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Washington s'excuse d'avoir contaminé des Guatémaltèques dans les années 1940

Texte par Dépêche

Dernière modification : 02/10/2010

Les États-Unis ont présenté des excuses publiques pour une expérience menée, dans les années 1940, au Guatemala par des médecins fédéraux. Lesquels avaient délibérément inoculé la syphilis à des détenus, des prostituées et des malades mentaux.

AFP - Washington a présenté vendredi des excuses à des centaines de Guatémaltèques infectés par des maladies sexuellement transmissibles dans le cadre d'une étude menée par le gouvernement américain il y a plus de 60 ans et qualifiée de "crime contre l'humanité" au Guatemala.

L'étude, menée de 1946 à 1948 au Guatemala, était "clairement contraire à l'éthique" et "répréhensible", ont déclaré la secrétaire d'Etat Hillary Clinton et la ministre de la Santé Kathleen Sebelius.

Environ 1.500 personnes ont participé à cette expérimentation qui avait pour objectif de déterminer si la pénicilline, dont on commençait tout juste à se servir, pouvait être utilisée pour prévenir des maladies sexuellement transmissibles (MST).

Les chercheurs avaient choisi comme cobayes des personnes vulnérables, y compris des malades mentaux, et ne les ont informées ni de l'objet de leur recherche, ni de ce qui allait leur arriver. Ils les ont encouragés à transmettre des maladies sexuelles et n'ont pas traité ceux d'entre eux qui ont contracté la syphilis.

Au moins l'un des patients est mort pendant que l'étude était menée, sans qu'il soit établi si l'expérience est elle-même à l'origine de son décès.

"Ce qui est arrivé à l'époque est un crime contre l'Humanité et le gouvernement se réserve le droit de porter plainte", a réagi le président guatémaltèque Alvaro Colom, qui a été informé jeudi par Mme Clinton.

Le président américain Barack Obama lui a exprimé au cours d'une conversation téléphonique "ses plus profonds regrets" et a présenté "des excuses à tous ceux qui ont été touchés", a rapporté le porte-parole de la Maison Blanche Robert Gibbs dans un communiqué.

M. Obama a aussi "réaffirmé l'engagement inébranlable des Etats-Unis pour que toutes les études médicales menées sur l'homme aujourd'hui remplissent les critères éthiques et juridiques exigeants des Etats-Unis et internationaux", a ajouté M. Gibbs.

"Nous regrettons profondément que cela ait eu lieu et présentons nos excuses aux personnes qui ont été affectées par des pratiques de recherche aussi répugnantes", ont aussi dit Mmes Clinton et Sebelius, annonçant le lancement d'une vaste enquête.

L'étude était financée par une bourse des Instituts américains de la santé (NIH) accordée au Bureau sanitaire panaméricain, devenu ensuite l'Organisation panaméricaine pour la santé.

Dans un premier temps, les chercheurs ont inoculé la syphilis ou la blennorragie à des prostituées, les laissant ensuite avoir des rapports sexuels avec des soldats ou des détenus.

Dans une deuxième phase, "voyant que peu d'hommes étaient infectés, l'approche de la recherche a changé et a consisté à inoculer (ces maladies) directement à des soldats, des prisonniers et des malades mentaux", selon des documents décrivant l'étude.

Francis Collins, directeur des Instituts nationaux de la santé (NIH), a qualifié l'étude de "profondément inquiétante", parlant "d'un exemple révoltant d'un chapitre noire de l'histoire de la médecine". Il a souligné que le directeur de la Santé américain de l'époque, Thomas Parran, avait été vraisemblablement mis au courant de l'expérimentation.

L'étude, qui n'a jamais été publiée, a été rendue publique cette année après qu'une professeur du Wellesley College, Susan Reverby, soit tombée par hasard sur des documents d'archives mentionnant l'expérimentation menée par le docteur controversé américain John Cutler.

Crédit photo : rabbit845 (Flickr)

Première publication : 02/10/2010

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