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FRANCE

Polémiques autour de la réunion sur les gens du voyage convoquée par Sarkozy

Vidéo par Aude SOUFI

Texte par Perrine MOUTERDE

Dernière modification : 17/08/2010

Le gouvernement pourrait décider, ce mercredi au cours d'une réunion ministérielle exceptionnelle, d'un plan de lutte contre la "délinquance" des Roms et des gens du voyage. Non conviées, les associations critiquent la tenue de cette réunion.

Aux grands maux, les grands moyens. Nicolas Sarkozy a convoqué son état-major pour résoudre le "problème" de la "délinquance" des Roms et des gens du voyage. Mercredi en fin d'après-midi seront notamment réunis autour du président français, le Premier ministre François Fillon, la Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie, le ministre de l'Immigration Eric Besson, celui de l'Intérieur Brice Hortefeux, le préfet de police de Paris Michel Gaudin... Une réunion "exceptionnelle" dont les associations de défense des droits de l'Homme et les responsables politiques de l'opposition dénoncent "la tenue même".

Nicolas Sarkozy en avait annoncé l'organisation le 21 juillet dernier, après les violences de Saint-Aignan dans le Loir-et-Cher. "Cette réunion fera le point de la situation de tous les départements et décidera les expulsions de tous les campements en situation irrégulière", a-t-il précisé.

Plan de lutte

"Roms", "Tsiganes" ou "gens du voyage" ?

"Gens du voyage" est l'appellation administrative, établie à la fin des années 1970, qui désigne les communautés nomades de France, ceux "dont la profession et les occupations nécessitent un déplacement continuel en caravane pendant la majeure partie de l'année". Ils possèdent la nationalité française.

Les "Roms" ou "Tsiganes", sont, à l'origine, un peuple nomade venu d'Inde, aujourd'hui très majoritairement sédentarisé. En France, le terme "Roms" désigne des nomades d'origine essentiellement roumaine ou bulgare. Ils bénéficient de la liberté de circulation mais n'entrent pas dans la catégorie juridique française des "gens du voyage".

Les Roms sont appelés différemment selon les zones géographiques. On parle de "gitans" en Camargue, dans le sud de la France, comme en Espagne. En Italie ou dans les pays germanophones, en revanche, on parle de "manouches".

"La seule chose que l'on pourrait attendre de cette réunion, c'est un message d'apaisement", affirme Stéphane Lévèque, directeur de la Fédération nationale des associations solidaires d'action avec les Tsiganes et les gens du voyage (FNASAT). Comme de nombreux autres acteurs, il dénonce les amalgames et la stigmatisation des Roms et des gens du voyage. "L'intention du président n'était pas d'organiser un amalgame", assurait sur FRANCE24 la semaine dernière Pierre Hérisson, sénateur UMP et président de la Commission nationale consultative des gens du voyage.

Ce mercredi, le gouvernement pourrait, selon le quotidien "La Croix", annoncer un plan de lutte contre la délinquance des gens du voyage et des Roms, mis au point par les ministres de l'Intérieur et de l'Immigration. Le journal a publié ce qui en seraient "les grandes lignes" : la facilitation des reconduites à la frontière des Roumains par l'élargissement de la notion d'"ordre public", la simplification de la procédure d'évacuation des campements illégaux par les préfets et un renforcement de la coopération policière avec la Roumanie.

Extrême précarité

Actuellement, les Roms - ils sont entre 15 et 20 000 en France - peuvent être expulsés s'ils sont responsables de graves troubles de l'ordre public ou s'ils ne peuvent justifier de ressources suffisantes pour rester sur le territoire français au bout de trois mois. Citoyens européens, Roumains ou Bulgares peuvent toutefois revenir en France immédiatement après leur reconduite à la frontière.

"La question centrale, c'est la présence de Roumains et de Bulgares en situation d'extrême précarité, confrontés à la crise du logement, juge Stéphane Lévèque. Les Roms sont sédentaires dans leur pays ; en France, ils souhaitent s'insérer et accèder à un hébergement. C'est très difficile notamment car ils n'ont pas réellement accès au marché de l'emploi."

De son côté, le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Pierre Lelouche, affirme que "très peu" des populations roms "cherchent à s'intégrer et à s'insérer", et qu'"énormément de mineurs sont organisés dans des réseaux de trafiquants". Il assure qu'à Paris, où vivent un grand nombre de Roms, la délinquance est en hausse de 140 % par an depuis 2007.

"Mise à l'écart"

Concernant les gens du voyage, responsables associatifs et politiques pointent du doigt la non application de la loi de juillet 2000, imposant à toutes les communes de plus de 5 000 habitants d'aménager des aires d'accueil pour les gens du voyage. Selon les données les plus récentes, datant de fin 2008, seules 42 % de ces espaces ont été réalisés.

"La loi est peu mise en œuvre et quand elle l'est, elle consiste en une mise à l'écart de ces populations, constate Stéphane Lévèque. Les aires sont souvent éloignées et ne sont pas articulées avec le reste de la vie communale. D'autre part, considérer que l'habitat des gens du voyage se résume à une aire d'accueil pose déjà problème en soi. Les gens du voyage sont des individus, ils ont des besoins multiples."

"Il serait important que le gouvernement envoie des signaux forts, montrant aux gens du voyage qu'ils sont des citoyens comme tout le monde", insiste-t-il. Le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, a de son côté estimé mardi "urgent de prendre les mesures pour traiter sur un pied d'égalité" les gens du voyage et le reste de la population française.
 

Première publication : 27/07/2010

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