Dernière modification : 04/10/2010 

- Justice - Pays-Bas


Le procès du député d'extrême-droite Geert Wilders ajourné

Le député d'extrême-droite néerlandais Geert Wilders a accusé le juge de partialité et a demandé son remplacement, provoquant l'ajournement de son procès quelques heures seulement après son ouverture. L'homme est poursuivi pour incitation à la haine.

Par Shirli SITBON (vidéo)
Dépêche (texte)
 

REUTERS - Le procès pour incitation à la haine et insulte à la communauté musulmane de Geert Wilders, personnalité centrale de la vie politique néerlandaise, a été ajourné lundi quelques heures après son ouverture, à Amsterdam.

Les avocats de la défense ont accusé le juge de partialité et déposé une demande en vue de son remplacement.

Le président du Parti de la liberté (PVV), qui fait l'objet de menaces de mort et vit sous surveillance policière permanente, est notamment poursuivi pour avoir comparé l'islam au nazisme et le Coran à "Mein Kampf" d'Adolf Hitler dans une tribune publiée dans la presse.

L'incident à l'origine de l'ajournement s'est produit lorsque Geert Wilders a annoncé qu'il invoquerait son droit au silence.

"J'ai dit ce que j'ai dit et je n'en retirerai pas un seul mot", a-t-il dit.

"Le fait que nous continuions à vous poser des questions ne relève pas du harcèlement", lui a alors dit le juge, ajoutant qu'on avait reproché par le passé à Wilders de refuser tout débat et qu'il semblait aujourd'hui adopter la même stratégie.

"Je considère qu'il est inapproprié, déplacé et même scandaleux que le président de la cour interprète ceci et le commente", a dit Wilders lors de l'audience distincte réclamée par ses avocats pour décider du maintien ou non du juge présidant les débats. "Un procès équitable n'est plus possible", a-t-il ajouté.

Cette audience distincte, de même que le procès de Wilders, ont été ajournés à mardi, le temps qu'une décision soit prise. Si les objections de la défense sont retenues, de nouveaux juges devront être désignés et la procédure sera retardée.

Procès de la liberté d’expression ?

Le procès du chef de file du parti islamophobe intervient à une période cruciale pour les Pays-Bas, au moment où pourrait se mettre en place le nouveau gouvernement formé par les libéraux du VVD et les chrétiens démocrates de la CDA avec l'appoint parlementaire des élus du parti de Geert Wilders.

Au parlement, libéraux et chrétiens démocrates disposent seulement de 52 des 150 sièges. Avec l'appoint du parti de Wilders, le gouvernement aurait très exactement les 76 sièges de la majorité absolue.

Réunis en congrès, les chrétiens démocrates ont entériné l'accord de gouvernement avec les libéraux. Mais ils restent divisés sur l'opportunité de compter sur le soutien de Wilders. Leur décision définitive devrait être connue mardi.

Geert Wilders n'a pas manqué de relever la coïncidence des calendriers judiciaire et politique, évoquant ces "journées étranges" où il a dû préparer son procès tout en discutant avec les responsables politiques du Parti libéral et des chrétiens démocrates.
Avant d'opter pour une tactique de silence à l'audience, il a affirmé: "Mon procès est aussi celui de la liberté d'expression d'au moins 1,5 million de personnes", référence aux suffrages qui se sont portés sur sa liste lors des élections du 9 juin.

Avant l'incident de lundi, le verdict était attendu pour le 4 novembre. S'il est déclaré coupable, Geert Wilders est passible d'une peine maximale d'un an de prison.

Alors qu'une importante manifestation de soutien s'était déroulée en janvier devant le palais de justice à l'occasion d'une audience préliminaire, lundi, ils n'étaient que quelques-uns, adversaires de Wilders, à s'être rassemblés pour l'ouverture du procès sous haute surveillance policière. Dans "Fitna", un film qu'il a réalisé en 2008, Geert Wilders accuse le Coran d'inciter à la violence et monte en parallèle images d'attentats et sourates du livre sacré des musulmans.

"On n'a jamais vu un parlementaire aussi éminent devoir répondre devant une cour pénale de commentaires incitant à la haine", a déclaré Gerard Spong, avocat célèbre aux Pays-Bas, interrogé par la radio BNR.
 

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L'homme fort des Pays-Bas

A en croire la campagne islamophobe que mène Wilders depuis des années, la présence musulmane aurait rendu le pays invivable. Seulement 16,5 millions d'habitants continuent à y vaquer chaque jour à leurs besognes quotidiennes, parmi eux 1 million de musulmans. En 2009 les Pays-Bas ont accueilli 8 millions de touristes étrangers. Ce chiffre est loin des 10 millions enregistrés en 2005, mais tout le monde s'accorde à rendre la crise mondiale responsable. Malgré les cris alarmants de Wilders il n'est venu à l'idée de personne de considérer les musulmans comme un épouvantail repoussant les touristes. Dans les salons internationaux de tourisme les concurrents de la Hollande n'ont pas encore utilisé les diatribes de Wilders pour s'approprier la part de marché de la Hollande. Mais il faut se demander d'où vient la popularité explosive de Wilders chez une partie non négligeable de l'électorat estimée à 1,5 million. Il n'y a pas si longtemps la Hollande se présentait comme un état idéal, et pointait du doigt les injustices et les discriminations hors de ses frontières. Sa campagne contre l'apartheid en Afrique du Sud a connu un succès indéniable. De tout temps les Hollandais ont aimé dire qu'ils étaient des marchands et des pasteurs. Aujourd'hui Wilders est en train de révolutionner la société Néerlandaise. Il lui tend un autre miroir. Tot comme Freud a révélé le siècle dernier à la bourgeoisie viennoise et catholique ses fantasmes non avoués, ses libidos et ses complexes, Wilders révèle aux Hollandais une nature qu'ils pensaient dissimulée. Quelle y est la place de la Hollande, pays ouvert et havre de tolérance religieuse? Wilders tend pour la première fois à ses compatriotes un miroir différent. Non pas un miroir pour admonester ou exorciser le mal mais un miroir devant servir de bannière de ralliement autour d'une image qu'il leur a forgée. L'islamophobie qu'il agite n'est qu'un des arguments qui font son charme, car il s'en prend à tout le monde y compris les partis qui le courtisent pour obtenir son appui au gouvernement qu'ils veulent former. Hier encore il les traitait de lâches. Lors de son procès, d'accusé il se transforme en accusateur de la justice qui lui a intenté un procès politique confié à des juges hostiles. Une bonne partie de l'électorat hollandais se délecte de voir l'establishment traîné dans la boue comme lorsque Wilders a traité une ministre d'être complètement folle lors d'un débat parlementaire. Sa politique d'intimidation a prouvé jusqu'à présent qu'elle portait ses fruits. Peut-être que les Pays-Bas ont besoin d'un homme fort.

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