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Les jeunes resteront-ils fidèles à Obama pour les élections de mi-mandat ?

Texte par Jon FROSCH

Dernière modification : 16/10/2010

Les législatives américaines du 2 novembre s'annoncent serrées. Pour les démocrates, l'un de principaux enjeux est de savoir si Barack Obama peut toujours compter sur le soutien des jeunes, qui l’avaient aidé à s'emparer de la Maison Blanche en 2008.

Barack Obama est-il toujours le président des jeunes ? Moins de deux mois avant les élections de mi-mandat, la question taraude les dirigeants du Parti démocrate, qui craignent de voir les républicains leur voler la majorité au Congrès.

En 2008, le candidat Obama avait incontestablement été le candidat de la jeunesse. Près de 24 millions d’Américains âgés de 18 à 29 ans s’étaient rendus dans les bureaux de vote en novembre 2008, une participation qui n’avait plus été atteinte depuis le début des années 1970. Deux tiers d'entre eux avaient déposé un bulletin Obama dans l’urne. Fatigués des années Bush et séduits par un candidat charismatique, les jeunes ont été l’une des clés de la victoire du candidat démocrate et de son programme progressiste.

Deux ans plus tard, voici les démocrates face à un nouveau moment décisif. Les élections du 2 novembre doivent renouveler une partie du Sénat et de la Chambre des représentants, les deux chambres du Parlement. Les législatives ayant moins d’attraits auprès des jeunes que la présidentielle, les sondages suggèrent qu’ils devraient cette fois-ci être moins nombreux à se rendre aux urnes.

 

Publiée au début du mois, une étude Gallup montre que seuls 19 % des électeurs âgés de 18 à 29 ans déclarent suivre la campagne actuelle, contre 75 % pour la présidentielle de 2008. Un sondage de la chaîne d’information continue CNN dévoile, lui, que les personnes âgées sont beaucoup plus intéressés par ce scrutin que la jeune génération.

Des candidats peu connus

Le fait que l’élection de 2010 ne passionne pas autant les jeunes que celle de 2008 n’est guère surprenant, selon Larry Sabato, spécialiste de politique américaine à l’université de Virginie. "Cela n’a rien à voir avec Obama", déclare-t-il à France24.com. Selon lui, "si tous les électeurs ont tendance à moins voter aux élections de mi-mandat, c’est surtout vrai pour les jeunes".

Avec des candidats peu connus et des programmes différents dans chaque État, les "Midterm Elections" ne passionnent pas les jeunes, "généralement moins engagés politiquement", selon l’expert politique de l’institution Brookings, Darrell West. "Ils voient moins l’importance de ces élections dans leur vie de tous les jours."

Les élections de novembre 2010 revêtent pourtant une importance capitale pour Barack Obama. Plusieurs de ses grands chantiers (législation sur l’immigration, changement climatique, etc.) pourraient être jetés aux oubliettes si les républicains s’emparent de la Chambre des représentants, comme le laissent présager de récents sondages. Le président américain pourrait même voir le dramatique scénario de 1994 se répéter, quand Bill Clinton avait dû concilier avec deux chambres dominées par le "Grand Old Party", surnom du Parti républicain.

"Rien n’a vraiment changé depuis 2008"

“La campagne actuelle ne motive pas beaucoup les jeunes électeurs”, affirme Laura Silver, une jeune Américaine de 24 ans résidant en Pennsylvanie, dans l’est des États-Unis. Contactée par France24.com, elle assure que la candidature d’Obama en 2008 était bien plus "impressionnante" et que "les gens étaient alors mobilisés".

Un avis partagé par Jeff Wong, un jeune homme de 24 ans qui vit dans le Massachusetts (Nord-Est). "Il y a deux ans, on avait l’impression que l’élection était le sujet dont tout le monde devait parler. On avait tous des images d’Obama sur notre compte Facebook. Aujourd’hui, on ne discute plus trop des élections, je ne pense pas qu’on reverra un jour un tel niveau d’engagement pour un candidat", déclare-t-il.

Si certains jeunes ne vont pas aller voter parce que le nom d’Obama n’est pas inscrit sur les bulletins, d’autres s’abstiendront parce qu’ils estiment que leur président n’a pas été à la hauteur de leurs espérances. “Le candidat Obama a été très bon pour mobiliser les jeunes en 2008 grâce à son rejet de la guerre en Irak et sa volonté de changement, analyse Darrel West. Avec les difficultés qu’il rencontre, c’est plus difficile de motiver la jeunesse."

Emily Einhorn fait partie de ces jeunes qui ont cru au changement. Elle votera à nouveau démocrate en 2010, mais cette jeune fille du Massachusetts a perdu son enthousiasme de 2008. "J’attendais avec impatience une nouvelle manière de faire de la politique, mais avec les ‘filibusters’ [obstructions législatives qui permettent de retarder un vote au Parlement] des républicains et la réalité politique, rien n’a vraiment changé depuis 2008."

Selon un récent sondage, les jeunes préfèrent toujours Obama (56 %) et les démocrates (46 %) aux républicains (36 %). Mais les jeunes républicains sont désormais plus enthousiastes pour leur parti (61 %) que les jeunes démocrates (51 %).

Courriels et SMS de campagne

Conscientes du désintérêt grandissant des jeunes pour la politique, des organisations non-partisanes tentent de les convaincre de l’importance des élections de mi-mandat. C’est le cas de Rock the Vote, dont la directrice de la communication, Maegan Carberry, confirme à France24.com que la jeunesse s’est détournée de la politique. "Le taux de chômage est deux fois plus élevé chez les jeunes que dans le reste de la population, rappelle-t-elle. C’est difficile pour eux de se passionner pour la politique quand ils essayent simplement de joindre les deux bouts." Rock The Vote s’est donc lancé dans une grande campagne de sensibilisation par courriels et SMS. Des pratiques qui ont déjà fait leurs preuves auprès des jeunes en 2008.

Certains jeunes démocrates n’ont cependant pas besoin de recevoir un texto pour penser à aller voter le 2 novembre prochain. Même si son enthousiasme pour le parti a légèrement fléchi, Emily Einhorn s’est trouvé d’autres motivations. "Voir à la télévision des personnes comme Sarah Palin [l’ex-candidate républicaine à la vice-présidence américaine et actuelle figure de proue du mouvement "Tea Party"] me rappelle à chaque fois qu’il faut aller voter car je suis terrifiée par ce que mon pays pourrait devenir."

Première publication : 24/09/2010

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