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Amériques

L'ex-otage des Farc Ingrid Betancourt raconte ses six ans et demi de calvaire

Vidéo par Julien FANCIULLI

Texte par Dépêche

Dernière modification : 04/10/2010

L'ex-candidate à la présidence colombienne raconte, dans un livre "Même le silence a une fin", son calvaire pendant les six ans et demi de captivité dans la jungle. L'ouvrage écrit en français sort ce mardi en France et dans une dizaine de pays.

AFP - "Peur d'être seule. Peur d'avoir peur. Peur de mourir" : l'ex-otage des FARC, Ingrid Betancourt, raconte pour la première fois dans un livre bouleversant l'enfer vécu pendant six ans et demi dans la jungle colombienne, enchaînée, humiliée, battue et menacée de mort.

L'ancienne candidate à la présidence colombienne s'est retirée du monde pendant 18 mois pour écrire au stylo et en français ce récit intime de 700 pages intitulé "Même le silence a une fin" (Gallimard).

Le livre sort mardi en France et dans une dizaine de pays dont la Colombie et les Etats-Unis.

Pourquoi le français ? Pour "garder une distance" et "faire remonter du fond abyssal de mes souvenirs un flot d'émotions incontrôlables", explique la Franco-colombienne.

Le récit débute par une scène terrible lors de l'une de ses cinq tentatives d'évasion. Les guérilleros la rattrapent. Ils ont ordre de la punir. Enchaînée par le cou, frappée et abusée sexuellement, elle raconte: "Je me sentais prise d'assaut, partant en convulsions (...) Mon corps et mon coeur restèrent gelés pendant le court espace d'une éternité".

"Mais je survivais", dit-elle, de retour dans la cage où elle est enfermée avec Clara Rojas, enlevée en même temps qu'elle. Le lecteur comprend aussitôt la détermination de la prisonnière.

Pas de règlement de comptes dans le livre de l'ancienne icône, portée aux nues puis éreintée par plusieurs compagnons d'infortune et la presse. Mais sa forte personnalité et la conscience de son "rang", qui irritaient ses codétenus, transparaissent dans le récit.

L'auteur revient ensuite à ce 23 février 2002 quand elle est enlevée pendant sa campagne électorale. L'escorte militaire prévue lui a été confisquée par ordre "de la présidence", assure-t-elle. Des hommes armés arrêtent sa voiture. Elle comprend aussitôt. Elle est otage des FARC.

C'est alors le cauchemar de la détention dans la jungle hostile où l'ennui le dispute à la détresse. Les conditions de vie sont épouvantables, les moments de découragement fréquents. "Nous étions condamnés à la peine la plus lourde qu'on puisse infliger à un être humain, celle de ne pas savoir quand elle prendrait fin", écrit-elle.

Ses geôliers ont pour la plupart l'âge de ses enfants. Certains sont cruels. D'autres plus humains.

Un jour, elle apprend la mort de son père adoré dans un journal vieux d'un mois, laissé sciemment entre ses mains par un guérillero. Elle s'écroule. Puis songe très vite à sa prochaine évasion. Après chaque échec, les brimades empirent, ainsi que les reproches de ses codétenus.

Elle raconte aussi comment elle fait un gâteau avec une garde pour les 17 ans de sa fille Mélanie, comment, pour s'occuper, elle apprend d'un autre à confectionner des ceintures. Comment un dictionnaire, des livres et surtout une Bible la sauvent de la folie.

L'ex-otage décrit encore les tensions avec Clara Rojas, réponse implicite aux accusations de sa codétenue. "Il fallait être très fort pour ne pas se soulager des constantes humiliations des gardes en humiliant à son tour celle qui partageait votre sort", avoue Ingrid Betancourt.

Elle analyse aussi, de l'intérieur, comment fonctionnent ces FARC.

Enfin, c'est la libération par l'armée colombienne travestie en "mission humanitaire" le 2 juillet 2008. "C'était, écrit-elle, la victoire sur le désespoir (...), une victoire uniquement sur nous-mêmes". Et le début d'une lente reconstruction.


("Même le silence a une fin" - Ingrid Betancourt - Gallimard - 700 pages - 24,90 euros)

 

Première publication : 21/09/2010

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