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Asie - pacifique

Quatre anciens Khmers rouges poursuivis pour génocide

©

Vidéo par Pauline PACCARD

Texte par Dépêche

Dernière modification : 16/09/2010

Quatre anciens dirigeants du régime communiste des Khmers rouges au Cambodge ont été renvoyés, jeudi, devant le tribunal de Phnom Penh parrainé par les Nations unies, pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

AFP - Un nouveau chapitre de l'histoire du Cambodge s'est ouvert jeudi avec le renvoi devant le tribunal international de Phnom Penh de quatre ex-dirigeants du régime des Khmers rouges (1975-79), poursuivis pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

La date du procès n'a pas été précisée mais le début de l'audience, qui doit durer des mois, est en principe prévu pour 2011.

L'idéologue du régime de Pol Pot ou "Frère Numéro Deux", Nuon Chea, et son ministre des Affaires étrangères ou "Frère Numéro Trois", Ieng Sary, devront répondre de leurs responsabilités au sein du régime communiste totalitaire, responsable de la mort d'environ deux millions de personnes.

Khieu Samphan, président du "Kampuchéa démocratique", et Ieng Thirith, ministre des Affaires sociales du régime, seront eux aussi jugés pour les mêmes faits.

La cour a décidé "de faire comparaître les quatre accusés pour être jugés", a indiqué le juge You Bunleng dans une conférence de presse.

Tous sont détenus dans une prison attenante au tribunal depuis 2007 et nient leur implication dans la famine, les travaux forcés, les tortures et les massacres qui ont décimé leur peuple au nom d'une utopie marxiste délirante.

Dans le documentaire d'un journaliste cambodgien ("Enemies of the People"), Nuon Chea a pourtant admis que le régime avait massacré les "traîtres" qui n'avaient pu être "rééduqués" ni "corrigés".

"Ces gens étaient considérés comme des criminels (...). Ils ont été tués et éliminés. Si nous les avions laissés vivre, la ligne du parti aurait été compromise. Ils étaient des ennemis du peuple", explique l'idéologue dans le film. Il n'a jamais réitéré ces aveux devant des magistrats.

Entre 1975 et 1979, un quart de la population du Cambodge a disparu.

Si le terme de génocide est communément utilisé pour évoquer la période, les massacres commis contre la population khmère ne sont eux-mêmes pas assimilables à un génocide selon l'ONU, qui ne retient que des crimes "commis dans l'intention de détruire, intégralement ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux".

Ce chef d'accusation ne concerne donc que le massacre des Vietnamiens et de la minorité ethnique des Chams musulmans.

L'instruction a établi que les Khmers rouges avaient bien tenté d'exterminer le peuple cham, principalement installé dans les provinces du centre du pays et dont 100.000 à 400.000 membres ont été massacrés, selon les historiens. Aucune estimation précise du nombre de victimes vietnamiennes n'est disponible.

Ce procès n'est que le deuxième organisé par le tribunal, une structure hybride mélangeant droits cambodgien et international, constamment entravée par des conflits et des soupçons d'ingérence politique et de corruption.

En juillet, Kaing Guek Eav, alias "Douch", patron de la prison de Tuol Sleng à Phnom Penh, dans laquelle quelque 15.000 personnes avaient été torturées avant d'être exécutées, a été condamné à 30 ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Défense et accusation ont toutes deux fait appel.

Le juge d'instruction Marcel Lemonde a évoqué jeudi la complexité de ce second dossier, le plus politique, pour expliquer la lenteur de la procédure. Mais l'état de santé de certains des quatre accusés est fragile, et les observateurs craignent qu'ils décèdent avant de répondre de leurs actes.

Cinq autres individus sont visés par des enquêtes du tribunal. Le gouvernement cambodgien, Premier ministre Hun Sen en tête, a cependant répété qu'il s'opposerait à ce qu'elles aboutissent.

Première publication : 16/09/2010

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