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Le tout sécuritaire, une stratégie à quitte ou double
Le gouvernement poursuit son offensive sécuritaire en multipliant les annonces et les propositions, au risque de se contredire. Pour certains analystes, cette stratégie ne sera pas forcément payante dans les urnes...
La stratégie du tout sécuritaire est-elle gagnante ? Le virage à droite toute lancé par Nicolas Sarkozy sera-t-il payant en terme électoral ? Alors que le gouvernement communique tous azimuts - et parfois de façon contradictoire - sur le terrain de la sécurité en liant notamment délinquance et immigration, des analystes mettent en doute l'efficacité de ce choix politique.
Selon eux, les récentes annonces gouvernementales s'inscrivent clairement dans une droitisation du pouvoir à des fins électorales. "En 2007, Nicolas Sarkozy s'est positionné sur les thèmes de l'immigration et de la sécurité, rappelle Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l'extrême-droite. C'est ce qui lui a permis de remporter les élections. Mais depuis les régionales de 2010, qui n'ont pas été un franc-succès pour elle, la droite craint une remontée du Front national (FN). Les plus droitiers de ses électeurs n'ont adhéré ni à l'ouverture à gauche, ni à la promotion de la diversité, ni au projet de taxe carbone... Le gouvernement veut envoyer une nouvelle série de signes forts à cette frange de son électorat."
"Le discours de Sarkozy s'est construit sur un mythe"
Le sociologue Michel Wieviorka parle également d'une "droitisation impressionnante" du pouvoir. Au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy pratiquait aussi bien l'ouverture à gauche qu'à l'extrême-droite. Il se faisait le chantre de la diversité, tout en répondant aux attentes de l'électorat du FN, par exemple sur l'immigration. Aujourd'hui, le chef de l'État a clairement choisi son camp. "Le discours politique de Nicolas Sarkozy s'est construit sur un mythe, analyse celui-ci. Il a réussi à concilier des éléments qui n'étaient, en réalité, pas conciliables. Le charme a fonctionné, mais à partir du moment où ce mythe s'effondre, le pouvoir doit en choisir l'une des composantes et s'engouffrer dedans."
Élargissement des motifs de déchéance de la nationalité, démantèlement des camps illégaux de Roms, sanctions contre les parents de mineurs délinquants ou contre les maires "laxistes"... Depuis quelques semaines, les propositions se multiplient à droite. Les sondages d'opinion aussi, qui se révèlent souvent contradictoires. "Il y a une attente forte de la majorité des Français sur les questions de sécurité, indique Jean-Yves Camus. Mais il faut faire attention. Si l'on vous demande : 'Voulez-vous qu'il fasse beau demain ?', vous répondrez : 'Oui'. À la question : 'Croyez-vous qu'il fera beau demain ?', la réponse sera différente. Des sondages ont montré que les Français doutent de la mise en application de ces mesures."
Ces annonces "flattent certaines tendances de l'opinion, ajoute Michel Wieviorka. Mais tous ceux qui ont voté pour Nicolas Sarkozy ne sont pas sensibles à ces thèses lepénistes".
Jugé sur un bilan, pas sur des promesses
Surtout, la droite va être rapidement confrontée à l'épreuve des faits. En 2007, le candidat Nicolas Sarkozy a été élu sur des promesses. S'il se représente en 2012, il devra défendre un bilan. Alors que la thématique sécuritaire avait été propulsée sur le devant de la scène à la veille de l'élection présidentielle il y a cinq ans, le prochain scrutin n'aura lieu que dans deux ans. Le temps de juger sur pièces...
"Le pouvoir va devoir traduire toutes ces annonces en mesures concrètes, sinon les gens vont avoir le temps de se dire qu'il ne s'agissait que des paroles en l'air, relève encore le sociologue. Nicolas Sarkozy est aux affaires depuis 2002, il ne pourra pas mettre son échec sur le dos de la gauche."
Mais pour mettre en œuvre ses propositions, la droite va devoir très rapidement faire face à des obstacles juridiques. L'UMP n'a pas la majorité absolue au Sénat et le Conseil constitutionnel pourrait bien s'opposer à des réformes jugées contraires à la Constitution. Le ministre de l'Immigration, Éric Besson, a par exemple répété, mardi, que la déchéance de la nationalité pour cause de polygamie prônée par Brice Hortefeux serait "juridiquement complexe" à instaurer.
Celui-ci a également admis que les Roms expulsés de France pourraient ensuite revenir dans le pays. "La communication du gouvernement bute sur le principe de réalité, affirme Jean-Yves Camus. Ce qu'Éric Besson a dit hier est une réalité première : il existe une liberté de circulation des biens et des personnes en Europe."
