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Amériques

Le président Correa de retour au palais présidentiel après une tentative de coup d'État

©

Vidéo par Antoine MARIOTTI

Texte par Dépêche

Dernière modification : 01/10/2010

Rafael Correa a regagné le palais présidentiel ce matin après une opération militaire qui a fait deux morts et plusieurs blessés. La veille, il s'était réfugié dans un hôpital pour échapper à une tentative de coup d'État lancée par des policiers.

AFP - Le président Rafael Correa a regagné jeudi soir son palais après une opération militaire spectaculaire pour le sortir d'un hôpital, où il s'était réfugié après une "tentative de coup d'Etat", selon lui, de policiers et militaires mécontents de la suppression de certaines primes.

L'opération a fait deux morts et 37 blessés, selon la Croix-rouge.

Au terme d'une journée de crise sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2007, le dirigeant socialiste de 47 ans a fini par quitter l'établissement sous forte escorte militaire, au milieu de violents échanges de tirs entre soldats fidèles au régime et policiers mutins.

Dans la matinée, les policiers rebelles avaient investi le Congrès et des commissariats dans la capitale, à Guayaquil, la grande ville portuaire du sud-ouest, et Cuenca (sud). De leur côté, 150 militaires avaient bloqué l'aéroport international de Quito pendant plusieurs heures.

"Par la faute d'un groupe de déséquilibrés et à cause de l'infamie des conspirateurs de toujours, on a maltraité, séquestré le président et des frères équatoriens sont tombés pour le libérer", a lancé Correa depuis le balcon présidentiel à ses milliers de partisans venus attendre son retour.

Le chef de l'Etat équatorien, allié du président vénézuélien Hugo Chavez, s'était réfugié dans l'hôpital après l'explosion d'une grenade lacrymogène lancée par des mutins près de lui.

La Croix-Rouge a aussi fait part d'au moins 50 blessés dans des heurts entre policiers et partisans de Correa tentant d'approcher de l'hôpital.

Les Etats-Unis ont exprimé leur "soutien total" au président équatorien, tandis que l'Union européenne apportait son appui aux "institutions démocratiquement élues".

Ce fut "l'un des jours les plus tristes de ma vie", a ajouté le chef de l'Etat, soutenu par l'ensemble de la communauté internationale.

"L'histoire jugera (les auteurs de ces incidents, ndlr). Mais désormais nous allons nous tourner vers l'avenir avec encore plus d'enthousiasme, d'espoir et de conviction", a-t-il ajouté avant d'assurer qu'il ferait en sorte que "la révolution citoyenne" ne soit jamais stoppée.

Sur la place, la foule de ses partisans scandait "Lucio asesino" (Lucio, assassin), en référence à Lucio Gutierrez, ancien putschiste élu président puis renversé en 2005.

Correa l'avait désigné comme l'un des responsables de cette "tentative de coup d'Etat menée par l'opposition et certains secteurs des forces armées et de la police".

Gutierrez a "rejeté les accusations lâches, fausses et téméraires du président Correa" sur la chaîne internationale CNN en espagnol.

Les policiers et militaires rebelles protestaient, eux, contre l'approbation mercredi soir d'une loi supprimant certaines de leurs primes à l'ancienneté.

Le président, soutenu par ses chefs militaires et policiers, a écarté tout dialogue dans ces conditions. "Si vous voulez tuer le président, il est là, tuez-le si vous en avez envie!", a-t-il même lancé, en allant défier les mutins dans la caserne principale de Quito.

Le chef de l'Etat, réélu en avril 2009 dès le premier tour après avoir multiplié les programmes sociaux dans ce pays où 38% de la population vit sous le seuil de pauvreté, a vu sa popularité s'effriter ses derniers mois.

Même si 53% des Equatoriens approuvent sa gestion, selon un sondage Cedatos-Gallup publié mi-septembre, il affronte depuis quelques semaines la fronde des enseignants ou des chauffeurs.

L'opposition cherche en outre à promouvoir un référendum en vue de sa révocation.

La situation est également tendue dans son camp. Correa envisagerait de dissoudre l'assemblée car une partie de sa majorité renâcle à ses mesures de rigueur budgétaire, à l'origine du soulèvement policier.

Dans la journée, la Colombie et le Pérou ont fermé leurs frontières avec l'Equateur et tous les pays sud-américains se sont réunis en urgence à Buenos Aires jeudi soir pour appuyer Correa.

L'Equateur, 14 millions d'habitants, est un pays notoirement instable sur le plan politique. Les trois prédécesseurs de Rafael Correa ont été renversés ou destitués par le Parlement.

Première publication : 01/10/2010

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