Ouvrir

À suivre

Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

Fin de règne au Burkina Faso

En savoir plus

JOURNAL DE L’AFRIQUE

Coup d'état au Burkina Faso

En savoir plus

DÉBAT

Violences au Burkina Faso : vers un nouveau coup d'état ? (Partie 2)

En savoir plus

DÉBAT

Crise au Burkina Faso : l’état de siège déclaré (Partie 1)

En savoir plus

L'ENTRETIEN

Tibéhirine : "Nous voudrions expertiser" les prélèvements, dit Trévidic

En savoir plus

L'INVITÉ DE L'ÉCO

Inès Boujbel, PDG de Deyma

En savoir plus

POLITIQUE

Drame de Sivens : Placé dénonce "l’absence absolue d’empathie" du gouvernement

En savoir plus

POLITIQUE

Bruno Le Roux : il est "indigne" de servir du drame de Sivens

En savoir plus

DÉBAT

Législatives en Tunisie, la désillusion? (partie 2)

En savoir plus

Culture

Les mormons polygames du Texas et de l'Utah investissent Perpignan

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 16/09/2010

Le reportage de l'Américaine Stéphanie Sinclair sur des femmes vivant dans une communauté mormone adepte de la polygamie a été récompensé d'un Visa d'or Magazine. Les photos ne laissent pas les festivaliers indifférents...

Les robes sont de couleur pastel et descendent jusqu'au mollet. Elles ont été cousues dans un tissu épais, légèrement brillant, mais assez rigide pour cacher les formes du corps. Les coiffures, volumineuses sur le haut du front, toutes identiques, donnent aux femmes de l'Église fondamentaliste de Jésus-Christ des saints des derniers jours une allure victorienne un peu figée. Une allure aussi singulière que leur mode de vie prônant la polygamie.

Stéphanie Sinclair, photoreporter américaine, s'est d'abord fait connaître par ses travaux sur l'excision en Indonésie et sur le mariage forcé de fillettes en Afghanistan. C'est en 2008 qu'elle commence à s'intéresser à cette branche dissidente des mormons, qui s'est séparée de l'Église officielle au début des années 1900, par refus de rejeter la polygamie.

Polygamie et abus sexuels sur mineurs

Sa curiosité est piquée par un événement qui frappe une communauté mormone du Texas au printemps 2008. Une adolescente de 16 ans confie alors à une association d'aide aux victimes de violences conjugales qu'elle a été battue et violée par un homme de 49 ans, auquel elle avait été "mariée spirituellement" - en clair : unie avec un homme pratiquant la polygamie, illégale aux États-Unis. La police et les services sociaux effectuent un raid dans un vaste ranch, "Yearning for Zion", soupçonnent ses responsables de nombreux abus sexuels sur mineurs, et emportent des centaines d'enfants et de femmes dans des autocars. Mais jamais ils n'arriveront à identifier la jeune fille à l'origine de la confession.

Pour Stéphanie Sinclair, la forte médiatisation de cette affaire a traumatisé les fondamentalistes mormons au point de resserrer encore les liens de la communauté, qui a désormais l'impression d'être "persécutée". Elle se documente pendant plusieurs mois, contacte les dirigeants de la secte et promet de ne pas effectuer de reportage qui chercherait à condamner leurs pratiques. Elle obtient même l'accord de Warren Jeffs, dit le "Prophète", incarcéré pour avoir célébré des mariages entre des hommes adultes et des mineures.

La photojournaliste se dit féministe. Elle arbore tous les attributs de la femme indépendante : une vie trépidante à courir le monde, un appartement à New York, des tatouages sur les deux bras... Toutefois, elle est revenue sur les idées qu'elle s'était forgées avant de partir en reportage.

Photo de famille : Joe Jesssop, 88 ans, avec ses 5 femmes, 46 enfants et 239 petits-enfants. Joe a fondé sa "famille céleste" ici, à Hildale, dans l’Utah. "J’ai eu une vie bénie, dit-il. Je ne l’échangerais pour rien au monde."

La liberté de culte à tout prix ?

Les photos de la communauté mormone rendent compte d'une vie soigneusement ordonnée, extrêmement pieuse, et très respectueuse des règles et des traditions. Les familles se dévoilent dans leur quotidien. Il y a la prière le matin dans le salon, sous le portrait de Warren Jeffs, les tâches agricoles dans les champs, les heures à s'occuper des troupeaux de moutons. Les jeunes filles n'ont pas 16 ans ou 17 ans qu'elles ont déjà un enfant.

Parmi les moments forts saisis par la photographe, il y a l'anniversaire de l'un des anciens de la communauté, Joe Jessop. L'octogénaire exhibe fièrement ses cinq épouses, 46 enfants et 239 petits-enfants. Il explique que la polygamie est un privilège qui n'est accordé qu'aux hommes considérés comme pieux et très actifs dans la vie de la communauté. Il y a aussi cette scène de l'enterrement de la première épouse de l'un des hommes très en vue dans la secte. Pas moins de 5 000 personnes assistent aux obsèques et présentent leurs condoléances au veuf accompagné, pour l'occasion, de sa douzaine d'autres épouses.

Entouré de ses femmes, un homme assiste aux obsèques de Foneta Jossep. Il s'est marié avec plusieurs filles de Foneta, qui sont donc à la fois sœurs et co-épouses. Elles ont cousu une robe pour l'occasion, "pour symboliser l'amour qui les unit", explique le mari.

Les mormons brandissent, pour leur défense, la liberté de pratiquer sa religion, un principe auquel une grande majorité d'Américains reste viscéralement attaché. La photoreporter avoue, elle, ne pas arriver à trancher le débat : la pratique de la polygamie est-elle une question de liberté individuelle ou la société a-t-elle son mot à dire ? À Perpignan, la question anime les terrasses à tapas et heurte fortement les consciences françaises. Le "New York Times" et le magazine "National Geographic" ont apposé leur sceau au reportage. Et le jury du Visa d'or Magazine à Perpignan a pris le parti de récompenser la démarche de la photographe.

Pour voir toutes les photos de Stéphanie Sinclair, visitez son site www.stephaniesinclair.com

visa2010

Première publication : 05/09/2010

  • PHOTOJOURNALISME

    Snow White, Country, Chuck et Lisa, sans-abri new-yorkais qui sortent de l’anonymat

    En savoir plus

  • PHOTOJOURNALISME

    Athit Perawongmetha, un photographe thaïlandais chez les "chemises rouges"

    En savoir plus

  • PHOTOJOURNALISME

    Corentin Fohlen, de Bangkok à Port-au-Prince hors des clichés battus

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)