"Tout modifier, y compris le droit"
"Plusieurs membres de la majorité pensent que le sarkozysme doit être un volontarisme absolu : il doit pouvoir tout modifier, y compris le droit, poursuit Jean-Yves Camus. C'est le cas, notamment, du ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux. De l'autre côté, il y a des gens plus réalistes. Nicolas Sarkozy, lui, manie aussi bien la rhétorique de l'extrême-droite que celle du 'rêve américain' où tout le monde peut réussir. Chez lui, je pense que ces annonces relèvent plus d'une stratégie politique que de convictions profondes. Mais, au-delà des dommages, en terme d'image, pour la France, je ne suis pas sûr que ce soit une stratégie gagnante."
Si la droite ne fait pas recette sur le tout-sécuritaire, l'extrême-droite en tirera-t-elle les bénéfices ? Oui, répond Jean-Yves Camus, à condition que le FN n'implose pas à l'occasion du départ de Jean-Marie Le Pen, en janvier 2011, et que son successeur sache faire de la formation un parti de gouvernement.
La gauche, elle, s'est vue reprocher son "silence" face à l'offensive de la droite. Une critique que réfute Michel Wieviorka, qui considère que ses déclarations ont été "dignes et fermes". "Il y a quelques années, on disait que la gauche n'avait ni idées ni projets, alors que la droite avait une vision de l'avenir. Aujourd'hui, c'est la droite qui est en crise politique. Ce raidissement marque une faiblesse, et non une force. Nous sommes passés de l'euphorie 'bling bling' d'il y a trois ans à un discours rude, inquiet et inquiétant. Le gouvernement est aux abois", conclut-il.



























Commentaires (4)
la rentrée
Courage Monsieur Sarkozy, vous êtes le meilleur, et ça fait des jaloux...!et les polémiques vont bon train; les sans abri, les sans papier, le voile, maintenant les roms... On vous aiment, et on a confiance en vous... continuez.
politique sécuritaire
On a compris, le chef de l'Êtat veut les votes du Front National, ayant échoué sur tant d'autres sujets , il ne lui reste plus que cette poursuite éffrénée avant sa décision de se représenter. C'est peine perdue , il n'est pas dans le coeur des Français , il faudrait un miracle. Peut-être une visite à Lourdes pourrait changer la donne ??
immigration
Bravo rbl, bien dit, tout à fait d'accord. Les Français ne sont pas racistes, les medias devraient être objectifs ce qui n'est pas le cas au contraire, ils mettent de l'huile sur le feu.
Immigration et intégration.
Les journalistes, les sociologues et autres experts en psychologie de la pensée populaire sont persuadés détenir la vérité. Il n'est que les écouter dans les diverses émissions ou parutions médiatiques: chacun y va de ses commentaires définitifs: la France devient un pays raciste, voire fachiste, je pense que ces oiseaux de mauvais augure ont tout faux, il n'est que de regarder dans la vie de tous les jours, sans se laisser manipuler l'esprit, pour s'apercevoir qu'il n'y a pas d'un côté les gens heureux, riches ou aisés, bien blancs, bien gaulois, et de l'autre les malheureux et les pauvres qui seraient blacks, beurs ou basanés, c'est une définition beaucoup trop caricaturale que veut répandre une certaine partie de l'opinion. Le monde rural, les paysans dans le sens noble du terme, gens de pays, ne sont pas des gens de "couleurs", et pourtant ils ne roulent pas sur l'or pour la plupart, surtout les retraités, alors ne faisons pas de distinction, et n'en rajoutons pas car c'est cela qui fait monter le communautarisme. Il en est de même d'autres catégories socio-professionnelles. S'il est vrai que l'on montre du doigt les "étrangers" ou "d'origine étrangère", c'est que notre pays "des droits de l'Homme" n'a peut être pas pu ou su assimiler l'immigration massive des dernières décennies, errreur des responsables politiques depuis des années? Il est absurde de confondre immigration contrôlée et xénophobie, c'est à mon sens le meilleur moyen d'éviter le racisme. L'intégration dans la société française ne peut se faire que peu à peu en fonction de sa capacité à assimiler les personnes étrangères qui ne doivent pas imposer leurs usages et coutumes mais respecter ceux du pays d'accueil, et surtout la loi républicaine. Le citoyen français que je suis n'aspire qu'à une chose, vivre en sécurité dans mon pays, dans une vision de la société telle qu'elle s'est forgée, façonnée au fil des siècles, sans bouleversements imposés. Pour ma part, peu m'importe le débat de savoir si la déchéance de la nationalité française est justifiée ou pas, les sanctions doivent s'appliquer selon la loi, pour tous les fauteurs de troubles, délinquants et autres criminels, quelques soient leurs origines. Laïcisons le débat, et je pense qu'il y gagnera en sérénité, mais halte au laxisme en tout genre, et cela à tous les niveaux de la société.
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