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FRANCE

L'ombre de la Cour de justice de la République plane sur Éric Woerth

Vidéo par France 2

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 31/08/2010

Le procureur général près la Cour de cassation examine une possible saisine de la Cour de justice de la République dans l'affaire Bettencourt, selon le Journal du Dimanche. Le ministre du Travail parle d'"acharnement fait pour tuer".

Près de trois mois après le début de l’affaire Woerth-Bettencourt, le gouvernement fait toujours front aux côtés du ministre du Travail. Invité de la radio France Inter lundi, le Premier ministre François Fillon a réaffirmé sa confiance en lui après l’annonce d’une éventuelle saisine de la Cour de justice de la République.

Qu'est-ce que la CJR ?

La Cour de justice de la République est une juridiction d’exception créée en 1993, suite au scandale du sang contaminé et la multiplication des affaires liées à la politique. Elle n’est compétente que pour des infractions commises par des ministres durant l’exercice de leurs fonctions. Elle compte quinze juges : trois magistrats de la Cour de cassation et douze parlementaires – six députés et six sénateurs – élus par leurs pairs.

"Pour qu’il y ait inculpation devant [cette juridiction], il faut qu’il y ait une faute pénale commise. Et, depuis deux mois que cette affaire dure, personne n’a réussi à établir la moindre faute à l’encontre d’Éric Woerth, a déclaré le chef du gouvernement. Je suis donc très confiant dans cette procédure qui s’engage. Évidemment, j’aurais préféré qu’elle n’ait pas lieu parce que ce n’est ni agréable ni facile à supporter pour Éric Woerth. Mais, en même temps, je n’ai pas d’inquiétude, Éric Woerth est innocent", a-t-il poursuivi.

L’avocat du ministre du Travail, Me Le Borgne, est également monté au créneau lundi matin au micro d’Europe 1. "La Cour de justice de la République n’est pas saisie et, selon toute probabilité, elle ne le sera pas, a-t-il affirmé. Dans le cas d’Éric Woerth, il n’y a pas d’infraction. Sauf des infractions fantasmées dont on nous parle depuis des semaines et dont on s’aperçoit que ce ne sont pas des infractions."

Embourbé dans l’affaire Bettencourt depuis le mois de juin, l’actuel ministre du Travail est soupçonné de fraudes et de conflits d'intérêts. Il est soupçonné, d'une part, d'être intervenu en 2007 pour favoriser l'embauche de sa femme Florence par Clymène - la société gérant le patrimoine de l’héritière du groupe de cosmétiques L'Oréal, Liliane Bettencourt -  et d'avoir occupé le poste de trésorier de l'UMP d'autre part, alors qu'il était à l'époque ministre du Budget.

La réaction d'Éric Woerth dans Le Parisien

"C'est un peu une chasse à l'homme, comme il existe ici des chasses à courre", commente le ministre du Travail Éric Woerth, interrogé par Le Parisien dans sa mairie à Chantilly (Oise). "Sauf que c'est moi qui joue le rôle de cerf. (...) Je n'ai pas connu de campagne aussi violente contre un homme politique depuis l'affaire Markovic", (en 1969, l'enquête sur la mort du garde du corps d'Alain Delon, Stevan Markovic, a soulevé les rumeurs les plus folles sur des partouzes impliquant des personnalités médiatiques et politiques, dont la femme de Georges Pompidou). "Tout cet acharnement, c'est fait pour tuer."

Woerth dénonce une "lapidation médiatique"

Selon le "Journal du Dimanche", Jean-Louis Nadal, procureur général près la Cour de cassation, a commencé à réunir les pièces des dossiers concernant Éric Woerth après avoir reçu deux lettres - l’une de Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre de l’Environnement, l’autre de Philippe Ingall-Montagnier, procureur général de Versailles - réclamant à la Cour de justice de la République de se pencher sur l’affaire. Jean-Louis Nadal doit désormais déterminer si une infraction a effectivement été commise et saisir, le cas échéant, la commission des requêtes, première étape avant une enquête de la Cour de justice de la République, seule habilitée à juger les crimes et délits commis par des ministres dans l’exercice de leurs fonctions.

"On brandit maintenant d’une manière complètement fantaisiste la Cour de justice de la République pour remettre Éric Woerth dans le bain du ragot, de la rumeur et du soupçon, s’emporte Me Le Borgne. Est-ce un hasard qu’on veuille faire revivre cette campagne à la veille du débat sur les retraites ?"

L’annonce d’une éventuelle comparution d’Éric Woerth devant la Cour de justice de la République tombe en effet très mal pour le gouvernement. Dans une semaine, le texte sur la réforme des retraites - réforme portée par le ministre du Travail - sera débattu au Parlement. Le même jour, les syndicats ont appelé à une mobilisation générale et massive pour protester contre ce projet de réforme.

"Je subis depuis deux, trois mois une sorte de lapidation médiatique assez impressionnante, a réagi le ministre du Travail, cité par le quotidien "Le Parisien". C’est un peu une chasse à l’homme, comme il existe ici des chasses à courre. Sauf que c’est moi qui joue le rôle du cerf."

Première publication : 30/08/2010

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