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Afrique

Qui sont les principaux émirs d'Aqmi ?

Vidéo par France 3

Texte par Perrine MOUTERDE

Dernière modification : 23/09/2010

Après Pierre Camatte ou Michel Germaneau, cinq otages français sont aux mains d’Abou Zeïd, l’un des principaux leaders d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Qui sont-ils ? Portraits des principaux émirs du mouvement terroriste.

La branche maghrébine d’Al-Qaïda (Aqmi), issue du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien, a à son actif l’enlèvement d’une vingtaine d’Occidentaux, depuis 2008, dans la région du Sahel. Son dernier fait d'arme en date est le kidnapping de cinq employés français d’Areva à Arlit, au Niger, le 16 septembre.

Deux chefs de "katibas" - ou brigades - règnent en maître sur cette zone : Abdelhamid Abou Zeïd, un extrémiste radical, et Abdelkader Mokhtar Belmokhtar, un contrebandier actif dans la région depuis une quinzaine d’années. 

 

  • Abdelmalek Droukdel, numéro un d'Aqmi

Abdelmalek Droukdel, le chef d’Aqmi.

Né à Meftah, en Algérie, en 1970, ingénieur de formation, Abdelmalek Droukdel est le leader du GSPC depuis 2004. Il a auparavant combattu en Afghanistan.

 Influencé par l’Égyptien Ayman Al-Zawahiri et le Jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui, il organise le ralliement du GSPC au mouvement d’Oussama Ben Laden. Le GSPC devient, en 2007, Aqmi, dont il est promu émir.

"Nos objectifs principaux sont les mêmes qu’Al-Qaïda mère, affirme-t-il dans une interview au "New York Times" en 2008. Concernant le Maghreb islamique, le plus important est de sauver nos pays des tentacules de ces régimes criminels, qui ont trahi leur religion et leurs peuples. Parce qu’ils sont tous les sécrétions de la colonisation qui a envahi nos pays pendant deux siècles et permis à ces régimes de gouverner, les intérêts occidentaux ne peuvent être protégés."

Surnommé Abou Moussab Abdelwadoud, il est à l’origine de violentes attaques, telles que celle perpétrée le 11 décembre 2007 contre le siège de l’ONU, à Alger.

 

  • Yahia Djouadi, leader de "l’émirat du Sahara"

Aqmi a divisé l’Afrique du Nord en plusieurs entités militaires, dont "l’émirat du Sahara" représente la "9e zone". Cet émirat couvre une frange du Sahel qui s'étend sur le Mali, le Niger, le Nigeria, la Libye, la Mauritanie et le Tchad.

Yahia Djouadi, alias Abou Amar, a succédé à Mokhtar Belmokhtar au poste d’émir du Sahara, qu’il occupe depuis 2007. Aujourd’hui âgé d’une quarantaine d’années, sa "carrière", émaillée de nombreux attentats et kidnappings, a débuté dans l’entourage d’Abdemalek Droukdel, dont il est désormais le bras droit.

 

  • Abdelhamid Abou Zeïd, responsable de la katiba "Tareq Ibn Ziyad", ou "El Fatihine"

"Petit, rachitique, l’émir à la barbichette doit avoir la cinquantaine." C'est par ces mots que l'ancien otage français Pierre Camatte, libéré en février 2010 après trois mois de détention, a décrit l'un des deux principaux leaders d'Aqmi dans un entretien à l'hebdomadaire "Jeune Afrique".

Décrit comme violent, brutal, fanatique, Abdelhamid Abou Zeïd - de son vrai nom Abid Hammadou - dirige la branche la plus radicale d'Aqmi. Son groupe est le seul à avoir exécuté un otage, le Britannique Edwin Dyer, en juin 2009. Il s’agissait du premier assassinat d’otages occidentaux dans la région depuis celui des moines de Tibéhirine, en 1996. "Abou Zeïd ne négocie pas, affirme Anis Rahmani, directeur général du quotidien algérien 'Ennahar'. C’est un extrémiste."

Cet islamiste algérien est né dans la ville de Touggourt, située à environ 600 km au sud d’Alger. Membre du Front islamique du Salut (FIS), il rejoint le maquis algérien au début des années 1990, sous l’égide de Mokhtar Belmokhtar et devient membre du GSPC.

Son premier fait d’armes majeur remonte à 2003 : il est soupçonné d’avoir commandité alors, avec Amari Saifi - dit Abderrazak le Para -, l’enlèvement d’une trentaine de touristes occidentaux dans le Sahara algérien. Il est ensuite mis en cause dans l’enlèvement d’un couple d’Autrichiens en Algérie en février 2008, et de touristes européens - dont Edwin Dyer - au Mali en 2009. L’humanitaire français Michel Germaneau, exécuté en juillet 2010, était également entre ses mains.

