James Jones, conseiller à la sécurité nationale de l’administration Obama. Pour l'occasion, l’organisation spécialisée dans la publication de documents secrets a ouvert un site spécialement dédié à ces centaines de milliers de pages.

"C’est l’une des plus importantes fuites de l’histoire de l’armée américaine", écrit le quotidien britannique "The Guardian", qui a pu consulter cette masse d’informations en amont. Ces documents, qui comportent des comptes-rendus de mission secrète d’assassinats, des statistiques inédites sur les pertes des forces de la coalition, portent un coup très sérieux à la stratégie américaine en Afghanistan. La Maison Blanche ne s’y est d’ailleurs pas trompée qui insiste sur le fait que les fuites couvrent la période "de 2004 à fin 2009". Soit essentiellement avant l’arrivée au pouvoir de Barack Obama. N’empêche, un mois après le limogeage très médiatisé du général Stanley McChrystal, qui avait critiqué la politique américaine en Afghanistan, ces révélations n’arrangent en rien les affaires de Washington.

Les révélations potentiellement les plus dévastatrices concernent le Pakistan. Des documents tendent à prouver qu'Islamabad a autorisé les services de renseignement du pays à traiter directement avec les Taliban. Le "New York Times" rapporte que des "sessions de stratégies secrètes" se tiennent régulièrement entre agents pakistanais et les insurgés.

Faire monter la sauce médiatique

Au-delà de son impact explosif, ce scoop témoigne de l’animosité qui semble régner entre l’administration américaine et WikiLeaks. Julian Assange, le fondateur de l'organisation, maintient le plus grand secret sur ses déplacements. Persuadé que les services de sécurité américains cherchent à mettre la main sur lui, il a décidé, en juin, d’annuler à la dernière minute deux discours programmés à Las Vegas et à New York.

Il faut dire que le Pentagone a de quoi lui en vouloir. À la fin de mars, Julian Assange fait monter la sauce médiatique autour d’une vidéo qu’il s’apprête à divulguer. Et ce, malgré les avertissements que la CIA lui aurait adressés. Le film, baptisé "Dommage collatéral", sort en avril et fait immédiatement la une des journaux et des sites d'information. Sur le document, une opération américaine en Irak qui se solde par la mort de dizaines de civils.

Colmater les fuites

En mai, le site publie deux rapports pour le moins embarrassants pour les autorités américaines. L’un détaille les moyens trouvés par les services de sécurité pour faire taire WikiLeaks, l’autre développe la stratégie censée influencer les opinions publiques européennes sur la guerre en Afghanistan. Dans les quelques interviews qu’il accorde, Julian Assange affirme détenir des millions de documents sur la politique américaine dans le monde. Les 90 000 rapports secrets publiés lundi en font partie.

Des révélations en cascade qui ont poussé l’administration américaine à mettre tout en œuvre pour colmater les fuites. En juin, l'armée a arrété Bradley Manning, un analyste militaire, qui aurait remis à WikiLeaks la fameuse vidéo "Dommage collatéral". Le site n’a jamais confirmé que ce militaire était l’une de ses sources. Julian Assange, en revanche, a affirmé que les autorités américaines lui auraient proposé une rencontre "en terrain neutre pour mettre un terme à ces fuites". Il aurait refusé.

Première publication : 26/07/2010

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