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Dernière modification : 20/09/2010

Silence, on pollue

5 mois après la marée noire, des voix s’élèvent pour critiquer la communication de BP. L’entreprise a investi 93 millions de dollars pour nettoyer son image. Nous avons suivi Kindra et Linda, ces deux femmes ont décidé de briser le silence.

Des campus universitaires de Bâton Rouge, au port de pêche de Venice, nous avons essayé de comprendre comment l’argent de BP avait été dépensé après la marée noire. L’entreprise a multiplié par trois ses frais de communication depuis l’explosion de la plateforme. De l’argent qui a servi à nettoyer l’image de l’entreprise. Mais aussi, à acheter le silence.

 

Pourquoi ce reporter ?

Depuis la rédaction à Paris, cela fait des mois que nous essayons de nous faire une idée précise de la situation en Louisiane : La côte est-elle vraiment propre comme l’a dit BP? Ou la nappe de pétrole a-t-elle coulé en profondeur ?

Au tout début de la catastrophe, lorsque nous nous étions rendus au CEDRE à Brest dans le cadre d’une émission « Environnement » sur le petrole, le directeur nous avait prévenu : « Vous ne saurez rien. L’accès va être bloqué aux médias. C’est toujours comme ça que ça se passe aux Etats-Unis, à chaque fois ». Nous avions du mal à le croire.

Et puis sur Facebook, nous avons rencontré Kindra. Cette « Erin Brokovitch »a travaillé pour BP. Elle dénonce les méthodes de communication du groupe.

Enfin dans la presse anglophone, nous avons alors entendu parler des contrats que BP faisait signer aux pécheurs et aux scientifiques. La ligne directrice de notre reportage commençait à se dessiner.

 

Les pêcheurs en première ligne.

Nous avons été particulièrement touchés par notre rencontre avec certains pêcheurs dans le port de Venice. Ce sont eux qui vont avoir le plus à souffrir de la marée noire. Pour eux, la saison a été très mauvaise, ils n’ont gagné qu’un dixième de leur salaire habituel.

Ceux qui ont accepté de travailler pour BP dans les opérations de nettoyage ont reçu environ 300 dollars par jour. Mais cet argent n’est qu’une avance, cette somme sera en fait déduite du montant des compensations que BP doit leur verser. C’est donc un dédommagement, pas un vrai salaire.

 


Les dangers du pétrole et des dispersants.

Voilà une source d’inquiétude terrible pour les habitants du Golfe et un sujet que nous n’avons pas eu le temps d’aborder dans notre reporter.

A Venice, un pêcheur nous a raconté qu’il avait eu de terribles maux de tête, des vomissements quelques semaines après la catastrophe. Depuis, il souffre de troubles respiratoires, il s’inquiète aussi de voir un liquide « brunâtre » sortir de ses oreilles.

Il y a, en effet, de plus en plus de soupçons autour des produits utilisés pour disperser la nappe et particulièrement le « Corexit ». Au sein de l’agence environnementale américaine, une voix commence à se faire entendre, celle de Hugh Kaufman. Au cours de l’interview qu’il nous a accordée, il nous a précisé que le Corexit pouvait provoquer des hémorragies internes et des cancers.

Et voici sa citation qui ne s’oublie pas: « Si vous lisez l'étiquette sur les barils, il est indiqué que c'est toxique pour la vie humaine. Comme l'a déclaré un sénateur américain, BP a tapissé la région du golfe avec le Corexit, tout comme l'armée américaine avait tapissé le Vietnam avec de l'agent orange." En guise de conclusion.

 

Reportage d'Eve Irvine, Jerome Bonnard, Jennifer Knock

Par Jennifer KNOCK

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