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Planète

La mauvaise gestion des forêts pointée du doigt en Russie

Texte par Aurélie BLONDEL

Dernière modification : 13/08/2010

Assèchement des marais et mauvais entretien des forêts : autant de causes structurelles qui expliquent en partie l’ampleur des incendies auxquels la Russie fait face ces dernières semaines, et qui ont provoqué la mort de plus de 50 personnes.

La nature est la seule responsable de la catastrophe : c’est la théorie du maire de Moscou, Iouri Loujkov, sur les incendies qui ravagent les environs de la capitale russe. "Faux" répondent les défenseurs de l’environnement, qui dénoncent une mauvaise gestion des forêts. "Ce qui arrive était prévisible ", a notamment dénoncé Alexeï Iablokov, fondateur de Greenpeace en ex-Union soviétique, interviewé par l’AFP. "De toute son histoire, la Russie n'a jamais dépensé aussi peu pour la forêt." 

Si les conditions climatiques extrêmes de cet été sont la cause immédiate de la catastrophe – sécheresse, chaleur et vent favorisant l’éclosion du feu – les causes profondes résultent d’une mauvaise gestion des espaces naturels, explique Marie-Hélène Mandrillon, historienne spécialiste de l’histoire environnementale de la Russie au CNRS et enseignante à l’EHESS. 

Des tourbières asséchées très inflammables 

Première raison historique : les tourbières, qui sont à l’origine des zones marécageuses omniprésentes dans la région, ont été asséchées sous l’ère soviétique, ce qui les a rendues très inflammables. “En Russie centrale, tourbières et forêts, entremêlées, occupent quasi tout le territoire" explique Marie-Hélène Mandrillon. 

"Alors qu’aujourd’hui, on protège les zones humides, d’une grande valeur écologique, les Soviétiques avaient une conception très dix-neuviémiste des marais : il s’agissait de zones malsaines qu’il fallait rendre propre à l’agriculture ou exploiter pour leur tourbe." Cette dernière peut, par exemple, être utilisée comme combustible ou engrais. 

La fumée dégagée lors de feux de tourbières est toxique, et les incendies sont difficiles à éteindre. “La tourbe peut brûler longtemps quand elle n’est plus imbibée d’eau, précise-t-on au WWF France. L'air présent dans celle-ci couve le feu et favorise sa propagation en profondeur.” Même sous la neige, la tourbe peut se consumer. “Les tourbières brûlent régulièrement" depuis que la production de la tourbe a été jugée non rentable et que ces terrains ont été abandonnés dans les années 1970, relate Alexeï Iarochenko, à l'AFP.

Le nouveau code forestier de 2007 

Mais, c’est surtout la réforme du code forestier de 2007 qui est pointée du doigt aujourd’hui, ajoute Pierre Lorrain, journaliste français spécialiste de la Russie et auteur de “Moscou et la naissance d’une nation”. “Avant, c’était l’État qui s’occupait de la gestion des forêts, poursuit-il. Maintenant, ce sont les collectivités locales et les exploitants qui ont cette responsabilité.” Le hic, c’est que “le gouvernement n’a pas transféré de moyens” et que personne n’est venu forcer les collectivités locales et les exploitants à prévenir les feux de forêt. 

Résultat, déplore Marie-Hélène Mandrillon, rien n’oblige ces acteurs à débroussailler et à créer des zones coupe-feu pour créer une discontinuité dans le tissu forestier, et limiter ainsi la propagation de l’incendie, à aménager des accès et des points d’eau pour l’intervention des pompiers, ou à mettre sur pied un dispositif de surveillance. 

Un électrochoc environnemental ? 

A la Une : Le gouvernement russe accusé d'inefficacité

En Russie, la protection de l’environnement n’est une priorité ni pour l’opinion, ni pour les autorités, même si les habitants sont "très attachés à la forêt", explique Marie-Hélène Mandrillon. Vladimir Poutine a, par exemple, supprimé en 2000 le poste de ministre de l’Environnement. “Son objectif était de relancer l’économie et de supprimer toutes les contraintes de la réglementation environnementale pouvant limiter l’exploitation des hydrocarbures ou renchérir son coût”. 

Les Russes vivent toutefois la catastrophe actuelle comme “un électrochoc de l’ordre de celui de Tchernobyl”, poursuit-elle. Dans la foulée de cet accident, Mikhaïl Gorbatchev [qui a dirigé l'URSS de 1985 à 1991] avait pris des mesures environnementales. Un dirigeant de premier plan pourrait-il rebondir aujourd’hui sur la catastrophe pour faire passer des réformes, notamment en matière de gestion des forêts ? “Pas le Premier ministre Vladimir Poutine en tout cas, répond Marie-Hélène Mandrillon, personne n’attend rien de lui sur le plan environnemental. Il blague sur le réchauffement, il dit qu'en Russie, quelques degrés de plus seraient les bienvenus…”

“Le président Medvedev paraît depuis peu plus soucieux d’écologie, mais ce n’est encore que rhétorique. Si un politique veut tirer parti de la colère actuelle de la population, conclut-elle, c’est le moment ou jamais d’agir dans ce domaine.”

Première publication : 11/08/2010

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