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EUROPE

La victoire du "Oui" au référendum conforte la position du Premier ministre

Texte par Dépêche

Dernière modification : 13/09/2010

Voulue par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, la réforme partielle de la Constitution a été largement approuvée dimanche par référendum. Une victoire qui le conforte lui et son parti, l'AKP, issu de la mouvance islamiste modérée.

REUTERS - Le "oui" l'a emporté par 58% des voix au référendum de dimanche sur une série d'amendements à la Constitution turque, ce qui a conduit Recep Tayyip Erdogan à dire que son pays venait de franchir une étape historique.

Les électeurs, qui étaient conviés aux urnes le jour même du trentième anniversaire du putsch du général Kenan Evren, le 12 septembre 1980, ont infligé une défaite aux artisans des coups d'Etat militaires, a poursuivi le Premier ministre.

"Le vainqueur, aujourd'hui, c'est la démocratie turque", a-t-il dit à ses partisans à Istanbul.

"Le régime de tutelle (de l'armée) fait désormais partie de l'histoire. Les partisans des putsches militaires n'atteindront pas leurs objectifs", a-t-il dit dans son discours, retransmis à la télévision.

Le parti AKP au pouvoir, d'inspiration islamique, va s'employer maintenant à rédiger une nouvelle Constitution, prenant en compte le résultat du référendum et remplaçant celle de 1982, adoptée à l'époque par les militaires.

Le résultat, communiqué par la chaîne de télévision NTV, n'est pas encore officiel et porte sur 99% des bureaux de vote.

Le référendum portait sur un ensemble de 26 points très divers, parmi lesquels une réorganisation de l'appareil judiciaire, bastion du camp laïque, a priori hostile à l'AKP (Parti de la Justice et du Développement), arrivé au pouvoir en 2002.

L'AKP sort revigoré de cette nette victoire, à l'approche des élections législatives qui doivent se tenir en juillet 2011 au plus tard et pourraient permettre à Erdogan de remporter un troisième mandat.

 

INQUIETUDES DE L'OPPOSITION

Après avoir voté à Üsküdar, dans la partie asiatique d'Istanbul, Erdogan avait estimé que la démocratie turque était à un tournant. "Il s'agit d'un test important", avait-il souligné.

L'opposition laïque, conduite par le Parti républicain du peuple (CHP), voit dans les réformes constitutionnelles une tentative de prise de contrôle des tribunaux par l'AKP, qui possède une forte majorité parlementaire et s'est assuré une solide base politique ces dernières années.

Les changements de nature à affecter la composition de la Cour constitutionnelle et celle du Conseil supérieur de la magistrature inquiètent tout particulièrement l'opposition. Toujours dans le domaine de la justice, il deviendra plus facile désormais de traduire des membres de l'armée - autre grand pilier de la laïcité turque - devant des tribunaux civils.

A Bruxelles, la Commission européenne a exprimé mardi dernier son soutien à la refonte de l'appareil judiciaire tout en reprochant aux autorités turques l'absence de grand débat public avant le référendum.

L'AKP, qui nie toute intention de réduire le champ de la laïcité en Turquie, se présente comme un homologue des partis chrétiens-démocrates conservateurs de l'Union européenne. Aux législatives de 2007, il avait obtenu 47% des voix.

Maintenant que le référendum est passé, le gouvernement va pouvoir se consacrer à d'autres problèmes intérieurs pressants comme l'insurrection kurde et les tensions entre le sommet de l'Etat et l'état-major de l'armée, liées aux accusations de complot anti-gouvernemental portées contre certains officiers.

Conforté par sa nette victoire, l'AKP pourrait être tenté une nouvelle fois de lever l'interdiction du voile islamique dans les universités. La précédente tentative avait été invalidée par la Cour constitutionnelle.

Première publication : 13/09/2010

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