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FRANCE

Des élus français en faveur de l’ouverture de salles d’injection de drogues

Texte par Guillaume LOIRET

Dernière modification : 26/09/2010

Des élus de gauche comme de droite se prononcent vendredi en faveur du lancement de lieux médicalisés pour toxicomanes, parfois baptisés ‘salles de shoot’. Ils s’inspirent de centres du même genre visités en Espagne et en Suisse.

C’est là que le débat sur les "salles de shoot" a été lancé, dans le local d’une association de lutte contre la toxicomanie située à Belleville, un quartier populaire de Paris. En mai 2009, l’Asud (Autosupport et réduction des risques parmi les usagers de drogues) ouvre pour deux jours une salle de consommation de drogues comme il en existe aux Pays-Bas ou en Suisse. Une salle expérimentale et sans usagers : il s’agit alors "d’interpeller le monde politique", explique Pierre Chappard à France24.com, sur les bénéfices de telles structures, et de combattre "les fantasmes, les peurs" de ceux qui y voient "une incitation à se droguer [voir photo ci-dessous]". 

Un centre expérimental, ouvert en mai 2009 à Paris par l'Asud pour sensibiliser les pouvoirs publics.

Le monde associatif et politique lance une étude, auditionne des experts, visite deux structures d’accueil des toxicomanes à Bilbao (Espagne) et Genève (Suisse), et une association, Élus, Santé Publique et Territoires (ESPT), en revient plutôt conquise.

À Genève, 30 % des usagers sont Français

Membre d’ESPT, l’élu (UMP) marseillais Patrick Padovani visitait la semaine dernière le centre de consommation de drogues de Genève, baptisé Quai 9. "Mes conclusions tiennent presque dans ce chiffre : lors de la visite, on y a rencontré au moins un tiers d’usagers français qui passent la frontière pour venir se traiter en Suisse ! Et ils ne comprennent pas que cela n’existe pas en France ! C’est la preuve que ce système est plébiscité par les malades."

À Genève, M. Padovani, médecin dans le civil, a trouvé un "espace d’accueil, et non pas une ‘salle de shoot’ comme on dit trop souvent, très ouvert, convivial, bien aménagé", comme il l'explique à France24.com. Les toxicomanes, qui le fréquentent entre 11 heures et 19 heures, apprécient particulièrement "la présence d’une unité médicale, car on ne s’y shoote qu’en présence d’un médecin, et d’y trouver un espace de re-socialisation, un endroit qui permet de s’en sortir".

La possibilité de mettre fin à l’addiction après le passage en "salle de shoot" est l’un des meilleurs résultats du dispositif. C’est notamment ce qu’ont constaté des scientifiques canadiens en étudiant le centre de consommation pour toxicomanes de Vancouver : depuis son ouverture, les demandes de sevrage ont bondi de 30 %. L’étude, publiée en août 2010 dans la revue Drug and Alcohol Dependence, montre aussi que la criminalité, la transmission du VIH et les overdoses sont en baisse depuis la création du centre. "Les salles de consommation sont un outil de pacification" dans des quartiers autrefois très hostiles à la présence de toxicomanes, résume Pierre Chappard.

Des élus tentés par l'expérience

Ce vendredi, l’association Élus, Santé Publique et Territoires présente ses conclusions,

le fruit de six mois d’études sur les "salles de shoot". "Il (en) ressort, indique le communiqué de presse publié vendredi matin par l'ESPT, que les centres de consommation (...) constituent un outil d’amélioration de l’état sanitaire et social des usagers de drogue les plus désocialisés et les plus précaires" (cliquer ici pour lire les conclusions de l'ESPT).

Ces élus locaux, de gauche comme de droite, proposent de tenter l’expérimentation pour au moins trois raisons : ces salles viendraient compléter le dispositif (échange de seringues, traitements de substitution) déjà existant ; elles aideraient à la réduction des risques (en particulier les infections), et favoriseraient la réinsertion des toxicomanes.

Les élus proposent aux pouvoirs publics un ensemble de mesures, parmi lesquelles l'établissement d'une cartographie des consommations incontrôlées de drogues ou l'association au projet des autorités policières et judiciaires.

"Et pourquoi pas appeler le cartel de Medellin ?"

Mais le sujet est à prendre avec des pincettes après le coup de chaud de cet été. Un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) préconisait en août l’ouverture de salles de consommation de drogues, auxquelles la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, réservait bon accueil… provoquant une polémique et un refus sec de la part du Premier ministre, François Fillon : "La mise en place de ces centres de consommation de drogues n'est ni utile ni souhaitable en France", déclarait-il.

"Et pourquoi pas leur fournir aussi la drogue et appeler le cartel de Medellin pour avoir de meilleurs prix ?" réagit vendredi le député du Rhône Philippe Meunier, membre du collectif parlementaire conservateur Droite populaire. L'ouverture de salles de consommation serait d'après lui "la solution de facilité, le choix de baisser la tête". À terme, le député craint que cette "logique soixante-huitarde" ne permette "la dépénalisation ou la légalisation de la consommation de drogues", explique t-il par téléphone à France24.com.

"L’opinion n’est pas prête"

En Europe, une quarantaine de grandes villes ont ouvert des salles d’injection sous contrôle médical, là où existaient des situations très dégradées. La population a peu à peu accepté ces nouveaux voisins. "C’est ça le plus compliqué, l’expliquer et le faire accepter par l’opinion" estime une autre élue de la région parisienne. Marie-Odile Dufour, adjointe à la mairie de Champigny-sur-Marne, chargée de la santé, pense que l'"opinion n’est pas prête" pour les salles de consommation de stupéfiants. Dans sa ville de Champigny, les "Points Écoute" puis le centre de traitement à la méthadone n’ont pas été faciles à faire accepter, "alors des salles de shoot vous savez… ça prendra du temps. "

"Parfois il ne faut pas attendre que l’opinion soit prête" lui répond Patrick Padovani. Il rappelle qu’au moment des deux premiers pas en faveur de la réduction des risques, "Michèle Barzac et Simone Veil ont préparé l’opinion et fait voter des choses qui étaient alors très critiquées." Ces deux ministres de la Santé avaient fait voter la vente libre des seringues en pharmacies (1987) puis la légalisation des produits de substitution (1994).

Première publication : 23/09/2010

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