"Abdelhamid Abou Zeïd est devenu chef au sein d’Aqmi après l’éviction ou l’arrestation de nombreux autres leaders, explique Anis Rahmani, journaliste à 'Ennahar'. Lui, ou Yahia Abou El Hammam par exemple, ne sont pas très éduqués. Ils ont fréquenté les mosquées. Ce ne sont pas eux qui donnent les orientations au mouvement."

Il serait néanmoins en lien direct avec le commandement d’Al-Qaïda, et notamment avec l’Égyptien Ayman Al-Zawahiri. "Abou Zeïd cherche à se distinguer aux yeux des chefs d'Al-Qaïda au Pakistan, qui considèrent toujours Aqmi comme une formation périphérique, bien trop absorbée par des intrigues locales", indiquait Jean-Pierre Filiu, auteur de "Les neuf vies d’Al-Qaïda", dans un entretien à "L’Express".

Son groupe détient aujourd’hui les cinq employés français d’Areva, enlevés le 16 septembre au Niger.

La zone d'influence d'Al-Qaïda au Maghreb islamique

 

  • Yahia Abou El Hammam, lieutenant d’Abdelhamid Abou Zeïd

Agissant sous l’autorité d’Abou Zeïd, ce trentenaire originaire de l’est d’Alger dirige la katiba "El Forkane", implantée à l’ouest de Tombouctou. Ancien du GSPC, homme-clé d’Aqmi, il est impliqué dans la plupart des enlèvements effectués au Sahel. "Beaucoup de gens ont de l'autorité dans la région, mais sur le plan réel, concret, c'est lui le plus dangereux, assure Anis Rahmani. C’est lui qui est vraiment opérationnel. C’est lui qui aurait exécuté Michel Germaneau."

Selon Ennahar Online cependant, Yahia Abou El Hammam, alias Akacha Djamel, a été tué le 21 septembre lors d’une offensive menée par l’armée mauritanienne.

 

  • Abdelkader Mokhtar Belmokhtar, leader de la katiba "El moulathamoun"

L'Algérien Mokhtar Belmokhtar, surnommé "le Borgne", est l'un des chefs d'Aqmi.

Massoud Abdelkader Mokhtar Belmokhtar, alias Abou Al-Abbes ou Laaouar - "le Borgne" -, est actif depuis plus de 15 ans au Sahel. Selon le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), sa katiba, "El moulathamoun", est particulièrement active dans le nord du Mali et en Mauritanie.

Menant une vie de nomade, Abdelkader Mokhtar Belmokhtar est marié à une notable touarègue du Mali depuis des années.

Né en 1972 à Ghardaïa, en Algérie, il a combattu très jeune en Afghanistan, pendant quelques mois. Il se taille ensuite une réputation en Algérie en assassinant des douaniers ou des gardes-frontières, pour ses activités de contrebande. Il a d'ailleurs été condamné à mort à deux reprises par son pays.

"Mokhtar Belmokhtar est plus un contrebandier qu’un terroriste, précise Anis Rahmani. Il a utilisé le GSPC, et maintenant Aqmi, pour faire du trafic au nom de l’islam. En réalité, il recherche simplement de l’argent."

"La direction d'Aqmi ne peut se passer de ses services, confirme Alain Rodier, du CF2R. C’est lui qui fournit en grande partie le mouvement en véhicules et en armement grâce à son activité de contrebandier, qu’il exerce dans la région depuis 1995."

Surnommé "Mister Marlboro", Abdelkader Mokhtar Belmokhtar supervise des trafics de cigarettes, de drogues, d’armes, de migrants…

Il dispose d’excellents réseaux et protections au sein des populations locales, ce qui facilite ses activités.

"Aqmi a réussi à rallier les Touaregs à son mouvement, même s’ils ne sont absolument pas salafistes à l’origine, explique Anis Rahmani. Mais ils sont dans des zones pauvres et sont donc intéressés par l’argent et la sécurité. Les hommes d'Aqmi utilisent des mercenaires pour conduire les enlèvements et les trafics, puisqu’eux-mêmes ne peuvent pas se rendre dans les zones urbaines, où ils seraient trop visibles."

Ancien dirigeant de "l’émirat du Sahara", zone d’opération d’Aqmi au sud de l’Afrique du Nord, Abdelkader Mokhtar Belmokhtar opère désormais, le plus souvent, en solo, jouissant d’une grande indépendance par rapport aux commandements.

C’est son groupe qui a enlevé, en novembre 2009, en Mauritanie, deux humanitaires espagnols. Ils ont été relâchés au mois d'août, très probablement contre le paiement d’une rançon. 

Première publication : 23/09/2010

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