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Une femme intégralement voilée exclue d'une salle d'audience à Bobigny

Texte par Dépêche

Dernière modification : 08/10/2010

Au lendemain de la validation par le Conseil constitutionnel de la loi interdisant le port de la burqa dans l'espace public, la présidente du tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a exclu une femme intégralement voilée qui assistait à une audience.

AFP - Une femme intégralement voilée, assise dans le public d'un procès correctionnel à Bobigny, a été exclue vendredi de la salle d'audience, au lendemain de la validation par le Conseil constitutionnel de la loi interdisant la burqa et le niqab dans l'espace public.

"Les personnes dont le visage est visible sont autorisées à rester dans la salle en conservant leur foulard. Contrairement à la personne au premier rang dont seuls les yeux sont visibles", a dit la présidente du tribunal. "Elle est invitée à quitter la salle ou à (retirer) son voile", a-t-elle ajouté.

La femme est alors sortie, sans que cela ne suscite d'agitation particulière. "Je ne suis pas étonnée. Je m'y attendais, mais j'ai quand même pris le risque", a-t-elle déclaré à l'AFP. Cette femme aux yeux bleus a refusé de décliner son identité, se limitant à indiquer qu'elle avait 35 ans et venait de la commune proche de Saint-Denis.

Le Conseil constitutionnel a validé jeudi la loi interdisant le port du voile intégral (burqa, niqab) dans l'espace public. Le texte doit être promulgué pour entrer en application.

La cour siégeait pour juger deux hommes soupçonnés de s'être introduits en juin au domicile de l'imam de Drancy, Hassan Chalghoumi, qui se veut la figure d'un islam modéré. Il a pris position pour une loi contre le voile intégral et est accusé par ses détracteurs de "dénaturer" l'islam.

Dans une seizième chambre comble et plus surveillée par la police qu'à l'ordinaire, de nombreux proches des prévenus avaient pris place, dont plusieurs femmes voilées, mais dont le visage restait visible, et cette femme intégralement voilée.

Avant de lancer les débats sur le fond, la présidente a demandé au parquet de requérir sur ces signes ostentatoires. Le procureur s'est alors prononcé pour que les femmes voilées puissent rester dans la salle.

Il y a un "débat sur la tenue, mais le débat est dans la sphère politique, il est encore dans le domaine de compétence du législateur", a argumenté le procureur. "Aujourd'hui, tout service public doit accueillir tout justiciable", a-t-il ensuite renchéri auprès de l'AFP.

Le représentant du parquet a estimé que ces voiles, intégraux ou non, "ne représentaient pas un trouble au bon déroulement des débats". "Il y aurait eu un problème matériel de vérification de l'identité si cette femme avait dû être jugée, mais, là, ce n'est pas le cas", a-t-il expliqué à l'AFP.

Venu soutenir les prévenus, Abdel-Hakim Sefrioui, président du collectif radical pro-palestinien Cheikh Yacine, a dénoncé un "mépris du droit".

"Le procureur a parlé de manière conforme au droit mais tout cela donne le ton de ce qui va se passer à l'avenir" quand la loi sera promulguée, a-t-il dit à l'AFP, près de la salle d'audience.

"Cette femme a été exclue comme une malpropre en disant qu'elle ne fait pas partie des citoyens qui ont le droit à la justice dans ce pays", a-t-il poursuivi.

Après la tentative d'intrusion, l'entourage d'Hassan Chalghoumi avait affirmé que les deux hommes étaient membre du collectif Cheikh Yacine. Entre janvier et mars 2010, la mosquée de Drancy avait été le théâtre de vives tensions entre l'association dirigée par Hassan Chalghoumi et le Collectif.

Cet incident d'audience intervient le même jour que la révélation par Le Parisien d'une procédure aux prud'hommes des Yvelines, estée par une femme licenciée en 2008 pour avoir refusé de quitter son voile (qui n'était pas intégral) à la crèche associative de Chanteloup-Les-Vignes dont elle était directrice-adjointe.
 

Première publication : 08/10/2010

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