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Afrique

Le Rwanda rejette le rapport de l’ONU sur les tueries de l'ex-Zaïre

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 01/10/2010

Dans leur rapport, les Nations unies dressent l'inventaire de crimes commis par les forces rwandaises, contre les hutus, qui "pourraient être qualifiés de génocide". "Une insulte à l’Histoire", déclare le président Paul Kagame.

Vive émotion au Rwanda. Aussitôt après la publication du rapport de l’ONU, vendredi, sur les atrocités commises en RD Congo (République démocratique du Congo, ex-Zaïre) entre 1993 et 2003, le Rwanda a "rejeté catégoriquement" les conclusions onusiennes. Kigali a même qualifié le texte d’"insulte à l’Histoire".

Selon les Nations unies, les attaques des forces rwandaises "apparemment systématiques" contre des réfugiés et des civils hutus, commises dans l’est de la RD Congo (ex-Zaïre) "pourraient être qualifiées de génocide", si le tribunal compétent en la matière les juge ainsi.

Aujourd’hui, "le fait que Paul Kagame lui-même soit accusé de génocide est inconcevable pour les Rwandais", rappelle Fabienne Pompey, correspondante France 24 à Kinshasa.


Un rapport "douteux"

L’évocation du terme de "génocide" évoque en effet des souvenirs récents et douloureux au Rwanda. En 1994, quelque 800 000 tutsis avaient en effet trouvé la mort, avant que les troupes de Paul Kagame, l’actuel président, ne mettent fin aux massacres sur le sol rwandais.

Embarras à Kinshasa

Il n’y a pas qu’à Kigali que le rapport suscite aujourd’hui une vive émotion. La publication de ce rapport plonge aussi Kinshasa dans l’embarras. Lorsque l’ONU enquêtait, le gouvernement du président Kabila était en froid avec Kigali. "Depuis, les relations entre les deux voisins se sont réchauffées, au point qu’il est devenu difficile pour la RD Congo de soutenir des accusations de génocide contre le Rwanda", rappelle Fabienne Pompay.

Pourtant, la RD Congo a officiellement fait savoir qu’elle était "consternée" par les conclusions onusiennes, et qu’elle réclamait justice pour les crimes commis. Les Congolais ont en effet soif de justice. L’ONU s’est bien penchée sur les violences commises de 1993 à 2003. Mais les violences n’ont jamais cessé, puisque, encore aujourd’hui des groupes rebelles commettent viols et autres exactions dans l’est du Congo.
 

Kigali reproche aujourd’hui à l’ONU de se fonder sur des preuves insuffisantes. "Vu de l’Afrique, ce rapport paraît très douteux", explique Albert Rudatsimburwa, directeur de contact FM, une importante radio privée du Rwanda pro-Kagamé. "Comment quelques personnes pourraient-elles couvrir tous les évènements sur presque un sous-continent comme l’ex-Zaïre sur une période de 10 ans en quelques semaines ?", s’étonne-t-il au micro de France 24.

"Il y a eu des guerres, et donc des victimes, certes. Mais j’ai l’impression qu’une partie de l’ONU cherche à se venger d’une situation à laquelle ils n’ont pas pu faire face. Que ce soit, au Rwanda, où ils n’ont pas pu stopper le génocide où dans l’est du Zaïre, où ils n’ont pas pu venir en aide aux réfugiés. Aujourd’hui, ce sont les mauvaises personnes qui pointent du doigt des personnes qui ne sont pas les responsables", poursuit-il.

Peu après la fin du génocide de 1994, le Rwanda s'est senti menacé par la présence de ces réfugiés à la frontière, parmi lesquels se trouvaient d’anciens génocidaires. Lorsque les forces rwandaises ont passé la frontière pour soutenir la rébellion congolaise, en guerre contre les autorités en place de 1996 à 1998, elles se sont par conséquent livrées à des violences contre les hutus dans l’est du Congo.

La théorie du "double génocide"

Dans son commentaire officiel sur le rapport, Kigali accuse aussi les Nations unies de chercher à "valider la théorie du double génocide", fondée sur le fait que l’armée aurait mis en place des représailles contre les hutus ayant fui dans l’est du Zaïre voisin.

Ces actes sont aujourd’hui au cœur de l’enquête menée par l’ONU, dont les conclusions sont publiées ce vendredi. Dans ce texte de 550 pages, les Nations unies détaillent une liste de 617 crimes graves ayant provoqué des dizaines de milliers de morts de civils entre 1993 et 2003. Il porte notamment sur des tueries, des viols et des pillages, qui, selon l’ONU, ont été perpétrés par des mouvements de rébellion, mais aussi par des armées nationales comme celles du Zaïre, de l’Angola, du Zimbabwe, et surtout celle du Rwanda.

Aujourd'hui, ces crimes pourraient être qualifiés, par la justice internationale, de "génocide". "Cette question ne peut être tranchée que par un tribunal compétent", a insisté le Haut commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay, lors de la divulgation du texte.

 

Première publication : 01/10/2010

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