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FRANCE

Bernard Kouchner "humilié" aurait présenté sa démission en août

Texte par Dépêche

Dernière modification : 07/10/2010

Prenant acte de l'"inflexion sécuritaire" du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, aurait remis en août sa lettre de démission dans laquelle il dénonce des "humiliations" de la part "des conseillers" du Président.

AFP - Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, est en voie de quitter le Quai d'Orsay. Il a remis en août une lettre de démission à Nicolas Sarkozy, se plaignant d'"humiliations" et jugeant que le virage sécuritaire du chef de l'Etat met fin à l'ouverture à gauche.

Son départ pourrait intervenir à l'occasion du remaniement gouvernemental annoncé pour novembre, voire avant s'il était nommé "Défenseur des droits", un nouveau poste à pourvoir prochainement.

Il y a dix jours, RTL avait révélé que le ministre avait remis en août sa démission au chef de l'Etat. Dans son édition à paraître jeudi, Le Nouvel Observateur, qui a pu consulter sa missive, précise que le ministre, en invoquant l'"inflexion sécuritaire" du gouvernement cet été, prend acte de "la fin de l'ouverture" à gauche opérée par Nicolas Sarkozy depuis 2007.

Homme de gauche dans un gouvernement de droite, Bernard Kouchner dénonce aussi des "humiliations" venues "des conseillers" du président, précise l'hebdomadaire. En ligne de mire figurent Claude Guéant, secrétaire général de la présidence, et Jean-David Levitte, conseiller diplomatique du chef de l'Etat. Ces deux responsables multiplient les missions à l'étranger, limitant d'autant le champ d'action du chef de la diplomatie.

Mercredi soir, sans démentir les propos rapportés par l'hebdomadaire, Bernard Kouchner a réaffirmé à Nicolas Sarkozy sa "loyauté" et "sincérité".

"Je souhaite réaffirmer que mes rapports avec le chef de l’Etat ont toujours été empreints de loyauté et de sincérité". "Je reste pleinement engagé dans la mise en oeuvre de la politique étrangère de la France, telle que définie par le président de la République, conformément à la pratique institutionnelle de la Ve république", précise le ministre dans un communiqué.

A 71 ans le 1er novembre, Bernard Kouchner laisse toutefois transparaître depuis plusieurs mois une lassitude de plus en plus marquée à l'égard des conditions dans lesquelles il remplit sa fonction. Ex-ministre sous plusieurs gouvernements socialistes, le Quai d'Orsay était le poste de ses rêves.

Après un peu plus de trois ans, il se targue d'avoir réformé son ministère, avec la création de nouvelles directions thématiques, d'un centre de crise et d'une nouvelle institution chargée d'améliorer la visibilité de l'action culturelle de la France à l'étranger.

Au plan international, il a notamment oeuvré pour le rétablissement de relations avec le Rwanda, effectif depuis fin 2009, après avoir été l'initiateur d'une force européenne pour protéger au Tchad les réfugiés du Darfour.

Mais pour l'ex-French doctor, célèbre pour son combat en faveur du "droit d'ingérence" et qui conserve en France une grande popularité, la Realpolitik a eu raison de ses engagements d'antan. "Je me suis rendu compte que l'humanitaire, c'était fini, que les nouveaux rapports de force internationaux ne le permettaient plus", a-t-il confié au Nouvel Observateur.

Pour le président du MoDem, François Bayrou, les difficultés exprimées par Bernard Kouchner viennent d'une présidence qui "prend tous les pouvoirs". Le socialiste Manuel Valls a dit pour sa part "avoir du mal à comprendre" l'attitude d'un ministre qui "reste au gouvernement tout en laissant entendre qu'il pourrait partir".

Le poste de "Défenseur des droits", qu'a proposé début août Nicolas Sarkozy à Bernard Kouchner, selon Le Nouvel Observateur, doit remplacer celui de Médiateur de la République. Son titulaire surpervisera trois institutions: Défenseur des enfants (créé en 2000), Commission nationale de déontologie de la Sécurité (CNDS, 2000) et la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité).

Première publication : 07/10/2010

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